Champions Cup - Toulouse, victoire historique et hystérique

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Le Stade toulousain, champion d’Europe et détenteur du plus grand nombre de titres dans la compétition, s’est invité dans le dernier carré de Champions Cup pour la quatrième fois de rang, au terme d’un quart de finale exceptionnel. C’est au bout d’une séance inédite de tirs au but et d’un des plus grands matchs de l’histoire de cette compétition que les Rouge et Noir ont fini par faire tomber le Munster, à Dublin.

Il n’y eut qu’à observer la joie mesurée des Toulousains lorsque Ben Healy a raté son deuxième coup de pied de la séance de tirs au but, offrant aux hommes d’Ugo Mola une quatrième présence d’affilée dans le dernier carré de Champions Cup. Dans un Aviva Stadium paré de rouge mais réduit au silence durant ces quelques secondes, ils n’ont même pas exulté. Ils n’ont pas couru vers Romain Ntamack, Thomas Ramos et Antoine Dupont, buteurs décisifs, mais ont juste traîné leurs corps. Certains marchaient, d’autres boitaient. Entre épuisement et délivrance. « Il n’y avait plus beaucoup de force », rigole Ntamack. La faute à cent minutes de jeu dantesques, lesquelles ont fait basculer ce match dans l’irréel. Pour cela, il ne fallait pas simplement un vainqueur. Non pas qu’il soit totalement anecdotique, mais presque accessoire à côté de la place de choix que va tenir ce choc dans le grand livre de la Coupe d’Europe. « Pour les joueurs, c’est un match dont ils se souviendront toute leur vie », promet l’entraîneur des avants Jean Bouilhou. Certes, Toulouse disputera samedi, dans cette même enceinte de Dublin, sa treizième demi-finale européenne, face au Leinster. Mais le Munster fut tout aussi géant que son adversaire du jour. « C’était une affiche historique, avec un public chaud jusqu’au bout, un scénario fabuleux », ajoute « NTK ». Et cet aveu de Bouilhou : « J’ai vu un match immense, un combat incroyable. Pour nous, avant la séance de tirs au but, le contrat était rempli. L’intensité avait été dingue et, quel que soit le vainqueur, cela n’aurait rien changé au contenu. » Ce serait injuste pour les artilleurs de parler de loterie mais, avant même leur bouquet final, le rugby était déjà sorti grandi. C’est aussi pour cela que les Rouge et Noir sont restés mesurés. « C’est triste pour les joueurs du Munster quand même, il fallait rester humble par respect pour eux », affirme Julien Marchand. « On aurait pu être à leur place, ajoute Ntamack. Nous étions contents mais n’avions pas besoin d’en faire des tonnes. »

Bouilhou : « Ça, c’est le Stade toulousain qu’on aime »

À Dublin, le Stade toulousain a donc écrit une autre page de son fantastique roman européen. Aussi d’une saison décidément pas comme les autres, aussi insaisissable que le sont ses talents, qui les a vus passer par tous les états. « Elle est en dents de scie mais on sait que notre équipe est capable de tout, d’exploits et de grands matchs, promet Ntamack. On a essayé de nous sortir plus d’une fois, notamment lors des matchs de poule. On a connu des scénarios en notre défaveur mais on était toujours dans la course et jamais morts, même si certains nous voyaient éliminés après le huitième de finale aller. Nous avons toujours cru en nous. Cela montre bien l’état d’esprit de cette équipe malgré les blessures, les pépins ou le contexte. Elle a des ressources. » Et il a fallu aller puiser au plus profond de celles-ci pour passer l’écueil des quarts.

Au bout du suspense et des tirs au but, les Toulousains ont fait plier le Munster, grâce au pied de Romain Ntamack, Antoine Dupont et Thomas Ramos. Les Munstermen, qui avaient pourtant étouffé Toulouse et Dupont une bonne partie du match grâce à une défense de fer (photo de gauche) ont fini par mettre un genou à terre. Photos Icon Sport
Au bout du suspense et des tirs au but, les Toulousains ont fait plier le Munster, grâce au pied de Romain Ntamack, Antoine Dupont et Thomas Ramos. Les Munstermen, qui avaient pourtant étouffé Toulouse et Dupont une bonne partie du match grâce à une défense de fer (photo de gauche) ont fini par mettre un genou à terre. Photos Icon Sport Sportsfile / Icon Sport - Sportsfile / Icon Sport

Après avoir été à deux doigts de ne pas voir les phases finales en raison du rendez-vous perdu sur tapis vert contre Cardiff dans les conditions que chacun sait, après avoir effacé un débours de cinq points au tour précédent lors du retour en Ulster, les champions d’Europe en titre étaient cette fois menés de dix longueurs à un quart d’heure de la fin du temps réglementaire. Touchés mais pas coulés. Jamais. Et ils ont su verser dans la pure folie pour demeurer en vie. Leur marque de fabrique. « Les joueurs ont fait preuve d’un caractère phénoménal, félicite Bouilhou. Ça, c’est le Stade toulousain qu’on aime. Se qualifier ici, ce n’est pas rien. » Et Ntamack de confesser : « Nos adversaires savaient que, si on n’était pas distancés au score, on continuerait à les faire douter. Même avec dix points d’avance, je ne les sentais pas sereins. » Ce sang-froid à toute épreuve, qui confère presque à l’insolence chez ces mecs qui raflent tout en club et en sélection. Flegme et assurance, sûrement le cocktail qui a décidé du sort final. « Avant les tirs au but, tout le monde avait le sourire, raconte Marchand. On a laissé les trois tireurs tranquilles et il n’y a qu’Ugo (Mola) qui a parlé avec eux. »

Marchand : « La moindre erreur pouvait être fatale »

Voilà, il faut y venir. La bataille livrée jusque-là était ébouriffante mais elle a viré à l’exceptionnel au moment de livrer son épilogue. Après deux prolongations suffocantes de dix minutes - « La moindre erreur pouvait être fatale », raconte Marchand - au bout desquelles Ben Healy, déjà malheureux sur une pénalité de 55 mètres à la 80e minute, rata le drop du succès, place à cette fameuse séance face aux poteaux qui se disputait dans une version inédite : trois tireurs, deux pénalités chacun (une aux 22 mètres et une autre aux 40), trois endroits sur le terrain (en face, un sur la gauche, un sur la droite), six coups de pied au total pour chaque équipe. Et les interrogations des 40 000 personnes présentes dans les travées, sur le déroulement exact, n’ont fait qu’accentuer la dramaturgie de cet instant. « Quand on allait vers le match nul, Ugo avait les informations sur les règlements, explique Bouilhou. Tout s’est fait naturellement. » À commencer par le choix des buteurs. « Baptiste (Germain) peut le faire aussi mais il était un peu blessé, justifie Ntamack. Nous étions trois d’office et ça n’a pas pris deux heures, d’autant qu’Antoine tape plutôt bien. Chacun a pris ses responsabilités et on a décidé très rapidement où on se plaçait : "Toto" (Dupont) au milieu, moi à gauche sur mon bon pied et Thomas, qui a un peu plus l’habitude de cet exercice, sur son mauvais pied. C’était bien encadré et tout le monde était très calme. Les tireurs ont pu être zen, dans leur bulle, sans être oppressés par les autres joueurs. »

Ntamack : « Quand j’ai levé les bras, personne ne bougeait »

La suite ? Une nouvelle dimension, marquée par cette tension extrême qui régnait dans des tribunes où le seul bruit, pendant les courses d’élan, était la voix de notre confrère de RMC Sport, contraint de faire vivre à ses auditeurs cette situation hallucinante avec l’enthousiasme qu’elle méritait. Tension qui dénotait avec la décontraction paradoxale des acteurs, tel Ntamack qui conversait avec Joey Carbery : « On a échangé sur nos ressentis du match. Puis j’ai essayé de faire abstraction de l’enjeu, de me dire que j’avais tapé des coups de pied des centaines de fois. » Et les autres ? « À part espérer que les pénalités passent, on ne peut rien faire d’autre sur le bord », sourit Marchand. Toutes celles toulousaines ont fini entre les poteaux, et l’ouvreur a même cru offrir la qualification avant l’heure. Il se marre : « Je croyais qu’il y avait d’abord les trois premiers coups de pied et qu’en fonction de leur réussite, on allait ensuite sur les quarante. Apparemment non ! Quand j’ai levé les bras, j’ai vu que personne ne bougeait. J’étais un peu mal à l’aise vis-à-vis des joueurs de Munster. Je me suis excusé auprès d’eux. » Ils ne lui en voudront pas. Rien n’était normal samedi. Et il fallut plusieurs minutes à tous les privilégiés de l’Aviva Stadium pour reprendre leur souffle. Sur le parvis, les visages des supporters de l’armée rouge étaient même étrangement éclairés, autant à l’idée d’avoir vécu une après-midi merveilleuse qu’à celle d’aller noyer leur chagrin dans des litres de Guinness. Le miracle toulousain tient toujours. Depuis des semaines, les Stadistes répètent à l’envi qu’il est hors de question de lâcher ce trophée. Et aux maux, ils préfèrent les actes. Sept jours après l’impensable, c’est sur cette même scène de l’Aviva qu’ils chercheront encore à étendre leur légende. Ntamack donne rendez-vous : « On est en demie, ce qui est très bien. Mais notre objectif n’est certainement pas de s’arrêter là. »

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Jérémy FADAT
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