Toulouse, champion dans la cible

  • Le Stade Toulousain face à l'Ulster.
    Le Stade Toulousain face à l'Ulster. Icon Sport - Icon Sport
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L'édito du vendredi par Léo Faure... Toulouse en fait-il trop ? La question siffle et persifle depuis plusieurs mois déjà dans les travées des stades du Top 14. Elle s’invite aux buvettes et gonfle sa vindicte dans le courage du houblon. Elle revient sur les canapés, autour des tables du rugby et s’immisce même, parfois, jusqu’aux bureaux des présidents. Alors, autant ne pas ignorer l’épigramme : on l’entend partout.

C’est l’apanage du champion. Évitons quand même cette facilité intellectuelle, vite rassemblée sous le slogan de « la France n’aime pas ceux qui réussissent », adjointe à l’éternelle référence à Poulidor, le second du peuple, et Anquetil, le champion des nantis.

Le réflexe incombe d’abord au caractère humain, dans son entièreté. Par nature, le champion agace et, ronds de cible agrafés entre les omoplates, il déambule avec cette idée qu’on cherche à le battre. Ou l’abattre. Il le sait, parce qu’il n’a pas toujours été champion et, de l’autre côté de la barrière, il s’est lui aussi voulu calife à la place du calife. Vaincre le champion, c’est devenir champion à son tour. Ils en rêvent tous.
Par le passé, Toulouse a déjà vécu sur ce trône, confortable mais convoité. Il en connaît le prix, les privilèges mais aussi les risques. En leur temps, Agen, Toulon, Paris, Béziers ou Lourdes ont aussi connu ces instants hégémoniques. Et la jalousie qui vient avec.

Ce Stade toulousain est double champion en Top 14 (2019, 2021) et double champion en 2021 (championnat et Coupe d’Europe). Ce qui a encore élargi les ronds de la cible, pour lui couvrir désormais une bonne partie du dos.
Fort d’un effectif d’internationaux quatre étoiles et qu’il a pour partie participé à former, il est légitime pour s’octroyer une belle part du gâteau, dans le récent grand chelem des Bleus. Toulouse n’a rien volé de ces honneurs, sur lesquels il récolte quelques fruits suaves : un engouement populaire retrouvé, un film, une campagne médiatique hors du commun dans l’univers du rugby.

Ce sont autant de sources de motivations pour ses adversaires. Et cette cible, toujours là, dans son dos, qui grandit encore. Résultat : une défaite à domicile, samedi dernier face à l’Ulster, dans ce qui était le premier « grand » match de sa saison. De l’avis des joueurs, ce fut pourtant leur meilleure performance de l’année. On les suit sur ce terrain, qui leur donne confiance et force. Mais les rebonds du ballon ont soudain fui leurs mains ; les vents leur ont parfois été contraires ; les efforts supplémentaires n’ont pas toujours été faits.
L’adversaire, surtout, fut simplement meilleur. Et superbe. Il le sera tout autant ce samedi, sur la redoutable « colline aux corbeaux » de Belfast, pour la revanche. Toulouse, désormais contraint à l’exploit, devra sortir un match de champion s’il entend rester en vie, dans une compétition européenne qui l’a sacré cinq fois rois. Son trône est à ce prix. A-t-il encore ce qu’il faut d’appétit pour résister aux assauts nord-irlandais ? On le saura sans tarder.

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