Bernard Lemaître (Toulon) : « Eben Etzebeth, c’est un gosse dans un corps de colosse »

  • Bernard Lemaître.
    Bernard Lemaître. Icon sport.
Publié le , mis à jour

Bernard Lemaître pour nous, le président toulonnais revient sur le regain de forme de son équipe, les raisons profondes de son engagement, le dossier Carbonel et les états d’âme du géant Etzebeth…

Comment expliquer le renouveau toulonnais, ces derniers mois ?

C’est un tour de magie… Non, plus sérieusement, il existe beaucoup de facteurs objectifs à ce retour au premier plan. Eben Etzebeth a repris en février, Charles Ollivon et Baptiste Serin également. Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’ils sont très importants dans l’effectif.

Quoi d’autre ?

La fin du Tournoi des 6 Nations nous a également permis de récupérer Jean-Baptiste Gros et Gabin Villière et derrière ça, Franck Azéma a su rendre confiance aux joueurs.

Eben Etzebeth a été très critiqué par les supporters toulonnais, quand il était blessé. Son compatriote Bakkies Botha est lui aussi monté au front pour fustiger les absences répétées de votre deuxième-ligne. Etzebeth a-t-il été touché par ces attaques ?

Non, pas vraiment. En réalité, il y a surtout eu une incompréhension lorsque j’ai indiqué que la situation d’Eben Etzebeth ou Facundo Isa était un handicap pour des clubs comme le nôtre, parce que ces gars-là jouent cinq mois sur douze. Je parlais de leur situation, pas de la qualité des hommes.

Vous interdisez-vous de recruter des Springboks ou des Argentins, désormais ?

(il soupire) On sera très prudent. Si on en recrute, ce sera des joueurs de très haut niveau dotés d’un état d’esprit de vainqueur. Cet état d’esprit, Eben Etzebeth l’a. Il ne supporte pas d’être dominé et l’a d’ailleurs montré à Maro Itoje, l’autre jour.

Aviez-vous été surpris par la prise de parole de Botha ?

Non. C’était du Bakkies dans le texte, voilà tout. Il a sa fierté de grand Springbok et d’ancien Toulonnais. Il voudrait que son fils spirituel -je mets des guillemets à « fils spirituel » car ils n’en sont pas là en termes d’affinités- lui ressemble et ce n’est pas le cas parce que ce n’est pas le même genre d’homme. […] Eben, à notre grande déception, a décidé de mettre un terme à son contrat (il lui restait deux ans au RCT) parce qu’il est amoureux, que son épouse travaille dans l’hémisphère Sud et qu’il veut fonder une famille.

D’accord.

C’est un gosse, Eben. Un gosse dans un corps de colosse. J’ai vu à quel point il était malheureux, pendant les fêtes de Noël par exemple, d’être aussi loin des siens. […] C’est un gosse, y compris sur le plan physique, où le moindre bobo… (il suspend sa phrase) Botha s’en fichait, lui. Eben est plus sensible.

Vous êtes en train de bâtir le « Campus RCT », ce camp d’entraînement ultra moderne qui vous survivra probablement. Quel est le but ?

Je suis un bâtisseur. Je suis un pied noir et si nous étions restés en Afrique du Nord, j’aurais beaucoup entrepris . […] Le Campus n’est pas encore totalement terminé : le camp d’entraînement existe mais nous attendons la seconde tranche, soit un lieu de vie pour l’ensemble du club et des supporters. Je veux laisser une trace et, surtout, installer le club dans une forme de pérennité.

Les mécènes sont toujours là pour des raisons diverses et disparates. Qu’êtes-vous venu chercher, en fait ? Parce qu’il n’y a que des coups à prendre, finalement…

J’en prends beaucoup, en effet… et je ne m’y attendais pas. Je n’ai peut-être pas le mode de communication qui convient, je suis très rigoureux dans ma vie personnelle et la gestion de mes entreprises. Parfois, ça dénote. J’ai une grande paix sociale au club mais à l’extérieur, ce n’est pas pareil…

Pourquoi avez-vous repris le RCT ?

Je voulais entreprendre à nouveau et à cette époque, le club était condamné à mettre la clé sous la porte. Malgré ma passion pour le rugby, j’y suis presque venu par contrainte puisque année après année, je devais toujours mettre plus d’argent. Mais je n’ai aucun regret.

Auriez-vous pu investir ailleurs ?

Pendant quarante ans, j’ai bourlingué dans le monde pour créer ma société. J’avais deux clubs de cœur, le Stade français et Toulon. Quand j’ai créé ma holding financière, je l’ai installée à la Ciotat ; je voulais des bureaux sur la mer, pour que tout le monde soit content. De la Ciotat à Toulon, il n’y a qu’un pas. Quand j’ai appris que Toulon n’avait aucune infrastructure, j’ai donc proposé mes services.

Vous en parliez : la communication avec les supporters est parfois un peu heurtée...

Les supporters du RCT sont extraordinaires quand tout va bien et excessifs dans la critique, quand les résultats se gâtent. Dans ces moments-là, il leur faut des têtes de Turc et actuellement, c’est moi.

Pourquoi vous ?

Pour avoir prolongé Patrice Collazo au bout de la deuxième année, à une époque où rien n’indiquait qu’il échouerait... Le pauvre, il a eu tant de handicaps entre les années Covid, les internationaux absents et la légion de blessés… Il avait parfois du mal à trouver 23 joueurs pour les matchs du week-end. Patrice, c’est l’autre tête de Turc car on nous associe dans la décision d‘avoir libéré Louis Carbonel.

Avez-vous un regret sur le dossier Carbonel ?

Quand la décision a été prise, elle l’a été d’une façon tripartite : il y avait un club qui souhaitait ardemment l’accueillir (Montpellier), il y avait Louis et il y avait nous. à l’époque, le joueur était loin d’être au niveau auquel il évolue aujourd’hui. Patrice a alors eu l’idée d’un remplaçant moins brillant à titre individuel mais plus tacticien. On a recruté Ihaia West.

On vous suit.

Ici, la mauvaise surprise est venue du fait qu’Anthony Belleau ait voulu tenter une autre expérience (à Clermont). Je ne serais d’ailleurs pas étonné qu’il le regrette, aujourd’hui.

Est-il impossible de revenir en arrière sur le dossier Carbonel ?

On me pose souvent la question. Mais c’est en effet impossible. Il sera à Montpellier le 1er juillet.

Les récentes performances du Rochelais West dans les tirs aux buts vous inquiètent-elles ?

Non. Franck (Azéma) et Pierre (Mignoni) pensent que Baptiste Serin est un excellent buteur. Et puis, n’oubliez pas que West est lui aussi un bon buteur, le plus souvent.

Mais il s’effondre en phases finales…

Oui, peut-être… Il faudra en parler avec lui... S’il a besoin de passer la main au niveau des tirs aux buts, il le fera.

Est-il bizarre d’affronter votre futur directeur de rugby, Pierre Mignoni, en finale de Challenge européen ?

On en rigole souvent, entre nous. ça fait deux mois que Pierre me dit : « on va se retrouver en finale. »

Pensez-vous vraiment que deux mâles alpha tels Mignoni et Azema peuvent cohabiter dans la même meute ?

Si je n’étais pas convaincu, je ne l’aurais pas fait. Ce sont des personnes franches, directes et intelligentes. En revanche, ne me demandez pas un pronostic sur le nombre d’années (de leur cohabitation). ça, c’est imprévisible. Les deux premières saisons se passeront très bien. Pour la suite, on verra.

Cet article est réservé aux abonnés
Abonnez-vous pour en profiter
à partir de 0,99€/mois, sans engagement
  • Tous les articles en illimité sur le site et l'application
  • Le journal en version numérique dès 20h30 la veille
  • Les newsletters exclusives
Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?