L'édito : putain de rugby

  • Thomas STANIFORTH (Castres).
    Thomas STANIFORTH (Castres). Laurent Frezouls / Icon Sport - Laurent Frezouls / Icon Sport
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L'édito du lundi par Emmanuel Massicard... Ce sera donc Castres-Montpellier, comme en 2018. Vendredi soir prochain à Saint-Denis, la finale du Top 14 accouchera d’une forme de surprise même si les deux Occitans n’ont rien volé durant la saison et en demies. Surprise, oui, parce que la grande majorité attendait Toulouse et Bordeaux, voire La Rochelle avant sa chute prématurée en barrages. Mais tous ont finalement cédé au terme d’un championnat marathon qui n’avait jamais mis autant les clubs et joueurs à l’épreuve.

Il reste donc Castres et Montpellier, les deux premiers du classement, dispensés de barrages et donc plus frais que leurs adversaires. Étonnant, non ! La fraîcheur physique et mentale reste un critère essentiel de la performance. Or cette saison, Tarnais et Héraultais ont su écrire leur histoire et préserver leurs hommes quand leurs concurrents étaient eux dans l’urgence, engagés sur trop de fronts.

Samedi midi, à l’instant du tirage au sort des vestiaires, Laurent Marti défendit avec justesse le niveau, l’âpreté et l’exigence d’un Top 14. Selon lui, la concurrence n’a jamais été aussi féroce. Vrai : au soir de la dernière journée, neuf clubs pouvaient encore prétendre au titre. C’est sans équivalent, tous sports confondus. Et cela fait la grandeur de ce championnat autant que cette phase finale digne d’une étape de très haute montagne avec trois cols hors catégorie à franchir… Le tout, ne l’oubliez surtout pas, après dix mois de compétition, une Coupe d’Europe et un grand chelem ! Surtout, ne pas en rajouter…

C’est véritablement ici que l’on comprend le parcours en forme de montagnes russes de certaines équipes, la rotation au fauteuil d’orchestre (Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Castres) et les cycles qui se sont enchaînés au gré d’un calendrier démentiel pour bon nombre.

De grâce, même si nous sommes loin de la légèreté, du charme et de l’esthétisme, ne renions surtout pas cette finale 100% "combat et pragmatisme". Car, à bien y regarder, ce Top 14 version 2021-2022 a les finalistes qu’il mérite et qui lui ressemblent au plus profond de ses traits de caractère. Avec des forts à bras pour bâtir des forteresses imprenables.

Il n’y a dès lors rien d’étonnant à voir le Tarnais et Montpelliérains se retrouver quatre ans après, eux qui ont tant changé mais qui, pour les premiers, demeurent intransigeants sur l’adhésion aux principes d’une culture non feinte et, pour les seconds, ont enfin déniché le sens de leur histoire commune. C’est tout le sel de ce "putain de rugby", qui dépasse la stricte performance des clubs ; ou quand l’identité permet de renverser les fulgurances du talent.

L’affaire ne doit rien au hasard puisque dans les deux camps on retrouve des bâtisseurs et un sacré supplément d’âme incarné par des joueurs emblématiques qui s’apprêtent à boucler leur carrière. Souvenez-vous donc de Rory Kockott, Guilhem Guirado ou Fulgence Ouedraogo, pour ne citer qu’eux. Même sans jouer, ces géants-là rêvent de terminer tout en haut après une saison dantesque. Ils font partie des sublimes représentants d’un sport d’enragés. Voilà aussi pourquoi cette finale de l’ombre tutoie l’évidence. Les hommes feront toujours l’aventure.

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