Portrait : Gregory Alldritt (La Rochelle) prend l’ouverture

  • Grégory Alldritt nous a ouvert les portes de son quotidien
    Grégory Alldritt nous a ouvert les portes de son quotidien Midi Olympique - Patrick Derewiany
  • Le troisième ligne français nous présente sa cave à vin
    Le troisième ligne français nous présente sa cave à vin Midi Olympique - Patrick Derewiany
  • Greg Alldritt lors de l'entretien avec le Midi Olympique
    Greg Alldritt lors de l'entretien avec le Midi Olympique Midi olympique - Patrick Derewiany
  • Greg Alldritt dans sa baignoire avec son chat
    Greg Alldritt dans sa baignoire avec son chat Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Si Grégory Alldritt s’affiche volontiers taiseux dès lors qu’il se prête à l’exercice médiatique, il est un tout autre personnage dans la sphère privée. L’appétence grandissante du grand public pour le rugby l’a fait changer de prisme. Il a décidé de s’ouvrir davantage et de montrer son vrai visage. Rencontre.

De Grégory Alldritt, on sait qu’il est une des nouvelles coqueluches du rugby français. Qu’il est d’origine écossaise par son papa, mais élevé en pleine nature au cœur du Gers, une région qui lui est chère. Qu’il est un puissant troisième ligne à la trajectoire fulgurante, passé d’un titre de champion de France Fédérale 1B avec Auch à un grand chelem à une vitesse supersonique. Qu’il renverse tout sur son passage, avec force et détermination.

Au point d’avoir été nommé parmi les prétendants au titre de meilleur joueur du dernier Tournoi des 6 Nations. Tout a été dit, écrit, raconté. On sait aussi qu’il est discret, peu enclin à s’ouvrir sur le monde extérieur via l’exercice médiatique. Ils sont nombreux, tant dans son cercle proche que chez les adeptes des réseaux sociaux, à railler son manque de sourire lorsqu’il est en interview à la télévision. Comme si la crainte de se livrer était palpable. À croire qu’une touche de schizophrénie dort au plus profond de ce garçon, à la nature pourtant attachante.

À tout dire, on flirte entre l’envie de fuir un joueur capable d’enterrer un adversaire par un violent plaquage, un mec qui semble masquer ses émotions en public et le désir de partager un verre bordé de quelques rondelles de saucisson au coin d’un zinc, justement pour tenter de mieux cerner la personnalité d’un type qui apparaît dans l’intimité du vestiaire tricolore une bière ou une guitare à la main.

« Avec les journalistes, je ne suis pas le même »

Justement, ça tombe bien : le joueur de La Rochelle, premier titre en poche dans le monde professionnel, a accepté de s’ouvrir. Un lien de causalité ? À voir. C’est, chez lui, dans une ancienne maison de maître plantée à quelques encablures de l’entrée du port de La Rochelle, qu’il reçoit. Sans doute pour mieux marquer son envie d’ouverture, cette volonté de se montrer au naturel. La demeure, tout en discrétion, située dans un quartier résidentiel, sied bien au nouvel homme fort du XV de France. Rien d’ostentatoire. Dans la courette située à l’avant, des ouvriers sont encore à l’œuvre, peaufinant les derniers réglages d’une porte d’entrée qui se sera faite languir. À l’arrière, le petit jardin vient d’accueillir une piscine, surplombée par une terrasse où le brasero pour les soirées entre copains est en bonne place.

Le colosse a été retenu plus longtemps que prévu à l’entraînement. À son arrivée, la poignée de main est ferme, le sourire XXL. Comme quoi… Le sujet vient d’emblée sur la table. « Quand je suis avec des journalistes, je ne suis pas le même Greg Alldritt que lorsque je suis au rugby, avec mes potes ou à la maison en famille. Je n’aime pas trop me livrer dans les médias. Ma vie privée, elle ne regarde que moi. Mais, je vois bien dans le regard des gens que mon statut a changé. Je suis plus souvent interpellé dans la rue pour prendre des photos, signer des autographes. Que ce soit à La Rochelle ou ailleurs… »

En garçon intelligent – même s’il n’est pas ingénieur contrairement à ce qui a trop souvent été dit et écrit, il tient à la précision – il a compris l’enjeu. Surtout, quand on lui rapporte l’image lisse qu’il véhicule, son regard change. Ses mains se serrent l’une contre l’autre, jusqu’à faire craquer ses doigts. Il ne se braque pas, mais on reste tout de même à bonne distance. « Ça me contrarie que des gens puissent penser ça de moi, cingle-t-il. J’ai l’impression d’être tout le contraire. Mais ça me motive aussi encore plus à m’ouvrir pour montrer qui je suis, qui est le vrai Grégory Alldritt." Pour ça, ne vous y méprenez pas : le garçon n’est pas prêt à tout. «Je ne changerai jamais qui je suis, c’est le résultat de mon éducation, de mon parcours. »

Quelques kilos de confettis dans sa voiture

Au fil de la discussion, le propos devient plus spontané, moins réservé. Dans son salon où une vieille cheminée en pierre trône majestueusement, il finit par s’enfoncer plus confortablement dans le fauteuil. Ramsès, son jeune chartreux aux poils gris et soyeux, vient se lover contre lui. Il se détend. Parle de son goût pour la musique.

Dans un coin de la pièce, sa "Gibson" s’affiche, juste à côté d’un panier en bois où se côtoient un ballon de rugby et les plaids douillets pour les longues soirées d’hiver. Il se raconte chaque minute un peu plus. « Je suis un peu têtu. Quand je veux quelque chose, je ne m’arrête pas tant que je ne l’ai pas obtenu», répond-il lorsqu’on lui demande de se dépeindre. Delphine, sa compagne, opine. Il se décrit volontiers « chambreur » et même souvent à l’origine de facéties espiègles. La dernière ? « Je me suis amusé à mettre sur la table où il y a tous les trucs à signer les nouvelles chaussures blanches de Brice Dulin. « L’arrière international s’est donc retrouvé avec quelques dizaines d’autographes sur ses godasses. » En représailles, il a vidé plusieurs kilos de confettis dans la voiture de son troisième ligne. « J’ai passé plusieurs heures à tout aspirer », rigole Alldritt, plutôt placide. Et d’ajouter : « Je suis le premier à faire ce genre de truc, je dois accepter d’être parfois la cible. Je ne suis pas susceptible, je ne me vexe jamais… »

Il évoque aussi sa passion naissante pour le vin. Spontanément, il nous invite dans sa cave. Ces bouteilles, il en parle avec une tendresse qui tranche avec sa dureté sur un terrain. « On a des bons produits en France, sans avoir à dépenser des mille et des cents. Il suffit de bien chercher ». Il tend, tel le trophée des 6 Nations, cette bouteille de rosé produit en Corse. « Celui-ci, c’est Christophe Coutanceau qui me l’a fait découvrir. Je l’achète directement au producteur. Il est excellent. » Christophe Coutanceau, c’est ce chef 3 étoiles au guide Michelin, dont l’un des restaurants est à portée de drop de son domicile. « C’est lui qui m’a donné le goût de la pêche en mer, quand il m’emmène sur son bateau. »

Une activité qui colle bien avec le caractère du bonhomme, dans la vie de tous les jours. Pour Alldritt, la pêche, c’est aussi plonger les mains dans le sable comme il le fait dans les rucks pour gratter les ballons. "Quel bonheur d’aller sur les plages de l’île de Ré le matin, très tôt, pour ramasser des palourdes ou des couteaux." Un petit plaisir simple qu’il partage avec ses partenaires Jules Le Bail et Pierre Popelin.

Dans une grosse malle métallique, il nous montre aussi sa collection de bocaux de foies gras de canard, ou autres conserves directement importées du Gers. « Celui-là, c’est un de mes copains d’enfance qui le fait », dit-il, fier de ses racines. Il en aurait presque les papilles qui s’aiguisent, juste à caresser le produit. On le lui fait remarquer. Il sourit…

« Je n’ai jamais couru après la notoriété »

Les plaisirs de la table, c’est son truc. Il aime cuisiner. Ça lui a joué des tours à ses débuts. À son arrivée à La Rochelle, à l’âge de 20 ans, il pèse 118 kilos. Très vite, on lui fait comprendre que sans efforts, il ne réussira pas. « Pendant six mois, je me suis levé plus tôt pour aller faire une heure de "wattbike" jusqu’à arriver à 111 kilos, se souvient-il. Je savais qu’avec ce poids de 118 kilos, je ne pourrais pas jouer au plus haut niveau. Mais c’était une lutte quotidienne pour ne pas me jeter dans le frigo. Surtout, à l’époque, j’étais en coloc avec Pierre Bourgarit… C’est le même que moi de ce point de vue là. Il aime les bons produits du Gers. » Le souvenir le fait encore sourire.

Retour au présent et direction L’Houmeau. Gregory Alldritt s’improvise guide touristique. Le port du Plomb, ses quais bordés de cabanes ostréicoles, sa vue directe sur l’île de Ré et son pont, son joli phare, sont une invitation à la douceur.

En ce lundi du mois d’avril, l’endroit est désert. Un seul véhicule passera à proximité, au cours de la grosse demi-heure passée sous un beau soleil de printemps agrémenté d’un vent d’hiver. L’homme d’une soixantaine d’années s’arrête, ouvre sa vitre et lui tend Midi Olympique pour obtenir un autographe. Entre les deux, les mots sont comptés. D’un côté, il y a de l’admiration et du respect. De l’autre, un sourire presque gêné. « Je viens de la campagne, où j’ai grandi avec deux grands frères. Chez nous, on ne montre pas forcément nos émotions. Ce qui ne veut pas dire qu’on n’en a pas. » Il y a de la pudeur chez Grégory Alldritt.

Cette célébrité naissante, le vice-capitaine des Bleus va devoir s’y habituer. À force d’empiler les succès avec le XV de France, de truster les premiers rôles avec le Stade rochelais, elle va même grandir, avec en ligne de mire ce Mondial 2023 en France.

En 2007, les joueurs s’affichaient dans les magazines vantant ici une marque de montre, là-bas un produit capillaire. Sébastien Chabal avait même sa marionnette aux Guignols de l’info. Les journaux télévisés de TF1, diffuseur de l’événement, suivaient durant les matchs les compagnes des joueurs, pour des reportages "people". Tout ça, il le sait et s’y prépare. Mais il le répète, on ne le changera pas. « Je n’ai jamais couru après la notoriété. Jamais je ne suis entré sur un terrain pour me mettre en évidence ou attirer la lumière. Si elle vient, je la prends. Mais ce n’est pas mon objectif. » Et de conclure : « Quand j’entre sur un terrain, c’est pour gagner le match. Et gagner des titres. » Dont acte.

Né le : 23 mars 1997 à Toulouse (31)

Mensurations : 1,91 m, 112 kg

Poste : troisième ligne

Clubs successifs : SA Condom Rugby (2004-2008), Rugby Club Auch (2008-2017), Stade rochelais (depuis 2017)

Sélections nationales : 31

1er match en sélection : le 1er février 2019 contre le Pays de Galles

Points en sélection : 20 (4 essais)

Palmarès : Vainqueur du grand chelem 2022 avec le XV de France, Champion de France Fédérale 1 en 2017 avec le RC Auch.

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