En 2007, il ne manqua qu’un titre pour les Bleus...

  • Mike Catt aux côtés de Jonny Wilkinson lors de la finale de la Coupe du monde 2007
    Mike Catt aux côtés de Jonny Wilkinson lors de la finale de la Coupe du monde 2007 Philippe Perusseau / Icon Sport - Philippe Perusseau / Icon Sport
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En 2007, la première Coupe du Monde organisée par la France ne fut pas un grand succès sportif pour l’équipe de France, trois fois battue et qui regarda l’Afrique du Sud triompher. Mais elle jeta les bases d’un nouveau rugby français, puissant et conquérant via ses clubs d’élite.

De cette Coupe du monde 2007, on conserve des éclairs. Des sensations fortes et mitigées : cette édition fut un échec pour l’équipe de France, vainqueur grandiose des All Blacks en quarts de finale mais qui termina quatrième avec trois défaites en sept matchs, dont deux contre l’Argentine ce petit monstre que le rugby français des clubs avait enfanté.

Le XV de France frôla même le ridicule puisqu’il fut contraint de jouer son quart de finale à l’étranger, un comble pour un pays organisateur. Plombés par leur défaite initiale contre les Pumas, les Bleus prirent en effet la direction de Cardiff pour défier la Nouvelle-Zélande... Personne n’avait imaginé que la France se retrouverait dans un tel guêpier et pourtant il fallut faire face aux quolibets avant de réaliser un exploit incroyable.

Ce coup du sort déboucha sur l’un des plus beaux coups d’éclat de l’histoire des Bleus avec une victoire 20-18 forgée après le repos, avec deux essais marqués par Dusautoir et Jauzion ; le premier après dix-sept passes avec le Black Destroyer décalé en bout de ligne et le second grâce à une inspiration géniale de Michalak, auteur d’un tour sur lui-même pour délivrer son centre.

La France n’a pas été championne du monde, mais elle offrit ce match terrible à ses supporters. Ces quatre-vingts minutes sont restées dans la légende, avec le mur tricolore qui fit face au haka, l’impuissance finale des All Blacks qui ne tentèrent pas le drop pour gagner, le sacrifice des Bleus... Sans oublier les "largesses" de l’arbitre anglais, M. Barnes, d’un laxisme très cordial envers les scories et autres excès de générosité tricolores.

Un engouement fertile

La suite fut moins glorieuse pour les Français, assommés par les Anglais en demi-finale et humiliés par les Argentins lors de la "petite finale". Des échauffourées émaillèrent cette rencontre marquée par la frustration des Français et par les provocations des Pumas qui chambrèrent leur adversaire jusque dans l’après-match, dans les entrailles du Parc des Princes.

La France n’a pas été sacrée mais cette Coupe du monde 2007 a laissé des traces profondes dans l’univers du rugby français. On a souvent dit qu’elle l’a fait passer dans une autre dimension : les écoles de rugby se sont remplies et les clubs de l’élite se sont mis à intéresser partenaires et investisseurs, pour attirer les meilleurs joueurs du monde. Le championnat de France en est sorti métamorphosé !

Ce Mondial couronna l’Afrique du Sud, champion qui ne laissa pas le souvenir d’une domination impériale. Les Boks étaient juste les plus forts, les plus pragmatiques, portés par une deuxième ligne de diplodocus : Bakkies Botha et Victor Matfield.

Ils étaient entraînés par Jake White, sélectionneur qui n’avait jamais joué à haut niveau et qui avait survécu, un an auparavant, à un 49-0 subi en Australie. Ses dirigeants avaient su se montrer patients et les Springboks surent trouver la bonne carburation au bon moment pour mettre sur pied une machine de guerre, riche d’une défense hermétique et d’un ailier aussi rapide qu’un félin, Bryan Habana (auteur de huit essais). Jake White avait su s’entourer en allant chercher, entre autres, un adjoint nommé Eddie Jones, finaliste de l’édition précédente avec les Wallabies et futur sélectionneur de l’Angleterre.

La deuxième ligne Matfield-Botha sur le toit du monde

Les Springboks finirent par une finale gagnée sans essai, 15-6 face aux Anglais de Wilkinson ainsi privés du doublé. La partie fut marquée par une razzia des sauteurs sud-africains et des plaquages d’anthologie. On ajoutera une pénalité de 49 mètres réussie par le centre François Steyn, plus jeune champion du monde de l’Histoire (20 ans et cinq mois).

Si les Sud-Africains ont peu tremblé durant ce Mondial, ils firent sensation dès leur premier match en écrasant une Angleterre alors à la dérive (36-0). En quart, les Boks disposèrent des Fidjiens. En demie, ils surclassèrent l’Argentine : 37-13, avec un doublé de Habana et un 100% au pied de l’arrière Percy Montgomery.

Le charme du climat de l’Hexagone opéra sur ces "malabars" qui signèrent en nombre dans les clubs de Top 14 lors des saisons qui suivirent. Sur les 23 champions du monde, 14 porteraient le maillot d’un club français. Jake White viendrait également exercer ses talents à Montpellier, après avoir quitté son poste dans la foulée du sacre. Il était mécontent de l’attitude de la fédération à son égard et, ultime succès, son autobiographie se retrouva de suite en tête des ventes, devant le dernier Harry Potter.

Pichot au sommet de la roublardise

Évoquer une Coupe du monde, c’est retrouver des sensations et des souvenirs éparses. La compétiton démarra sous le signe de la "Chabalmania", phénomène médiatique qui tomba à pic pour porter l’engouement populaire autour des Bleus.

Le march Fidji - Galles, disputé à Nantes, reste l’un des plus beaux matchs de l’histoire de la compétition. Les Mélanésiens y crurent jusqu’au bout, au point de s’imposer 38-34 (neuf essais inscrits dans la partie) et se retrouver en quart de finale, vingt ans après. On se souvient enfin de la roublardise d’Agustin Pichot, le petit Napoléon argentin et capitaine à la langue bien pendue qui fit disjoncter les Bleus et transcenda ses partenaires.

On parla également beaucoup de l’essai marqué par l’Américain Takudzwa Ngwenya face aux Sud-Africains (64-15), action magnifique sans grand lendemain pour les "Eagles", mais pas pour Ngwenya recruté dans la foulée par Biarritz.

Sans oublier, le geste unique de Jonny Wilkinson, capable de faire semblant de tenter une pénalité pour mieux adresser une passe au pied victorieuse à son ailier Paul Sackey, face aux Tonga. Ces Anglais parvinrent même à mater les Bleus au terme d’une demi-finale dantesque. Un essai casquette offert par Traille à Lewsey leur donna de l’espérance. Puis le travail d’Hercule de Shaw et un nouveau drop de Wilkinson finirent le travail.

Le plus incroyable, c’est que cette équipe frôla la victoire en finale, elle aurait dû marquer deux essais, si les Springboks n’avaient pas mangé du lion en défense. Et l’on apprit plus tard qu’au fil de la compétition, les joueurs anglais s’étaient affranchis de leur entraîneur Brian Ashton. Une remise en cause aux allures d’autogestion, révélée plus tard par Lawrence Dallaglio et Mike Catt.

Côté français, cette édition amère marqua la fin du mandat du sélectionneur, Bernard Laporte. On n’imaginait pas alors qu’il serait un jour président de la FFR. Quoique… Dès la fin du Tournoi, il fila au gouvernement. Nicolas Sarkozy et François Fillon l’avaient nommé secrétaire d’État en charge des sports avant même que ne débute la Coupe du monde 2007.

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Jérôme Prévôt
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