Comment Saint-André a reconstruit le MHR

  • À la lutte pour le maintien l’an dernier, les Montpelliérains vont vivre une finale de Top 14 cette saison, sous l’impulsion de Philippe Saint-André.  Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
    À la lutte pour le maintien l’an dernier, les Montpelliérains vont vivre une finale de Top 14 cette saison, sous l’impulsion de Philippe Saint-André. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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En lutte pour le maintien la saison dernière, le MHR est aujourd’hui en finale du Top 14. Un immense chemin parcouru grâce à la volonté de tout un groupe, mais aussi au travail d’un staff, parfaitement orchestré par son manager, Philippe Saint-André.

"Passer de la dixième place de Top 14 à la finale en un an ce n’est pas de la chance, c’est beaucoup de travail", rappelait Philippe Saint-André au sortir de la demi-finale remporté contre l’Union Bordeaux-Bègles. Difficile de dire le contraire. Bien sûr, cette dixième place la saison dernière n’était pas "normale", pour un groupe de cette qualité, pour un club avec de telles ambitions. Nous n’allons pas revenir sur les raisons (multiples et complexes) de cette incongruité, mais toujours est-il qu’elle était une réalité : le MHR a joué son maintien jusqu’à l’avant-dernière journée du précédent exercice. C’est une évidence, Montpellier possédait d’énormes qualités mais aussi de terribles défauts. Au rang des qualités, on trouvait une énorme force de caractère qui a permis au groupe de ne pas imploser alors qu’il était relégable en février 2021. Mieux, il est même allé chercher un titre de Challenge Cup. Une vraie galère conclue en "happy end" qui, selon Anthony Bouthier, a marqué ce groupe : "On a beaucoup galéré la saison dernière en championnat. On a relevé la tête en fin de saison avec le maintien et le titre en Challenge Cup. Ça nous a beaucoup aidés et cela nous aide encore aujourd’hui."

Saint-André : "J’ai dit à Olivier et Jean-Ba : "Il faut qu’on étoffe le staff""

Mais le MHR ne pouvait toutefois pas rester en l’état. L’équipe ne pouvait pas retrouver les sommets si elle continuait à être aussi indisciplinée. L’état d’esprit était là, mais les joueurs avaient besoin de travailler davantage. De sa vigie de manager général, Philippe Saint-André l’avait bien compris. Voilà pourquoi il a d’abord cherché à étoffer son staff : "Quand on a repris la main, j’ai été obligé de descendre sur le terrain mais je me suis vite rendu compte que le short et le tee-shirt étaient un peu trop serrés pour moi, je n’avais plus vraiment l’âge, plaisantait "PSA" en conférence de presse samedi soir. J’ai dit à Olivier (Azam) et Jean-Ba (Elissalde) : "On peut continuer comme ça, mais il faut qu’on étoffe le staff." On était trop indisciplinés, donc on a pris Alex (Ruiz) qui, contrairement à ce que pensent les gens, a été pris en tant qu’entraîneur, pas en tant qu’arbitre. L’année prochaine il deviendra entraîneur adjoint. Il a amélioré notre discipline. Et puis j’avais besoin de quelqu’un avec une culture différente, qui soit proche des joueurs, qui soit un peu leur copain parce que moi je suis souvent celui qui annonce les mauvaises nouvelles. Bruce Reihana a ce profil. En plus c’est un All Black qui a un passeport français et qui connaît très bien le Top 14 car il a joué à Bordeaux."

Avec ces deux renforts, le triumvirat Saint-André-Azam-Elissalde a gagné en confort, et a pu aller plus loin dans les détails qui font toutes les différences dans le sport de haut niveau. L’ex-sélectionneur du XV de France a enfin terminé son casting en recrutant une pointure en termes de préparation physique : "On a pris un directeur de la performance, Benjamin Delmoral, qui a beaucoup d’expérience avec entre autres sept saisons à Lyon et qui a écrit les livres de référence sur la préparation physique."

Bien sûr, ces trois hommes cités ne sont pas des magiciens. Mais il faut se rendre à l’évidence : Montpellier a vraiment progressé sur le plan de la discipline, a parfaitement intégré ses joueurs étrangers qui se sont, en quelques semaines, sentis comme des poissons dans l’eau de la Méditerranée, et ont toujours (très) bien fini les rencontres sur le plan physique, souvent mieux que leurs adversaires.

Azam : "Philippe est capable d’assembler les personnalités"

"PSA" n’a pas uniquement renforcé son staff. Il a aussi renforcé son équipe, et maintenant que la saison s’approche de son terme, on peut dire qu’il a signé un recrutement brillant. Nous écrivions en début de saison que l’effectif du MHR avait gagné en puissance, en profondeur et en polyvalence. C’est toujours aussi vrai. En fer de lance des recrues, l’Anglais Zach Mercer a réalisé une saison admirable en tous points.

Soulignons aussi les performances remarquables de Paenga-Amosa, Garbisi, Thomas ou Doumayrou. Bien sûr, il y a eu quelques déceptions comme Hamadache ou Vici, mais depuis deux ans, "PSA" ne s’est pas souvent trompé : "Philippe, il aime les mecs atypiques, il aime les histoires et il est capable d’assembler des personnalités", nous confiait Azam. Et il aime les joueurs de défis aussi : "On a Bécognée qui vient de Pro D2, on a "Flo" Verhaeghe qui n’était pas dans le coup à Toulouse, on a "Yacou" Camara qui a été critiqué quand il a signé à Montpellier parce que tout le monde disait qu’il venait pour remplir le coffre-fort. On a aussi Enzo Forletta qui vient de Pro D2, "Momo" Haouas qui a un parcours atypique et qu’il faut encadrer, Brandon Paenga-Amosa qui vidait les poubelles en Australie il y a cinq ans, et Zach Mercer qui, en plus d’être critiqué en Angleterre pour son physique, n’était pas pris en sélection. Là, ça te fait une belle bande de revanchards quand même…" Certes, "PSA" ne les a pas tous recrutés. Mais il en a fait ses cadres. Et aujourd’hui ces hommes sont l’ossature du MHR.

Et selon toute vraisemblance, cela devrait continuer : "On fait très attention aux personnalités des joueurs, prolonge Azam. On se renseigne beaucoup sur eux, sur leur psychologie. On ne recrute pas que des joueurs de rugby, on recrute des mecs. Par exemple, on a beaucoup enquêté sur Karl (Tu’inukuafe, N.D.L.R., le pilier all black qui rejoindra le MHR la saison prochaine, N.D.L.R.) avant de le signer. On a appelé plusieurs de gens de son entourage, comme Sean Fitzpatrick par exemple, en plus de le rencontrer. C’est important de recruter des bons mecs, tu passes plus de temps avec eux qu’avec ta femme, alors il vaut mieux que ça se passe bien !" De quoi augurer une belle saison l’année prochaine, quoi qu’il arrive vendredi soir prochain au Stade de France. Car ce groupe a faim : comme le disait le demi de mêlée Benoît Paillaugue : "On a la chance de peut-être pouvoir marquer l’histoire du club, d’être à jamais le groupe de quarante qui écrit sur un mur du stade : "Les premiers avoir ramené un titre de champion de France." Ça motive quand même." Et comment…

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