Champions Cup - La Rochelle : Matthias Haddad, le petit prince

  • Le troisième ligne Matthias Haddad, que l’on promettait au plus haut niveau à l’époque de la Coupe du monde moins de 20 ans en 2019, est en train de répondre aux attentes qui l’entourent. Photo Icon Sport
    Le troisième ligne Matthias Haddad, que l’on promettait au plus haut niveau à l’époque de la Coupe du monde moins de 20 ans en 2019, est en train de répondre aux attentes qui l’entourent. Photo Icon Sport Icon Sport - Icon Sport
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Le probable forfait de Victor Vito ouvre la porte, en troisième ligne, à l’épatant Matthias Haddad, 21 ans. En même pas deux mois, l’enfant du club à la caravelle a pris une épaisseur folle. Celle que le talent entrevu lors son sacre mondial chez les juniors, en 2019, lui prédestinait.

La photo n’est pas passée inaperçue, cette semaine, sur les réseaux sociaux. Elle rappelle un brin, d’ailleurs, – c’est d’actualité – celle illustrant l’immense joie de Victor Vito, l’an passé, après le monumental exploit de La Rochelle face au Leinster. Un cliché devenu légendaire dans la cité des Deux tours. Cette fois, la rage incarnée se lit sur le visage de Matthias Haddad. Un autre flanker en transe, dans la foulée de l’essai maritime synonyme de bonus offensif, samedi dernier, face au Stade français. Une partie que le natif de La Rochelle, formé ici même avant un exil en Bretagne, a survolée. Son match référence, en club. Dans la lignée de récentes prestations déjà fort prometteuses.

Une semaine plus tard, sur la pelouse de l’incandescent Vélodrome, la passation de pouvoir n’a jamais semblé aussi proche. Entre le roi Vito, la cheville endolorie contre Paris, imminent néoretraité. Et le petit prince Haddad, de 14 ans son cadet, fringant comme jamais. Entre le monument all black, double champion du monde, et le jeune loup promis – depuis 2019 et son sacre mondial avec les Bleuets, alors qu’il évoluait encore en Crabos – à un destin international radieux, lui aussi. Entre un joueur adulé pour sa classe et sa magie et un travailleur davantage de l’ombre, du même bois que Wiaan Liebenberg, sécateur en puissance.

"Tout pour réussir"

Matthias Haddad, titulaire en finale de Champions Cup, une compétition qu’il n’a découvert comme joueur qu’en avril dernier ? Impensable il y a encore une poignée de semaines. Pour ne pas dire de jours. Lui, déterminé qu’il est, en rêve sans doute depuis fort longtemps. Mais a-t-il vraiment osé y penser, une fois éveillé, avec toute l’humilité et le respect envers ses glorieux aînés qui le caractérisent ? Son capitaine Grégory Alldritt nous glissait ceci, à l’intersaison, à propos de celui qui venait tout juste d’intégrer le vestiaire professionnel : «Matthias, c’est le genre de joueurs que j’adore. Des fois dans le rugby, on perd ses valeurs. Lui, il les a toutes. C’est le plus dur. Il a tout pour réussir. On le verra vite au très, très haut niveau.» Capitaine visionnaire.

Matthias Haddad saute en touche
Matthias Haddad saute en touche Icon Sport - Icon Sport

Jusqu’au printemps, tout n’a pas été rose pour "Thiasfou". Sa présence, en janvier, sur la liste élargie de Fabien Galthié, pour préparer le 6 Nations ? Haddad le sait, son heure n’a pas encore sonné. Sa saison est alors tronquée par les soucis physiques. Difficile d’enchaîner et de se montrer à son avantage, dans ces conditions. En plus, il n’a encore jamais levé les bras chez les professionnels. Sa dixième tentative sera la bonne, fin février, à Pau. Enfin ! Mine de rien, le flanker se devait déjà de réparer cette anomalie, avant de prendre son envol dans la cour des grands.

"Matthias, j’ai une affection particulière pour lui, je l’accompagne beaucoup. Il est en train d’apprendre son métier. Il a eu une année en dents de scie mais il en a tiré les leçons", jurait coach Romain Carmignani, mi-avril, point de départ de l’ascension tonitruante du poulain. Depuis cette titularisation en 8e de finale retour de Champions Cup face à l’UBB, voilà Haddad installé dans les 23. Au point qu’il sera bien difficile de l’y déloger, au regard de sa montée en puissance.

Un perfectionniste

«Je pense que pour tout sportif de haut niveau, le fait d’enchaîner permet d’emmagasiner de la confiance et des automatismes avec les mecs, livrait tout sourire le principal intéressé, samedi dernier, après son match XXL contre Paris. Je suis un passionné. Je m’éclate, en ce moment !» Ça a sauté aux yeux, qu’il soit flanker ou replacé, en cours de partie, en n°8 et au centre. Rien d’anormal, en soi, pour un ancien trois-quart. «Il pourrait même jouer n°10», en rigolait alors Donnacha Ryan.

L’entraîneur des avants, en binôme avec Carmignani, ne tarit pas d’éloges à l’égard de la pépite Haddad, un joueur qu’il définit comme "très intelligent". Déjà un "super leader" au "goût du travail" prononcé. Du genre perfectionniste : «Après le match, il disait qu’il avait fait trois erreurs, et ça, c’est son attitude. Tout le temps. Il s’encourage.» Sans doute pensait-il notamment à ce plaquage manqué – son sixième, seulement, de la saison – pour un flanker qui culmine à presque 92 % de réussite dans l’exercice. Matthias Haddad cultive l’excellence, au quotidien. Pour lui, mais pas que. «Je trouve que je n’ai pas assez rendu au club ce qu’il me donne», soulevait-il dans un entretien de présaison. Le voilà à 80 minutes de faire basculer la balance.

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Romain ASSELIN
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