Top 14 - Brandon Paenga-Amosa (Montpellier) : « Zach Mercer n'arrête pas de dire que je suis gros ! »

  • Le gangster Douglas, la passion du public français pour la mêlée... Le talonneur Brandon Paenga-Amosa balaye tous les sujets sans langue de bois.
    Le gangster Douglas, la passion du public français pour la mêlée... Le talonneur Brandon Paenga-Amosa balaye tous les sujets sans langue de bois. Icon Sport - Alexandre Dimou
Publié le

Connu pour être l’un des grands animateurs du vestiaire héraultais, Brandon Paenga-Amosa, Wallaby aux 14 sélections, évoque avec son humour caractéristique la demie bien sûr, mais aussi sa vie à Montpellier, ses coéquipiers et son parcours atypique. rencontre.

Comment avez-vous utilisé cette semaine supplémentaire ?

Ce fut une très bonne semaine en termes de préparation. On a très bien analysé le jeu de l’équipe de Bordeaux-Bègles et on s’est entraîné très dur. J’ai le sentiment qu’on est déjà bien entré dans cette demi-finale. Le seul truc, c’est qu’il fallut gérer cette chaleur infernale à Montpellier !

Le staff a-t-il donné la priorité à la récupération ?

Un peu mais nous, les joueurs, on aime être loyaux. On aime se challenger entre nous. Je l’ai senti cette semaine, et la semaine dernière, où nous avons eu des sessions assez intenses. On a mis l’argent dans la banque et on espère récolter les intérêts ce week-end.

Valait-il mieux passer par le barrage pour les repères collectifs ou s’économiser ?

Il y a deux façons de le voir en effet. Quand je jouais en Super Rugby, il n’y avait pas cette qualification directe qui vous donne une semaine off. On passait par les quarts, point barre. Et je peux comprendre les deux points de vue : un quart ou un barrage te permet de construire, une demie directe t’économise et te prépare. Les deux me vont, mais d’après ce que j’ai compris, pas mal de joueurs étaient contents d’avoir une semaine off pour se régénérer.

Qu’avez-vous pensé de la réaction d’orgueil des Girondins dimanche soir ?

J’ai appris une chose sur les Français : ils tirent de la fierté dans tout ce qu’ils font : leur travail, leurs passions, leur famille… Et dans le rugby bien sûr. Ils ont passé de mauvaises semaines, et cela m’aurait blessé aussi. Et je pense que j’aurais eu la même réaction qu’eux dimanche. Ils se sont révoltés.

Le gangster Douglas, la passion du public français pour la mêlée... Le talonneur Brandon Paenga-Amosa balaye tous les sujets sans langue de bois.
Le gangster Douglas, la passion du public français pour la mêlée... Le talonneur Brandon Paenga-Amosa balaye tous les sujets sans langue de bois. Icon Sport - Alexandre Dimou

Quid du pack ?

Même s’il est très dense, je trouve qu’il se déplace beaucoup. Comme « Big Ben » (le pilier Ben Tameifuna, N.D.L.R.), qui a fait un grand match dimanche. Ils sont aussi précis et réalistes. Ils ont fait une grosse partie du boulot en dominant le Racing devant.

Avez-vous des amis dans cette équipe de l’UBB ?

J’ai joué avec Kane Douglas en Australie, un grand joueur. Mais c’est aussi un gangster ! (rires) Un gentil gangster, on va dire… On était aux Reds ensemble pour ma première saison de Super Rugby. Il est très intelligent, fort, mobile et féroce dans les rucks. Je vais lui faire des phrases dans les rucks et en mêlée, je vais le chambrer… on va se régaler !

Ressentez-vous que vos coéquipiers français ont une fascination particulière pour le Brennus ?

Mec, le Top 14 c’est au-dessus. C’est tout. Bien sûr qu’il aurait été génial de gagner la Coupe d’Europe. Mais gagner le Top 14, c’est mon rêve. Cela ne va pas arriver sur un plateau d’argent, c’est sûr. Cela va demander un énorme travail et un immense combat. Mais soulever ce bouclier à Paris…

Votre équipe a vécu des moments très traumatisants l’année dernière. Ressentez-vous encore ce vécu collectif ?

Bien sûr. On ne sait jamais où l’on va tant qu’on ne sait pas d’où l’on vient. J’ai écouté des tas de joueurs me raconter à quel point cette période était sombre. C’était tellement dur… Mais c’est comme ça dans tous les clubs : un jour tu es champion, le lendemain t’es dans le caniveau. Les mecs et le staff ont fait un sacré boulot pour continuer d’avancer plutôt que de regarder en arrière.

Quelles sont les forces du MHR ?

La dimension physique a toujours été une valeur constante dans notre saison. On est très fiers de notre défense aussi, qui nous a sauvés plusieurs fois. Comme l’UBB, notre place ne doit rien à la chance. Enfin, je trouve que cette équipe a du caractère. En Australie, on dit « play for your mate », soit « jouer pour ton pote », le mec à côté de toi. On a des joueurs de classe mondiale, mais on en revient toujours aux mêmes choses simples : il faut avoir envie de se faire mal pour le mec à côté de toi. Qu’il soit international ou un espoir. Je pense qu’on a ça.

On a cru comprendre que vous adoriez la mêlée alors qu’elle n’est pas très populaire dans l’hémisphère Sud…

C’est vrai ! « J’adore les mêlées ! » (en français) Et j’adore jouer dans ce Top 14 où le public devient dingue quand tu domines la mêlée adverse ! Ça n’arrive pas chez moi, où les arbitres font tout pour écourter cette phase de jeu. Ici, les joueurs l’adorent, le public l’adore. On sent de l’excitation avant d’en faire une.

Le gangster Douglas, la passion du public français pour la mêlée... Le talonneur Brandon Paenga-Amosa balaye tous les sujets sans langue de bois.
Le gangster Douglas, la passion du public français pour la mêlée... Le talonneur Brandon Paenga-Amosa balaye tous les sujets sans langue de bois. Icon Sport - Alexandre Dimou

De quel joueur êtes-vous le plus proche à Montpellier ?

L’ambiance du groupe et vraiment cool, mais j’ai une affinité particulière avec Zach Mercer. C’est celui qui m’emm… le plus. Il m’emm… tout le temps. Il me chambre sur tout. Mes cheveux, mon style vestimentaire, mon poids… Il dit sans arrêt que je suis gros… Ce mec est un poison ! Du coup je réponds en le chambrant sur ses bras. Vous avez vu la taille de ses bras ? Je n’ai jamais vu un mec aussi fort au rugby alors qu’il n’a absolument pas de haut du corps. Je n’ai jamais vu un mec aussi inactif dans la salle de muscu que lui. C’est impossible ! (rires) Il va me tuer pour ça… Et pourtant c’est un joueur de classe mondiale. Il cause tellement de dégâts dans les défenses adverses… C’est incroyable. Il va aller très très loin…

Vous avez eu une trajectoire pour le moins originale, racontez-nous votre enfance…

Je n’ai pas eu une enfance difficile, loin de là. Juste celle d’un gamin polynésien à Sydney. Comme d’autres, je n’ai pas été financé par le rugby pour faire mes études, donc j’ai dû travailler à côté. J’ai bossé comme éboueur. Tous les matins, j’étais au cul du camion et je courais collecter les poubelles. J’ai donc été longtemps joueur semi-professionnel. Je n’ai pas eu de contrat avec une équipe après l’école, donc j’ai bossé encore. Ce n’était pas facile, mais c’était un voyage. Et cela a fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

Vous n’imaginiez pas devenir rugbyman pro ?

Je n’avais pas vraiment le temps de penser à moi, il fallait que je nourrisse ma famille d’abord. Le rugby pro c’était un rêve mais c’était secondaire. Et puis je ne pensais pas que cela aurait pu devenir réel. Mais ce parcours m’a forgé une vraie éthique de travail, sans cuillère d’argent. Si tu veux des choses, il faut travailler dur pour les avoir.

Comment avez-vous décidé de quitter l’Australie pour tenter l’aventure à Montpellier ?

Ce n’était pas facile. Mes parents et mes frères et sœurs sont restés là-bas. Ma femme est américaine, sa famille vit à Los Angeles donc elle avait déjà traversé la moitié de la Terre pour venir vivre avec moi en Australie. Venir en France était un sacré choix à faire. Mais je voulais tenter quelque chose de nouveau, vivre dans un nouveau monde. J’ai été béni d’avoir cette opportunité à Montpellier, et je ne regrette pas mon choix. Tu ne peux pas te plaindre quand tu vis à Montpellier ! Bon, les gens sont un peu fous mais j’adore ça ! Et c’est encore mieux quand la saison se passe bien.

On sait que vous supportiez les All Blacks dans votre enfance…

J’étais le plus grand supporter des Blacks. J’ai pleuré quand la France a battu la Nouvelle-Zélande à la Coupe du monde 2007. Comme un gosse. C’était un grand jour pour vous, mais un terrible jour pour ma famille et moi. Ainsi que pour le pays dans son intégralité !

Il paraît qu’enfant, vous vous strappiez la cuisse exactement comme Carlos Spencer, juste pour faire comme lui alors que vous n’étiez pas blessé ?

C’est aussi vrai ! Carlos est mon idole. Je le faisais pour lui ressembler, pour faire comme mon joueur préféré. Je voulais même jouer ouvreur, comme lui, mais ma maman m’a fait trop costaud ! Même si, à tout moment, je peux me reconvertir ! D’ailleurs, vous devriez dire à Paolo Garbisi qu’il ferait bien de faire gaffe à lui… Je vais lui piquer sa place ! (rires) Fais gaffe, Paolo…

Cet article est réservé aux abonnés
Abonnez-vous pour en profiter
à partir de 0,99€/mois, sans engagement
  • Tous les articles en illimité sur le site et l'application
  • Le journal en version numérique dès 20h30 la veille
  • Les newsletters exclusives
Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?