Pro D2 - Narbonne : chronique d’une saison délicate

  • Seizièmes du classement avec treize points de retard sur le premier non relégable, les Narbonnais de Julien Seron savent qu'il ne leur reste qu'une infime chance de se maintenir en Pro D2. Maintenant l'objectif du staff est de reconstruire dans la durée.
    Seizièmes du classement avec treize points de retard sur le premier non relégable, les Narbonnais de Julien Seron savent qu'il ne leur reste qu'une infime chance de se maintenir en Pro D2. Maintenant l'objectif du staff est de reconstruire dans la durée. Stéphanie Biscaye
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Un peu de joie pour finalement beaucoup de frustration, voilà comment on pourrait résumer la saison du Racing Club narbonnais. Et si les Orange et Noir n’avaient pas les armes pour se battre en Pro D2, il est bientôt temps de préparer le futur. Un futur pour l’heure, trouble, sans certitudes et sans projet concret.

De l’euphorie à la désillusion. Tout est finalement allé aussi vite que la pénalité de Goutard qui propulsait le RCN en Pro D2 le 30 mai dernier. Ce qui s’apparentait à un rêve éveillé était en réalité un cauchemar annoncé. Mais si la frustration de l’échec est réelle, ce n’est pas une surprise, du moins, pas pour Marc Delpoux : "J’en étais persuadé que ça serait très dur. Il ne pouvait pas y avoir de surprises, on n’avait pas l’équipe même si les joueurs ont été d’un courage exemplaire. La montée est finalement plus dramatique pour celui qui monte que pour celui qui ne monte pas", explique le président et directeur sportif de Narbonne. En revanche, une montée en Pro D2, "cela ne se refuse pas" comme le dit si bien Julien Seron, manager du RCN. Cela ne se refuse pas, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’ils étaient prêts. La saison dernière, le plan était clair : faire une saison de plus en Nationale avec un recrutement taillé pour ce championnat en prenant le temps de se construire pour véritablement répondre aux exigences du Pro D2 la saison suivante. Le sportif est finalement allé plus vite que prévu et voilà qu’en juin tout reste encore à faire : "On s’est retrouvé à organiser notre montée en un mois. Le recrutement était fini puisque nous avions effectué un recrutement pour la Nationale. Le recrutement Pro D2 c’est finalement quatre joueurs, Fortuin, Axtens, Robertson et Taulagi… C’est tout. On n’avait pas vraiment de solutions. Quand on a une équipe de la division inférieure c’est pratiquement mission impossible pour se maintenir", affirme Marc Delpoux. Après un recrutement de joueurs supplémentaire au pied levé et un projet sportif un brin revu à la hausse, il était déjà temps de se lancer en Pro D2.

Si près mais si loin

Le manque de temps est sans doute ce qui a coûté le plus cher à cette équipe, car le caractère, l’envie et les capacités individuelles y étaient mais former un tout qui fait sens n’arrive pas comme par miracle et certainement pas en un mois : "En si peu de temps, tu ne peux pas demander à une équipe d’assimiler le projet de jeu et leur demander en plus une osmose et une cohésion parfaite. Je pense qu’ils ont été surpris des exigences et du niveau", assure l’entraîneur. Le bilan comptable est indéniablement mauvais. Avec treize points de retard sur la quatorzième place (synonyme de maintien) et seulement cinq victoires depuis le début de la saison, c’est un échec fait de beaucoup de frustration pour les Audois. De la frustration non pas parce qu’ils n’ont pas atteint l’objectif qui était celui de se maintenir, mais bien parce que les hommes de Julien Seron ont trop souvent touché du bout des doigts la victoire sans jamais l’atteindre. Montauban, Aurillac, Nevers, Bourg-en-Bresse, Colomiers, Agen…

Seizièmes du classement avec treize points de retard sur le premier non relégable, les Narbonnais de Julien Seron savent qu'il ne leur reste qu'une infime chance de se maintenir en Pro D2. Maintenant l'objectif du staff est de reconstruire dans la durée.
Seizièmes du classement avec treize points de retard sur le premier non relégable, les Narbonnais de Julien Seron savent qu'il ne leur reste qu'une infime chance de se maintenir en Pro D2. Maintenant l'objectif du staff est de reconstruire dans la durée. Stéphanie Biscaye

Tous ces matchs, le RCN les a perdus de quatre points ou moins. "Mon plus gros regret c’est d’avoir perdu autant de matchs de si peu, cela prouve qu’on n’était pas si loin. On a manqué de maîtrise et de lucidité à un certain moment. Il y a eu de la malchance aussi, des mauvaises décisions, c’est de la frustration parce qu’au final on a réussi à inquiéter pas mal d’équipes. Ma plus grosse satisfaction à l’inverse est d’avoir pu tenir ce groupe en éveil. Même en étant dernier ils n’ont jamais rien lâché et bien que cet état d’esprit n’ait pas suffi c’est ce qui m’intéresse par-dessus tout." Non, il n’y a pas que des mauvaises choses dans la saison des Orange et Noir qui ont su montrer qu’ils avaient des ressources là où on ne les attendait plus vraiment. Narbonne n’a pas su trouver la bonne formule au bon moment et se retrouve aujourd’hui aux portes de la relégation à l’issue d’une saison où rien ne semble leur avoir souri. Comme si cela ne suffisait pas, des problèmes extra-sportifs sont venus noircir le tableau. En janvier, il y a d’abord eu la condamnation à un an de prison avec sursis pour violences conjugales répétées du centre tongien Saia Fekitoa. Quelques mois plus tard c’est un autre grand nom du club qui a été pointé du doigt, Gilles Belzons. En mars dernier, le président du RCN est accusé par son ex-femme d’agressions sexuelles sur leur fils. Une nouvelle qui a eu l’effet d’une bombe dans le Narbonnais. Véritablement "meurtris" par ces affaires extra-sportives, les présidents du RCN, ont toujours souhaité défendre l’image de leur club comme ils le pouvaient, en condamnant après coup les agissements de leur joueur et en apportant leur soutien à Gilles Belzons en attendant les décisions de justice.

Un avenir plus qu’incertain

Incertain, c’est le mot, car si Narbonne veut encore se raccrocher aux quelques espoirs qui lui restent de se maintenir en Pro D2, la vérité est la suivante : ce RCN ne sait pas où il va à part en Nationale. Marc Delpoux laisse planer le doute de sa présence la saison prochaine. Il réclame avant tout du soutien pour construire un projet durable : "On se sent isolé et un peu abandonné. On attend qu’une chose c’est d’avoir des personnes capables de nous amener leurs connaissances, leurs expériences mais aussi du budget pour que l’on puisse se construire sur la durée avec ou sans nous, peu importe. Si les choses n’évoluent pas alors la place de Narbonne n’est pas en Pro D2", lance le président. Le staff, lui, n’a pour l’heure eu aucune discussion concrète concernant la préparation d’un éventuel avenir en Nationale. "J’ai commencé à réfléchir à un projet pour la Nationale mais c’est encore un peu flou. Avec quels hommes, quelles ambitions, quel projet, quelle politique. Pour me sentir investi dans une mission j’ai besoin de savoir où je vais et je pense que ce n’est pas le projet de jeu qui nous fera remonter, c’est du pipeau ça. Ce qui va nous faire remonter c’est un projet de club avec une restructuration du RCN", détaille Julien Seron. En ce qui concerne les joueurs, il n’y a pour l’heure qu’un seul départ acté (celui du pilier Jules Martinez à Carcassonne). Les autres ? Beaucoup d’entre eux connaissent déjà leurs destinations pour la saison prochaine sans pour autant avoir signé de véritable contrat pour certain ou de l’avoir officialisé pour d’autres. Si une vague de départs semble inéluctable en attendant la relégation officielle du club, le recrutement n’avance pas. Jacob Botica, demi d’ouverture en provenance de Rennes étant à ce jour la seule recrue du RCN. Une chose est sûre, le club compte s’appuyer sur sa formation : "On a reçu des joueurs mais aujourd’hui ils nous disent qu’ils veulent attendre de voir s’ils n’ont pas de meilleures offres. Le recrutement de la saison prochaine sera à 90 % fait de nos espoirs du centre de formation", explique Marc Delpoux. Si ce qui anime les cœurs narbonnais est l’espoir de remonter au plus vite en Pro D2, il semblerait que cela ne soit pas l’envie des joueurs ni celle du staff qui manquera mais plutôt les moyens.

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Manon MOREAU
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