L'interview croisée: Médard et le réalisateur du film «Le Stade» racontent les coulisses

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    Maxime Médard face à Clermont Icon Sport - Pierre Costabadie
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Maxime Médard (arrière de Toulouse) et Matthieu Vollaire (réalisateur du film "le Stade", qui suit le quotidien du club pendant trois ans) Alors que le film consacré à la dernière saison des champions de France et d’Europe sort en salle ce mercredi, l’international a accepté d’échanger avec celui qui a intégré le vestiaire toulousain depuis près d’un an et demi. Une expérience riche en émotions pour eux deux.

Comment vivez-vous l’engouement autour de la sortie du film ?

Matthieu Vollaire : Moi, je le vis bien maintenant qu’il a été diffusé devant les joueurs. Cela paraît bête mais, dès lors qu’il est prêt et s’il a plu au staff et aux joueurs du Stade toulousain, c’est-à-dire à ceux qui m’ont ouvert les portes et fait confiance, je suis content. Il était important qu’ils se reconnaissent dans le film et apprécient le résultat. Leurs retours sont plutôt positifs. J’espère que ça va marcher mais ça ne m’appartient plus.

Maxime Médard : C’est quand même particulier car on ne sort pas un film sur le rugby tous les jours, et encore moins avec nous en tant qu’acteurs ! C’est assez bizarre de se voir sur le grand écran mais c’est sympa. Cela montre que toutes les semaines d’une saison changent, que les objectifs évoluent et qu’on n’a pas le temps de se poser de questions. Il faut avancer et, sur ce point, c’est bien présent dans le film. Et puis, les images sont vraiment belles. Après, voilà…

Quoi ?

M. M. : ça va apporter un peu plus de jalousie autour du Stade toulousain mais tout va bien (rires). Dans le rugby, on cherche des motivations.

Comme la photo du bus de La Rochelle qui affichait "Champions 2021" avant la finale de Top 14 ?

M. M. : Oui, cela a toujours été comme ça. Il n’y a aucune polémique. Malheureusement pour eux, cela nous est arrivé aux oreilles mais on fait tous pareil.

M. V. : Oui, j’ai cru comprendre que tous les clubs le font. Ce qu’ils vont voir dans le film, ils s’en servent déjà au quotidien.

L’approche est cinématographique, presque artistisque. était-ce une vraie volonté de départ ?

M. V. : Oui, tout à fait. L’idée était de tourner ça en mode cinéma, plus esthétisant parce que le rugby est un sport hyper beau. C’est facile de faire des jolies images. Les athlètes, les contacts… D’entrée, on avait ce parti pris esthétique. Au début, on ne savait pas que ça sortirait au cinéma mais on voulait un film ayant cette qualité, même s’il finissait sur une plate-forme ou un diffuseur télé.

M. M. : Il y a pas mal de documentaires sur des équipes ou des sportifs. Nous ne sommes pas les premiers dans le thème de notre sport mais sortir un film comme ça sur le rugby, ce n’est pas commun. Le club est pionnier. Black Dynamite (la société de production, N.D.L.R.) nous l’avait présenté ainsi : "On vous suit pendant trois ans." Mais on ne savait pas trop ce que ça allait donner. Je ne sais pas si le sortir maintenant était le but mais l’étape décisive, ce fut peut-être notre dernière saison remarquable, avec ces deux titres. C’est bien tombé pour eux et pour nous aussi.

M. V. : Il a raison. On a tout de suite eu l’intention de faire un film mais, entre la saison qu’ils ont fait et les premières images qui sortaient, cela a commencé à faire prendre beaucoup de valeur au film. C’est leur parcours qui le rend différent.

Comment s’est passée l’intégration de Matthieu les premiers jours dans le vestiaire ? A-t-il fallu "s’apprivoiser" des deux côtés ?

M. M. : Nous sommes une équipe avec beaucoup d’humilité et de respect. Certains, avec le XV de France notamment, ont l’habitude de voir des gens qui les suivent et les filment. Matthieu est très professionnel dans sa façon de travailler. Il a toujours le sourire et sait être discret. Il n’y a pas eu d’appréhension, ou même quelques semaines d’adaptation. Cela a été bien expliqué au groupe.

M. V. : J’ai effectivement été très bien accueilli. Mais il fallait y aller étape par étape. Je ne pouvais pas arriver là comme un bourrin… Il y a certains endroits où je ne suis pas allé tout de suite.

C’est-à-dire ?

M. V. : J’ai par exemple mis un peu de temps avant d’aller dans le centre d’entraînement. Puis j’ai essayé de comprendre les regards des joueurs. Parfois, tu sens dans leurs yeux que ça les fait ch… que tu sois là. C’est arrivé très peu de fois mais il faut comprendre qu’ils n’ont parfois pas envie que tu t’approches. Au début, c’est presque moi qui me suis mis des retenues. Mais tout m’a été ouvert à 100 % au club. C’est très rare dans le milieu du sport et je le souligne, c’est à mettre au crédit du Stade toulousain. La confiance était totale.

Matthieu est donc un membre du groupe aujourd’hui…

M. M. : Oui. Il a eu raison de procéder par étapes. Il est arrivé au milieu de soixante mecs, des jeunes, des moins jeunes, des étrangers… Je me souviens de notre première rencontre, quand Didier (Lacroix) nous l’a présenté. Il était déjà très discret et n’avait pas aimé prendre la parole. C’est sa nature. Mais il est tellement agréable et ouvert. Oui, aujourd’hui, il fait complètement partie de l’équipe. Il a partagé des moments de joie, de tristesse, des victoires, des défaites. Puis il a eu la chance de vivre des titres, de voir tous les efforts d’une saison pour en arriver là.

M. V. : Au début, j’essayais d’avoir ce regard un peu distancé en me disant que c’était important pour mon travail… Puis, au fur et à mesure, je me suis attaché aux joueurs, au staff, au club. C’est un groupe incroyable avec des mecs incroyables. J’ai fini par vivre les matchs un peu plus intensément que je ne le pensais initialement.

Avez-vous un exemple ?

M. V. : Le premier qui me vient, c’est la blessure de Yoann (Huget). Elle m’a vraiment touché. Je le filmais et j’ai ressenti de la douleur… Aussi, je me suis vu être stressé sur certains matchs tout en tournant. Je me disais : "Là, c’est tendu, j’espère que ça va passer." Ce que je ne me disais pas sur les premiers matchs où j’étais plus dans la technique pure. Les moments, j’ai cherché à les capter mais je les ai aussi vécus.

M. M. : En fait, Matthieu n’est pas tout à fait intégré au Stade toulousain.

Pourquoi ?

M. M. : Parce qu’on doit raser la tête des nouveaux joueurs pour finir l’intégration. Mais le problème, c’est qu’il est chauve ! Il n’est qu’à moitié dans l’équipe (rires). D’ici la fin des trois ans, je pense qu’on trouvera quelque chose.

M. V. : Oui, je fais confiance à Max pour trouver un truc !

Y a-t-il un ou deux moments qui vous ont particulièrement marqué dans cette saison ?

M. V. : C’est difficile mais je reviens sur la blessure de Yoann. Le stade était vide… Puis je suis une éponge et j’ai senti le groupe très touché. C’était émouvant car c’est un super mec. J’ai compris tout de suite son importance dans le groupe, comme celle de Max. Les deux ont une place à part. Voir Yoann finir comme ça, c’est dur. Sinon, il y a eu les victoires finales. C’était dingue. Et il y a plein de petits instants avec les joueurs. Je suis allé chez Max, j’y ai passé une matinée avec lui et sa famille et c’est un super souvenir. J’ai fait la même chose chez Romain (Ntamack). C’est rare aussi, surtout que je suis entré dans leur intimité.

M. M. : Ce sont des choses qu’on ne montre pas habituellement. En tout cas, disons qu’un sportif ne doit pas trop montrer ce qui peut le toucher… Moi, particulièrement, je protège ma vie personnelle et j’y fais attention. J’essaye de séparer ces deux mondes. Je suis assez pudique mais c’est aussi une question de génération. La nouvelle génération est peut-être plus ouverte. C’était donc particulier pour moi de partager ces moments et de les montrer.

Dans ces colonnes, nous avions beaucoup insisté sur l’importance de la victoire au Munster, en huitième de finale de Coupe d’Europe, dans la saison dernière. Elle prend aussi une part prépondérante dans ce film…

M. M. : Il y a eu tellement de moments importants dans cette saison. Mais ce match au Munster… C’est si rare de gagner là-bas. Alors, de le faire de cette manière, c’était incroyable. Nous étions dans un stade vide alors qu’en général, Thomond Park est tout rouge et c’est un enfer. Cette victoire nous a donné de la confiance pour la suite, surtout qu’on allait à Clermont en quart dans la foulée. Quand tu bats le Munster chez lui, tu t’ouvres la voie pour aller au bout.

M. V. : J’ai senti que c’est un match qui a fait basculer l’équipe vers un exploit final. C’est facile à dire aujourd’hui. Mais cette saison n’était pas normale, en raison du Covid notamment. Là-bas, au Munster, je sentais une inquiétude que je n’avais jamais perçue auparavant. Le staff et les joueurs répétaient : "ça va être dur." Il y avait un soleil de dingue et il faisait vingt-deux degrés, ce qui n’était pas normal non plus ! Ce n’était pas normal de gagner là-bas mais vu que rien n’était normal… à la fin de la saison, quand je discutais avec les mecs, ce moment revenait toujours. Ce groupe s’est rendu compte ce jour-là qu’il pouvait aller très loin.

Un passage qui se finit par un savon mémorable de Didier Lacroix au retour de Limerick, quand il sermonne certains joueurs ayant ouvert des bouteilles de whisky au fond du bus…

M. M. : C‘est la beauté de notre saison. Tu peux faire la fête toute l’année mais, quand tu arrives sur les phases finales, il faut faire attention. Cela prouve aussi que, gagner au Munster, c’est à part. C’était incroyable mais on n’a pas le temps de profiter finalement, de sortir de notre carapace de sportif de haut niveau. On le voit bien dans le film. C’est séquentiel et, à chaque fois, tu repars et tu repars encore. On a des vies exceptionnelles et on est des chanceux de vivre de notre rêve. Mais les émotions, le stress et les remises en question ne s’arrêtent jamais. Tu n’as pas le temps de penser. Une saison, c’est un TGV qui avance toujours.

M. V. : Je n’ai pas connu les saisons précédentes mais j’ai trouvé celle-ci très dure. Malgré les résultats idylliques, il y a eu des tensions, des moments difficiles, toutes ces blessures de Yoann, de Sofiane… Il y avait les stades vides, un parcours européen avec beaucoup de déplacements. Ils ont surmonté tout ce qu’il y avait en travers de leur chemin pour réaliser ce doublé historique. Mais la saison n’était pas facile.

M. M. : Quand tu vas au bout de deux compétitions, tu es obligé d’avoir de la casse. La saison était tellement longue.

Le fil rouge du film, ce sont les discours d’Ugo Mola. était-ce prémédité ?

M. V. : Non, je ne le savais pas du tout en arrivant. D’abord parce que je ne connaissais pas Ugo. J’ai découvert un mec incroyable. Surtout, j’ai trouvé ses discours fascinants. Il a toujours des leviers psychologiques pour arriver à motiver les gars. Il sait exactement sur quoi appuyer. Il est vite devenu un personnage central et narrateur. Parce qu’il est celui qui raconte le mieux les matchs et qu’il est au centre de tout dans le quotidien sportif. C’est lui qui fait le lien entre le staff, les joueurs, le président. Moi, j’ai découvert les causeries d’avant-match. Pour un non initié au rugby, c’est incroyable. J’ai traîné dans pas mal d’autres sports et c’est unique. Il y a ce silence, cette tension, les joueurs qui s’installent et ça démarre à la seconde près. On attend, c’est 19 h 15 ou 16 h 12, et on ne débutera à 19 h 14 ou 16 h 13. On sent que les mecs entrent dans leur match.

M. M. : C’est notre quotidien. Cela a toujours été ainsi et ça me fait rire d’entendre que c’est à la minute près. C’est vrai ! Il y a toujours certaines habitudes, des joueurs, des bénévoles autour. Mais, à travers les discours qu’on voit d’Ugo dans le film, on se rend compte que plus on avance dans la saison, plus il laisse faire les joueurs. Il ne s’efface pas mais, sur ses derniers discours, on sent qu’il n’y a plus rien à dire. L’histoire nous appartient. Un manager, c’est ça : être présent quand il faut et prendre du recul aussi quand il le faut.

Pour finir, le projet porte donc sur trois saisons. à quoi va ressembler la suite ?

M. M. : Il fait un film sur moi maintenant (rires).

M. V. : Ne t’inquiète pas, je vais encore venir te déranger. Ouvrir une fois ses portes, ça ne suffit pas !

M. M. : Plus sérieusement, quelle est la suite alors Matthieu ?

M. V. : Je ne sais pas exactement. Dans la façon de filmer, cela va rester semblable. Mais le film en lui-même ne sera pas du tout le même. Ni par la forme, ni parce qu’il s’y passe, même si ça ne dépend pas de moi. Ce ne sera pas forcément destiné à être un film de cinéma cette fois-ci.

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Jérémy FADAT
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