Champions Cup - La Rochelle, une fête à la folie

  • Les Rochelais accueillis sur le Vieux Port par une marée de supporters.
    Les Rochelais accueillis sur le Vieux Port par une marée de supporters. Midi Olympique/Tristan Failler - Tristan Failler
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Des 500 braves qu’ils les ont attendus jusqu’à l’aube aux dizaines de milliers de supporters venus sur le Vieux-Port, les Rochelais ont vécu un retour sur leur terre qui restera dans les mémoires de tous. Et, surtout, dans l’histoire du club maritime qui a décroché face au Leinster sa première Champions Cup.

« L’attente est en proportion du bonheur qu’elle prépare », écrivait l’auteur canadien Michel Dupuy. L’adage sied à merveille au Stade rochelais ainsi qu’à son peuple de supporters qui, samedi soir, ont enfin connu l’ivresse d’un titre majeur. Et pas n’importe lequel : le trophée de la Champions Cup, « The one to win » ("Celui qu’il faut gagner") selon la formule choisie par l’EPCR. Les Rochelais l’ont attendue, cette foutue coupe. Tant les joueurs que les supporters. Les premiers s’en étaient approchés l’année dernière, à Twickenham. Mais le Stade toulousain avait été plus fort, plus brutal encore que l’avaient été Skelton et consorts. En larmes à l’issue du match, Grégory Alldritt avait néanmoins fait une promesse : « On sera là jusqu’au bout. On ne lâchera rien, et on reviendra à ce niveau. » 

Le président Vincent Merling et le troisième ligne rochelais Wiam Liebenberg laissent éclater leur joie.
Le président Vincent Merling et le troisième ligne rochelais Wiam Liebenberg laissent éclater leur joie. Midi Olympique - Patrick Derewiany

Promesse doublement tenue par le troisième ligne centre des Bleus : non seulement les Rochelais se sont frayé un chemin jusqu’à la finale de Top 14 qui se déroula quelques semaines plus tard, mais ils sont également retournés en finale de Champions Cup. Et cette fois, ils ont vaincu.

« Cela a été la folie pendant deux heures »

Comme les joueurs, les supporters ont longtemps attendu ce triomphe. Ils l’ont attendu une saison et… Cinq heures. Cinq heures, soit le temps qu’ils ont patienté sur le parvis de l’aéroport La Rochelle-Ile de Ré dans la nuit de samedi à dimanche, où nous nous sommes rendus aux alentours d’1h40 du matin. À ce moment, le thermomètre n’affiche plus les 24 degrés mesurés dans la journée, mais à peine la moitié. Un vent maritime souffle, faisant encore baisser la température ressentie. Et pourtant, les supporters sont déjà là. à peine couverts, ils arborent encore les maillots des clubs réglementaires, assortis de shorts et de tongs estivales. Ils sont une centaine, massés le long des barrières de sécurité spécialement installées pour l’occasion. Le service d’ordre est en place, et un prestataire a déjà installé tout un système pyrotechnique. Jérémy, un trentenaire qui a directement filé à l’aéroport après son service, témoigne de l’ambiance : « Je travaille comme serveur sur le Vieux-Port. Cela a été la folie pendant deux heures, puis c’est redescendu d’un coup. Alors, je suis venu direct ici pour accueillir nos champions. »

La Rochelle à la folie
La Rochelle à la folie Midi Olympique - Tristan Failler

À ce moment-là, personne n’a une idée de l’heure d’arrivée des joueurs. Certains annoncent trois heures, d’autres misent sur quatre heures… Qu’importe. Jérémy et ses amis sont en place, et ont de quoi patienter. Son ami Christophe sort une bière de la glacière, l’ouvre et nous lance : « Comme disait Thierry Roland, après avoir vu ça, on peut mourir tranquille ! » Son voisin corrige en trinquant : « Mais le plus tard possible ! ».

Non loin d’eux, une maman emmitoufle son garçon dans un grand plaid, et l’allonge sur un banc. Partout, on refait le match encore et encore. On évoque les performances XXL d’Alldritt, de Bourgarit, les jeunes Berjon et Haddad, les puissances de Skelton et d’Atonio, ou la précision du jeu au pied de Dulin : « Même West m’a fait plaisir ! » lance un quadra grisonnant. Jérémy prévoit déjà sa journée de dimanche : « Les terrasses du Vieux-Port seront fermées à 18 heures, pour laisser le maximum de place à la parade prévue à partir de 19 heures. Vous allez voir, là ça va vraiment exploser… », nous glisse-t-il, sourire en coin.

Une si longue attente

À mesure que les heures passent, d’autres supporters arrivent, mais ceux qui attendent depuis une heure du matin commencent à trouver le temps long. Il est plus de 4 heures du matin. Une supportrice, qui scrute son smartphone croit reconnaître l’avion des joueurs sur son application Flight Radar : « Ils arrivent ! », lance-t-elle à la foule d’environ 500 personnes maintenant massée. Celle-ci réagit immédiatement et lance des chants. Manqué. Une demi-heure plus tard, toujours personne. Ce n’était pas l’avion des joueurs. Et les nouvelles sont mauvaises : ils auraient décollé en retard à cause de forts vents. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les supporters inventent un chant de circonstance : « On s’gèle les c… », sur l’air de « On est les champions ». Leur délivrance finira par arriver à… 5 h 32. Heure à laquelle le président de la Rochelle, Vincent Merling, passe les portes coulissantes de l’aéroport en brandissant le précieux trophée.

Il est suivi de l’ensemble de son groupe, Alldritt et Sazy en tête. Les fontaines pyrotechniques crachent des étincelles, les joueurs sont si surpris qu’ils semblent trouver l’installation dangereuse. Romain Sazy se retourne, repère une supportrice en fauteuil roulant, et lui fait porter la coupe, ce qui la comble de bonheur. Le cortège défile lentement le long des cinquante petits mètres qui le séparent du bus, rythmé par les chants de supporters. Vincent Merling serre toutes les mains qu’il trouve en chemin, et remercie ses supporters. Les joueurs sont souriants, mais ne s’éternisent pas pour autant. En quelques minutes, ils sont déjà installés dans le bus. Un tel dévouement aurait mérité une vraie communion, des échanges et pas simplement quelques sourires polis. Mais, de toute évidence, les supporters ne sont pas rancuniers et rentrent aussitôt chez eux, alors qu’il fait déjà jour sur La Rochelle. Rendez-vous est pris pour le lendemain : 19 heures, sur le Vieux-Port.

Le Vieux-Port en fusion

Ce fameux Vieux-Port a été normalement animé jusqu’à 18 heures après quoi il est progressivement envahi d’une armée jaune et noire. À 18 h 30, un speaker prend la parole et chauffe la foule : « Citoyens de la Rochelle, est-ce que vous êtes là ? », hurle-t-il. Des milliers de drapeaux se lèvent dans les airs, des tambours résonnent de toutes parts. Sur l’écran géant, le club diffuse des images des matchs. L’ambiance monte. La chanson de tous les titres, « Freed from Desire » de Gala est crachée à pleine puissance par les colonnes d’enceintes de la sono, à l’instar de Santiano d’Hugues Aufray, le chant attitré aux Maritimes.

Peu après 19 heures, le bus a toit ouvert barré d’un immense visuel « Champions d’Europe 2022 » arrive enfin. Avec la précieuse Coupe d’Europe brandie par le capitaine Grégory Alldritt. Derrière lui, Thomas Berjon craque un fumigène, et Thomas Lavault agite un immense drapeau du club qu’il passe à Dany Priso, casquette et lunette noires sur la tête. Derrière, Uini Atonio et Romain Sazy s’embrassent et frappent sur leurs poitrines. Le bus s’arrête, d’autres fumigènes sont craqués par les joueurs. La communion est totale. Kévin Gourdon monte sur la cabine du conducteur et harangue la foule. Le bus reprend sa route, le plus lentement possible pour prolonger ce moment historique. Il s’arrêtera plus loin, pour d’autres moments de célébrations. Ce n’est que le début d’une folle soirée. Plus tard, au moment où l’on a quitté les Rochelais et leur formidable peuple, on s’est dit que les prochains jours promettaient d’être bien longs et animés chez les Jaune et Noir… Aussi longs que leur saison en Top 14 ? Chiche !

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