Le film « Le Stade » du pré vert au tapis rouge

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    "Le Stade" du pré vert au tapis rouge Photo Twitter Stade Toulousain - Photo Twitter Stade Toulousain
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Le 13 avril sortira, partout en France et exclusivement sur les écrans de cinéma, le film "Le Stade". Produit par Black Dynamite, Infront et le Stade Toulousain, ce projet retrace, de l’intérieur, grâce à une caméra placée en immersion au cœur du vestiaire des Rouge et Noir, l’épopée victorieuse du club lors de la saison 2020-2021, ponctuée par un doublé historique.

Du rugby comme vous n’en avez jamais vu. C’est bien ce qu’il faut d’abord retenir du film "Le Stade", qui sortira dans toutes les salles de cinéma en France le 13 avril. Durant sept mois de la saison dernière, le champion de France et d’Europe en titre a ouvert son vestiaire à une caméra qui a suivi, partout, le quotidien des Rouge et Noir jusque dans les instants les plus intimes. « La société de production Black Dynamite de Eric Hannezo, expert du documentaire et cador du reportage sportif, fut sélectionnée pour piloter le projet, explique le président Didier Lacroix. Les premières images de l’Inside sont tournées le 7 décembre 2020, jour de la présentation du maillot Coupe d’Europe du Stade toulousain, en collaboration avec Thomas Pesquet et l’Agence spatiale européenne. Depuis le début du tournage, les équipes de Black Dynamite ont filmé en immersion totale pour faire partager au plus grand nombre la vie de ce club, sans filtres, le plus authentiquement. »

"Le Stade" du pré vert au tapis rouge
"Le Stade" du pré vert au tapis rouge Photo Thomas Braut - Thomas Braut

Alors, en quoi le résultat est-il si innovant ? C’est parce que, plutôt qu’un simple documentaire, les réalisateurs Eric Hannezo et Matthieu Vollaire ont choisi d’en faire un véritable film d’1h47, privilégiant l’approche artistique à la narration journalistique. Ce qui frappe, au-delà de tous ces moments de vie qui sont captés au long d’une saison exceptionnelle, c’est la qualité des images qui se succèdent sur le grand écran. « La difficulté première a été de tourner en qualité cinématographique tout en étant léger et mobile, deux paramètres antinomiques que j’ai pourtant dû concilier », explique Matthieu Vollaire, celui qui a "intégré" le vestiaire toulousain.

Et l’esprit cinématographique est renforcé par le choix du noir et blanc pour sublimer les Rouge et Noir. « Nous avons opté pour le noir et blanc pour plusieurs raisons, reprend-il. Par esthétisme d’abord, nous trouvions que le noir et blanc et son côté brut, intransigeant et authentique collait parfaitement à ce sport. Ensuite, c’est une question d’esthétique propre au rugby. Le rugby est peu présent en documentaires et c’est une façon de lui créer une identité visuelle qui lui est propre. Cela le démarque de ce qui a pu se faire pour d’autres sports. Enfin, le Stade toulousain est un club à part, il était logique qu’il ait un film différent, qui sorte du lot». Ce que Didier Lacroix résume ainsi : « Par son aspect précurseur dans le rugby, cet Inside nous permet de continuer d’avancer autrement, en cultivant notre différence, en partageant nos valeurs et en essayant, modestement, d’inspirer, pourquoi pas, les futures générations de joueurs. » Sur ce point, c’est déjà une réussite.

 

«Je vais me les chauffer, les gosses»

Au-delà, «Le Stade» va offrir au public, qu’il soit composé de supporters toulousains, d’amateurs de rugby ou même d’initiés, de découvrir la réalité brute de la vie d’un groupe, à travers des scènes marquantes. Le personnage principal du film n’est autre qu’Ugo Mola, le manager, puisque c’est sa voix qui accompagne le scénario de la saison. Ou plutôt ses discours d’avant-match ou de mi-temps d’ailleurs. « Nous avions quelques doutes au début de l’aventure car on ouvre la porte à de nombreuses scènes quotidiennes, imperceptibles par le grand public, avoue-t-il. Mais lorsque nous avons décidé de nous lancer dans le projet, nous avions l’intention de montrer la vérité. […] Au quotidien, il y avait une équipe à motiver pour gagner de grands matchs, au cours de grosses échéances, en championnat comme en Coupe d’Europe. Il n’y avait pas la place à l’analyse de nos discours, qui sont restés propres à ceux que nous aurions clamés sans caméras. »

 Et c’est ainsi que Mola enfile l’habit de meneur d’hommes hors pair, capable de transcender ses troupes. Avec plusieurs tirades appelées à rester dans les annales, comme celle-ci prononcée avant le huitième de finale de Champions Cup au Munster : « Aucune génération au Stade toulousain ne s’est imposée au Munster. Vous, vous êtes une put… de génération. Je sais que ce groupe est différent. La première génération toulousaine à gagner au Munster, ce sera vous ! » Ou encore ce message délivré à ses hommes après le cinquième titre européen, à l’heure de trouver les ressources pour partir à l’assaut d’un nouveau Brennus : « Désormais, ils veulent tous vous canner. Et ça, c’est bon. C’est ça le sport de haut niveau. Ils veulent vous crever. Ils rêvent d’être votre équipe. Vous devez les massacrer ! » Et bien sûr, ces mots prononcés en guise de motivation quand il a reçu la photo du bus à impériale rochelais, drapé d’un «Champions 2021», quelques heures avant la finale de Top 14. « Je vais me les chauffer, les gosses », souriait le manager dans un premier temps, avant de s’adresser à eux : « Ils veulent faire les beaux. Ils ont déjà le bus et les t-shirts. C’est un sport d’humilité, ils nous manquent de respect.»

Le « Stade » du pré vert au tapis rouge
Le « Stade » du pré vert au tapis rouge Photo Twitter Stade Toulousain - Photo Twitter Stade Toulousain

 

La Bagarre à l’entraînement, le savon de Lacroix

Parmi les séquences extrêmement fortes de ce film, il faut retenir la douleur qui s’est emparée des joueurs et du staff quand Yoann Huget s’est écroulé contre le Racing 92, victime d’une rupture du tendon d’Achille. « C’est fin de carrière », soufflait, la voix tremblotante, Clément Poitrenaud dans les tribunes d’Ernest-Wallon. Et Ugo Mola de culpabiliser, prostré sur son banc : « Je ne voulais pas le mettre, je m’en veux. » 

Il convient aussi d’extraire cette scène électrique, en plein entraînement, quand Joe Tekori et les frères Arnold en sont venus aux mains après un accrochage sur le terrain. Ceci avant que Mola n’intervienne : « Les cow-boys à l’entraînement, ça ne sert à rien. Vous vous trompez de guerre. » Puis ce savoureux échange dans la foulée entre le technicien et Maxime Médard, au cours duquel l’arrière international glisse : « Non mais c’est bien. »

 Et Mola de lui répondre avec le sourire : « J’adore ça, ce genre d’ambiance nauséabonde. » Le lendemain, le groupe prenait la direction de La Rochelle, où il s’est imposé et où il a ravi la première place du classement à son adversaire. Enfin, comment ne pas évoquer cette intervention en forme de coup de gueule du président Lacroix, à l’aéroport de Toulouse-Blagnac, au retour du déplacement victorieux au Munster en pleine nuit ? L’homme fort du club a commencé par féliciter ses joueurs pour leur exploit en Irlande avant de hausser le ton, à moins d’une semaine du quart de finale européen à Clermont : « Et certains ne trouvent rien de mieux que d’ouvrir des bouteilles de whisky au fond du bus ? » 

Le genre de passage qui restera gravé, plus encore au terme d’une saison qui a vu le Stade toulousain réaliser un doublé d’anthologie. « Au départ de la saison et du projet du film, nous nous demandions si nous serions légitimes et intéressants pour les gens. Si les personnes qui iraient nous regarder à l’écran seraient charmées par ce qu’elles verraient, reconnaît Antoine Dupont. Mais je crois que le contenu possède l’essentiel, c’est-à-dire le fonctionnement de notre groupe, sa force et son caractère.»  Et, alors que le tournage se poursuit cette saison et la suivante, reste à savoir si l’ultime prophétie d’Ugo Mola – laquelle conclut le film – se réalisera : «J’ai une put… de conviction, les gars : ce n’est pas fini.»

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