Champions Cup - Toulouse : autopsie d’une impuissance

  • Les Dublinois du pilier Michael Alaalatoa ont presque systématiquement gagné les premiers impacts, permettant Leinster de jouer constament dans l’avancée pour mettre à mal les Toulousains.
    Les Dublinois du pilier Michael Alaalatoa ont presque systématiquement gagné les premiers impacts, permettant Leinster de jouer constament dans l’avancée pour mettre à mal les Toulousains. Sportsfile / Icon Sport
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Toujours sous pression, les Toulousains n’ont jamais réussi à enrayer la symphonie irlandaise. Voici en grande partie les raisons...

Lorsqu’il fut demandé à Ugo Mola ce qui le frustrait le plus, il a ainsi répondu : « Notre incapacité à couper l’élan offensif adverse, avec un peu toutes les formes de jeu. Leur distribution offensive est connue et reconnue, mais si tu n’arrives pas à couper ces connexions, tu sais que tu vas être pris ou mis à la faute. La vitesse du Leinster était remarquable. »

Toulouse n’a jamais réussi à l’endiguer, subissant constamment les assauts des hommes en bleu, lesquels ont déroulé grâce à leurs blocs d’avants positionnés en losange qui permettaient à Jonathan Sexton, en parfait chef d’orchestre, de prendre la meilleure des nombreuses options qui s’offraient à lui. « C’est une équipe très en place, qui produit un rugby rapide et agressif, où Sexton joue très bien avec ses « gros », constatait Julien Marchand. Quand on commet des petites fautes et qu’on ne fait que reculer, cela devient compliqué de défendre et de circuler. Surtout que c’est une formation également très mobile. »

Pourtant courageux en défense, les Stadistes finissaient par lâcher prise et se faire transpercer après plusieurs temps de jeu. Presque inéluctable… « Je ne sais pas si on peut parler d’impuissance mais mon ressenti sur le terrain, c’était de jouer contre une équipe qui ne doute jamais, qui possède des systèmes très établis et qui, quoi qu’il se passe, reste dedans, reconnaît Matthis Lebel. Le plan de jeu est fluide, limpide, basé sur la vitesse. Et Sexton est à la baguette, avec chaque joueur qui sait où il doit être et aucun qui ne sort du cadre ou tente un geste fou. Ils parviennent toujours à avoir un mec qui quitte une zone du terrain pour arriver à trois ou quatre sur l’autre aile. Dès lors qu’on avait du mal à ralentir les ballons, il finissait par y avoir des surnombres et on se faisait breaker […] Quand on joue face à eux, cela ne fait jamais plaisir de voir, au bout d’un moment, que tu es seul pour défendre ou que des gros se retrouvent isolés, quand l’ouvreur adverse a trois ou quatre solutions autour de lui. » 

Il est déjà trop tard. Comment le champion d’Europe en titre en est arrivé à prendre « une vraie leçon de rugby », comme l’a dit Mola, tant le Leinster fut supérieur dans tous les secteurs ?

Dominés dans les collisions et au sol

Le problème est le suivant : hormis en mêlée fermée (même si l’arbitre a vite pénalisé Toulouse pour une poussée anticipée et atténué sa domination), les Stadistes n’ont rivalisé dans aucun secteur ou presque, et n’ont donc jamais déniché la clé pour « ralentir les ballons » ou « couper l’élan offensif ». D’abord parce qu’ils ont subi les collisions dans les grandes largeurs. Arnold, Jelonch, Baille ou Elstadt ont symbolisé ce manque de percussion.

À partir de là, c’est le Leinster qui jouait dans l’avancée. Ensuite, Jean Bouilhou avait prévenu que la touche serait décisive sur cette rencontre. Là encore, en plus de lâcher quelques munitions sur ses propres lancers, l’écurie française n’a su contrecarrer les plans de Ryan et sa bande dans les airs. Résultat : les premiers lancements, sur lesquels les Toulousains ont été mis sous pression, venaient derrière des touches exécutées avec un trop grand confort.

Enfin, toujours sur le plan défensif, il y eut évidemment le jeu au sol. Outre les collisions, voilà qui reste le moyen le plus efficace pour freiner les libérations. Mais, dans les rucks et malgré les tentatives de Meafou (qui a écopé d’un carton jaune) ou Marchand, les Toulousains n’ont pas été capables de brouiller la symphonie du Leinster. « Il n’y a pas de secret, quand ça va vite, c’est plus facile au sol, illustrait Marchand. Eux rebondissent et libèrent très vite le ballon. Deux mecs viennent pour soutenir ou déblayer, et ça enchaîne derrière. C’est tout simplement très rapide. »

« L’impression de taper sur un mur »

Même sur leurs possessions, les Toulousains ont perdu la bataille du sol avec des Leinstermen qui, conscients des qualités individuelles en face, ont parfois choisi de délaisser volontairement ces zones. « On a essayé de rester fidèles à nous-mêmes, de produire ce jeu debout mais ils y étaient préparés et nous ont contrés », soufflait Lebel.

Parce qu’ils approvisionnaient suffisamment le rideau pour ne jamais être débordés. « Ils ont des mecs qui contestent mais ils circulent beaucoup dans l’ensemble, expliquait Marchand. Ils ne se consomment pas et sont en place. Voilà pourquoi on a eu l’impression de taper sur un mur. »

Et, comme « le jeu au pied fut déficient en début de match », dixit Mola, Toulouse n’avait plus de recours. L’occupation fut d’ailleurs souvent un aveu d’impuissance, comme lorsque Romain Ntamack a fini par taper à la 63e minute, après une séquence durant laquelle lui et ses partenaires n’avaient pas avancé d’un mètre.

La moue sur son visage trahissait alors son dépit. Samedi, Toulouse ne fut pas en mesure de neutraliser le rouleau compresseur irlandais. Il lui manquait un peu de tout, et beaucoup de jus après ses dernières joutes. « Quand je suis sorti, j’ai vu Jonny Sexton échanger son maillot avec Romain Ntamack, racontait Mola. L’un a 36 ans et l’autre 22. Mais l’un a joué 27 matchs et l’autre 12. Même si le résultat est clair, ça s’est un peu vu. Et, ce qui est sûr, c’est que les 32 minutes de temps de jeu de notre championnat, présenté comme le meilleur du monde, ne nous préparent à ce qu’on a vécu à Dublin, où on tourne autour de 40 minutes. » C’est un autre débat, même s’il est intimement lié…

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Les commentaires (1)
cantewitko Il y a 1 mois Le 17/05/2022 à 16:36

Pas neutre quand même cette histoire de temps de jeu sur une saison.... quand on sait en plus que Toulouse a tout joué l'an dernier et que bon nombre de ses joueurs sont titulaires en EDF...

Pas vraiment équitable quand tu affrontes les provinces irlandaises dont les joueurs sont préservés et du coup très, très affutés en coupe d'Europe

La question que je me pose est que ce serait-il passé si les joueurs toulousains avaient joué moitié moins de matchs ...