Top 14 - Montpellier - Bordeaux-Bègles : au bal des affamés

  • Les Bordelais de Cameron Woki ont soif de titres mais pour trouver le chemin de Stade de France il faudra tout d’abord s’affranchir d’une équipe montpelliéraine tout aussi affamée.
    Les Bordelais de Cameron Woki ont soif de titres mais pour trouver le chemin de Stade de France il faudra tout d’abord s’affranchir d’une équipe montpelliéraine tout aussi affamée. Icon Sport - Alexandre Dimou
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Alors que la première demi-finale a opposé des clubs récemment titrés, celle-ci met aux prises Montpellier et Bordeaux-Bègles, deux formations frustrées par leurs récents échecs en phase finale. Le choc sera frontal. Et malheur au perdant…

Sur le papier et dans l’histoire, ces deux équipes de Montpellier et de l’Union Bordeaux-Bègles n’ont pas grand-chose à voir : elles n’ont pas de rivalité particulière, ne se sont jamais croisées en phases finales et ne se marchent que rarement sur les pieds en matière de transferts, si l’on fait exception du cas de l’ailier néo-zélandais de l’UBB Ben Lam qui rejoindra dans quelques semaines l’Hérault pour les deux prochaines saisons.

De l’extérieur, on aurait dit que ces deux mastodontes du Top 14 cohabitaient jusqu’ici paisiblement dans ce championnat, chacun respectant un pacte de non-agression tacite. Jusqu’ici…

Car samedi soir, ce pacte pacifique va être brisé. Certainement de façon brutale, voire frontale, au vu du tonnage des deux packs et leur faculté à broyer leurs adversaires. Ce ne sont pas les avants du Racing, pulvérisés en barrages par Tameifuna et Cie, qui diront le contraire.

De l’autre côté, c’est pareil : pour ajouter encore du poids et de la puissance à un pack qui en déborde déjà, le MHR devrait – comme il le fait depuis un mois, en prévision de ces phases finales – faire évoluer son habituel droitier Titi Lamositele et ses 132 kg (hors taxes) à gauche de sa mêlée. Donnant ainsi une première ligne Lamositele – Guirado (ou Paenga-Amosa) – Haouas avoisinant les 380 kg, laquelle pourrait filer des sueurs froides à la première ligne des Springboks.

Maintenant que l’on a posé le décor, on comprend vite que ces mastodontes ne vont pas cohabiter encore longtemps. Car samedi soir, aux alentours de 23 heures, il ne devra en rester qu’un.

Faim de titre

Et malheur au perdant. L’équipe qui faillira à Nice rentrera chez elle ruminer ses regrets. Encore. Car si l’autre demi-finale est un duel de repus entre deux formations récemment titrées (Castres en 2018 et le Stade toulousain en 2019 et 2021), celle opposant Montpellier à l’Union Bordeaux-Bègles sera la demie des affamés. Des frustrés. Des cocus, même. De part et d’autre, les souvenirs de finales ou de demi-finales perdues sont aussi récents que douloureux.

Commençons par Montpellier : en 2018, sous la houlette du Kiwi Vern Cotter, le MHR termine premier de la phase régulière avec 17 victoires dont 12 bonifiées. En demi-finale, il pulvérise Lyon (40-14), et file vers ce qui semble être la finale la plus déséquilibrée de l’histoire face à Castres qui a terminé sixième.

Sauf que les Montpelliérains passent complètement à côté de leur match (à l’image de Ruan Pienaar) et se font laminer par des Tarnais plus affamés qu’eux : « Les semaines qui ont suivi cette finale ont été parmi les pires moments de ma vie », nous avais confié des années plus tard le géant du MHR Paul Willemse…

Côté UBB, c’est pareil. Voire même pire. Car c’est plus récent. Au début de l’année 2020, les Girondins roulent sur le championnat. Après 17 journées, ils comptent déjà 13 victoires, 1 nul et 3 défaites. Leurs poursuivants sont loin.

Mais le 13 mars, la saison est suspendue à cause de la pandémie. Pas de saison, pas de champion. Pas facile à avaler, vous en conviendrez. L’année dernière, les hommes de Christophe Urios font pourtant preuve de résilience et terminent quatrièmes.

En barrage à Chaban, ils dominent Clermont. Mais en demi-finale, ils perdent de trois petits points contre le futur champion, Toulouse (24-21). C’est d’ailleurs au même stade de la compétition qu’ils perdent en Champions Cup, face au même adversaire, quelques semaines plus tôt (21-9). À ce stade, on ne parle plus de frustration. Le mot est trop faible.

Bordeaux mène 2 à 0

Cela fait donc un petit moment que ces deux-là s’approchent du Graal, sans jamais le toucher. En attendant, les deux cadors s’observent, se jaugent. Ils ont les mêmes failles, et notamment cette baisse de régime en fin d’exercice, si l’on fait exception du barrage remporté haut la main par les Girondins la semaine dernière.

Ils ont aussi les mêmes forces : un pack puissant, une appétence pour les ballons portés ainsi que la science de la touche et une défense excellente : « Quand on arrive à ce niveau de compétition, les équipes ont sensiblement les mêmes qualités, commente « PSA », de toute façon on ne peut pas exister dans ce Top 14 si on n’a pas une conquête dominante et une très bonne défense. »

Pas faux. Mais, ils paraissent si semblables et si proches que les deux matchs de la saison régulière ont bien failli ne pas les départager : 27-23 à Bordeaux et 22-23 à Montpellier. Cinq petits points sur deux matchs, mais qui font toute la différence : deux victoires à zéro pour l’UBB : « Ils sont venus gagner chez nous lors de la phase régulière, donc cette fois ce serait bien qu’il nous rende la pareille ! » lançait cette semaine le demi de mêlée Benoît Paillaugue.

Guirado-Ouedraogo VS Picamoles-Trinh-Duc : le crépuscule des seigneurs

Bien malgré eux, ils ont aussi les mêmes leviers de motivation. Au premier rang desquels figurent les fins de carrières de leurs glorieux coéquipiers. Quelques minutes après la victoire contre le Racing, Matthieu Jalibert les citait au micro de Canal + : « On ne joue pas pour Christophe (Urios), on est en mission pour des joueurs comme François (Trinh-Duc), Louis (Picamoles), pour les faire partir par la grande porte. » 

Deux joueurs pourtant recrutés par le boss de l’UBB, qui nous avait confié en début de saison qu’il avait recruté les deux amis pas uniquement pour leurs indéniables qualités rugbystiques et leur expérience, mais aussi parce qu’il trouvait que « l'image des deux amis finissant dans le même club était belle » et qu’elle « serait un moteur dans le groupe ». Ironie du sort : les sales gosses girondins (Jalibert en tête) que l’on dit aujourd’hui vent debout contre leur manager se sont en fait mobilisés autour d’une image créée par… Urios lui-même. Alors les minots, c’est qui le patron ? Qui est la tête pensante ?

À Montpellier, c’est autour de la légende vivante du club Fulgence Ouedraogo que les Cistes se sont mobilisés : « On a tous envie d’offrir une belle sortie à « Fufu ». Et moi encore plus que les autres parce que j’ai passé 14 années de ma vie avec lui, nous confiait Paillaugue. C’est quelqu’un qui a beaucoup donné pour le club et remporter le bouclier de Brennus serait une belle récompense pour lui. Il mériterait d’avoir son nom parmi ceux qui ont ramené le premier Brennus. »

Il y a aussi bien sûr Guilhem Guirado, qui ne compte que deux saisons mais dont l’aura est immense : « Le talonneur du Top 14 qui m’a plus impressionné ? Guilhem ! » répondait du tac au tac son concurrent au poste Brandon Paenga-Amosa : « Cela a été un immense privilège de jouer à ses côtés. C’est une légende absolue. Il m’a impressionné. Il va laisser un immense vide l’année prochaine. » Un vide qui ne sera que partiellement comblé par un titre. Mais pour cela, il faut déjà se rendre au Stade de France…

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