XV de France : Fabien Galthié, la métamorphose

  • Fabien Galthié et son staff ont récemment mené l'équipe de France au grand chelem.
    Fabien Galthié et son staff ont récemment mené l'équipe de France au grand chelem. Icon Sport
Publié le

Il a fallu du temps à Fabien Galthié avant d’être nommé patron sportif du XV de France. Il a fallu quinze ans, au bas mot, à l’ancien capitaine tricolore pour parfaire son « chemin » d’entraîneur, accomplir sa métamorphose et finalement convaincre le rugby français qu’il était probablement le seul sélectionneur à pouvoir offrir à la sélection nationale une nouvelle dimension.

Avant que Bernard Laporte ne lui donne les pleins pouvoirs en 2020, son nom avait été maintes fois rejeté par les patrons du rugby français : lorsque Lapasset avait nommé Lièvremont en 2007, on assura dans le milieu que le Bigourdan fit ce jour-là payer à Galthié un antagonisme remontant au Mondial australien. Quatre ans plus tard, c’est Saint-André qui doubla « Galtoche » puis, au moment où celui-ci se présenta en 2015 devant le grand jury censé nommer le successeur du Goret, il se raconte que l’un des quatre décideurs présents cet après-midi-là s’endormit au bout de quelques minutes d’exposé.

Ici, un « camouïste » des premières heures nous raconta même que Serge Blanco, un des membres du panel fédéral, reçut peu après la nomination de Guy Novès au poste tant voulu ce message, de la part de Galthié : « Errare humanum est. » Si erreur il y eut, est-elle aujourd’hui réparée ? Au vu des récents résultats de l’équipe de France, on jurerait que oui : l’homme, qui vient de prolonger son contrat avec la FFR jusqu’en 2027, a pris « sa mission » à bras-le-corps et la mène, au fil des compétitions, avec une réussite qui ne se dément pas.

À ce sujet, écoutons ce que nous contait récemment Max Guazzini, qui arracha Galthié à Colomiers en 2001 avant de lui confier les rênes du club parisien deux ans plus tard : « Au temps où je dirigeais le Stade français, Fabien Galthié a signé comme joueur et, lors de son premier entraînement, donné une leçon de rugby à ses coéquipiers au parc de la Faisanderie. À l’époque, il disait : « J’aime autant l’entraînement que le match ». À son arrivée chez nous, il a d’ailleurs beaucoup aidé Nick Mallett qui, s’il était un grand meneur d’hommes, n’avait pas les compétences techniques de Fabien. C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai compris qu’il serait un très grand entraîneur ».

À cet instant-là de la confidence, Max marquait une pause, poursuivait : « J’ai toujours pensé que son destin serait un jour d’entraîner l’équipe de France. Bernard (Laporte) a donc fait le bon choix… Même si ce n’était pas son premier choix ».

Landreau : « Fabien n’a pas les mêmes codes que tout le monde »

Pour mémoire, le « premier choix » de Bernie pour succéder à Jacques Brunel n’était autre que le Néo-Zélandais Warren Gatland et c’est au terme d’un référendum organisé auprès des deux mille clubs amateurs du territoire que le patron de la FFR comprit que le petit peuple du rugby français n’était pas encore prêt à accueillir un sélectionneur étranger. Ce constat posé, Galthié a-t-il oui ou non vécu le dernier grand chelem comme une revanche personnelle sur un microcosme ovale lui ayant si longtemps tourné le dos ? A-t-il aujourd’hui donné tort à ceux qui l’avaient alors estimé trop sûr de son fait, puis trop cassant dans son management, pour lui offrir le poste tant souhaité ? Il répond : « La déception, la tristesse, je les ai évidemment connues. Mais je n’ai jamais été quelqu’un d’aigri. Je n’avais pas le droit d’être aigri. La vie m’a donné bien au-delà de ce que je pouvais souhaiter. […] Néanmoins, quand Bernard (Laporte) est venu me chercher, dans ma tête, mon chemin était terminé. J’étais parti sur autre chose. »

Mais sur quoi, au juste ? « La vie, tout simplement… Je ne me voyais plus comme un acteur du rugby. Et puis, Bernard Laporte est venu chez moi, à Toulon. Il m’a dit : « Tu vas aider Jacques (Brunel) au Japon et derrière, tu feras quatre ans ». J’ai dit oui et sur la table de mon salon, on a construit ensemble le premier cercle de mon staff (Laurent Labit, Karim Ghezal, Thibault Giroud, Raphaël Ibanez et William Servat). »

De notre côté de la barrière, on a eu différentes relations avec Fabien Galthié. Celle de coach à journaliste, d’abord, à l’époque où il démarrait sa carrière d’entraîneur au Stade français : l’homme était courtois quoique distant, imprévisible et plutôt austère, les mauvais jours. Celle de confrère à confrère, ensuite, à l’époque où le technicien accompagnait les journalistes de L’Equipe au Mondial anglais : on y avait découvert un homme ouvert, curieux de l’autre et bien plus sensible qu’avaient laissé penser nos premiers bras de fer, au temps où l’on écrivait justement que « son » Stade français jouait bien mais gagnait peu.

Ainsi, il paraît qu’il faut du temps pour appréhender le personnage, plus complexe que les bouffons qui, en une fois, donnent tout. « Fabien n’a pas les mêmes codes que tout le monde, nous disait un jour Fabrice Landreau, aux côtés duquel Galthié entraîna Toulon de 2017 à 2018. Pour le connaître et l’apprécier, il faut briser sa carapace. Il m’a donc fallu plusieurs années avant de faire le tour du personnage. Désormais, je le considère comme un de mes plus proches amis. Je lui dois beaucoup. »

Au moment où Mourad Boudjellal, le président du RCT, fit des pieds et des mains pour enrôler Galthié, on raconte ainsi que celui-ci posa une condition sine qua non à sa venue sur la Rade : un contrat pour son compère Fabrice Landreau. « Au fil du temps, poursuit l’actuel manager de Cognac, on s’est créé un langage commun, tous les deux. Fabien intellectualise beaucoup le rugby. Il est dans la théorie, le langage universitaire, parle souvent de « transition », de « momentum » ou de « rupture », lorsqu’il évoque un plan de jeu. Moi, je suis plus pragmatique. »

Galthié : « À mes débuts, j’étais cassant, pas assez rond… »

Longtemps, très longtemps, Fabien Galthié eut surtout la réputation d’être un entraîneur à ce point exigeant qu’il en devenait mauvais, méchant même, avec les joueurs qu’il estimait peu doués et, au fil des ans, des gens comme Raphaël Poulain, Jean-Baptiste Peyras, Jonathan Wisniewski ou Jérome Fillol ont tous avoué avoir souffert des brimades répétées de l’ancien capitaine du XV de France à leur égard. « Fabien, poursuit Landreau, il est dans la responsabilisation absolue du joueur. Avec eux, il ne met pas de gants. Il y en a qui aiment et d’autres qui ne supportent pas. Certains mecs ont besoin qu’on leur dise « je t’aime » toutes les semaines. Lui n’est pas là-dedans. »

A-t-il néanmoins évolué, ces dernières années, dans son rapport à l’autre ? On le croit volontiers. Et il n’y avait qu’à observer les Bleus, après le dernier grand chelem, pour comprendre à quel point leur coach était devenu, sous certains aspects, comme un grand frère. Aux prémices du printemps, lui nous disait à ce propos : « Ce que l’on a vécu n’est pas du « fake ». Max (Guazzini), qui était avec nous après le titre, me disait peu après que les joueurs, ce soir-là, me serraient dans leurs bras, avaient besoin de me toucher, m’amenaient au milieu d’eux… Je ne l’avais pas forcément remarqué et ça m’émeut, aujourd’hui. »

Il poursuivait ainsi : « À mes débuts, j’étais cassant, pas assez rond vis-à-vis des joueurs. J’avais 35 ans (lorsqu’il fut nommé entraîneur du Stade français), je dirigeais le plus grand club de France et j’ai fait des erreurs. Mais ma personnalité a changé, je pense. » Et en quoi, par exemple ? « Au départ, je n’avais pas la clé avec Melvyn Jaminet. Je ne savais pas comment lui parler. J’ai alors décidé d’appeler ses parents, dans le Var. Je les ai écoutés me parler de leur fils. Et j’ai compris, je crois, comment fonctionnait Melvyn. » S’est-on trop longtemps trompé, au sujet de Fabien Galthié ?

Cet article est réservé aux abonnés
Abonnez-vous pour en profiter
à partir de 0,99€/mois, sans engagement
  • Tous les articles en illimité sur le site et l'application
  • Le journal en version numérique dès 20h30 la veille
  • Les newsletters exclusives
Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?

Les commentaires (1)
Chabalou Il y a 2 mois Le 28/04/2022 à 19:06

les résultats et la manière parlent pour lui. il sait y faire et transcender les joueurs. on revit avec lui sur l intensité des matchs alors que l'on sortait d une période famélique et desastreuse en terme de joueur.
oui on a souvent parlé qu il était cassant mais il doit bien manager toute l équipe cela se voit.
apres un manager de Transition celui qui a fallu supplier et qui avait une aura de club a été complètement dépassé sur la gestion des hommes et du jeu. donc c'est vrai que les interviews de fabien sont parfois un peu déroutante...mais pour l instant le palmarès est pour lui
et pour peu que l on batte le Japon et l AFS ...et les stats vont s affoler