Mohed Altrad (Montpellier) : « Ces mecs sont extraordinaires ! »

  • Au lendemain de la victoire du MHR en demi-finale, le président montpelliérain nous a expliqué en quoi le groupe héraultais avait changé.
    Au lendemain de la victoire du MHR en demi-finale, le président montpelliérain nous a expliqué en quoi le groupe héraultais avait changé. Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Au lendemain de la victoire du MHR en demi-finale, le président montpelliérain nous a expliqué en quoi le groupe héraultais avait changé, comment « le Goret » avait fait disparaître les luttes de clans ou ce qu’il pensait de Zach Mercer, Paolo Garbisi et Louis Carbonel. C’est à vous, Mohed.

Comment avez-vous vécu cette demi-finale face à Bordeaux-Bègles, samedi soir ?

J’étais probablement moins stressé que d’habitude. J’avais aimé le travail accompli par le groupe dans la semaine : on s’était mis dans la peau de l’outsider ; on l’avait joué profil bas. Ce faisant, je savais que nous serions prêts à répondre à Bordeaux.

Avez-vous pris la parole, avant la rencontre ?

Oui. Jeudi soir, j’ai voulu dire un petit mot aux joueurs.

Qu’avez-vous dit ?

Je leur ai d’abord rappelé que l’an passé, quand ça allait si mal, j’avais fait une dizaine d’interventions pour tenter de les remobiliser. Là, j’ai été bref ; je leur ai simplement dit à quel point j’avais pris du plaisir à leurs côtés, cette saison. Je leur ai répété quel honneur c’était de diriger un tel groupe de mecs. […] Ils ne m’ont d’ailleurs pas fait mentir, à Nice. Ils sont extraordinaires.

Il semble que vous ayez pris du recul ces derniers mois, sur la gestion au quotidien du MHR. Laissez-vous une totale liberté à votre manager, Philippe Saint-André ?

Philippe a effectivement une liberté totale sur le sportif. Il a l’expérience des grands évènements, a gagné des grands tournois en tant que capitaine de l’équipe de France ou à la tête de Sale, en Angleterre. Philippe, ce n’est pas un grand orateur mais il sait faire passer les messages. Il est humain, proche des mecs et le groupe lui fait confiance.

Et vous ?

Au milieu d’eux, je me sens bien.

À ce point ?

Oui. Samedi soir, j’ai même souhaité rester au bord du terrain, avec les remplaçants et le staff. Je n’ai pas voulu rejoindre la corbeille présidentielle, avec le gratin de la Ligue et tout le reste… Tout ça ne m’intéresse plus.

Philippe Saint-André, que vous aviez au départ recruté pour être directeur du rugby, s’épanouit aujourd’hui dans ce rôle de manager sportif dont il ne voulait pas forcément lorsque Xavier Garbajosa a quitté le club…

Je m’en souviens parfaitement, oui. Un soir d’une nouvelle défaite (février 2020), la huitième d’affilée, Philippe est venu à la maison. Je ne l’attendais pas. Le sentiment d’impuissance était terrible, j’étais marqué par cette série noire. […] On avait plein de trucs… Mais ça ne servait à rien, quoi…

Que vous a-t-il dit, ce soir-là ?

« Tu as trois solutions, Mohed : tu peux garder Xavier Garbajosa ; tu peux recruter un nouveau coach ; ou alors, je peux te dépanner quelque temps. » J’ai choisi la troisième. Ce qui était au départ un dépannage s’est transformé en solution pérenne.

D’accord.

Vous savez, Philippe a beaucoup souffert lorsqu’il était sélectionneur de l’équipe de France. Après la défaite face aux All Blacks, en quarts de finale de la Coupe du monde (62-13), les gens lui sont tombés dessus, parfois de façon très violente. Après ça, il a eu besoin de temps pour se reconstruire, pour aimer le rugby comme il l’aimait à ses débuts. Aujourd’hui, Philippe a retrouvé ce plaisir. Il est à nouveau heureux. Je le vois dans ses yeux.

Il semble aussi, à Montpellier, que le groupe soit beaucoup plus sain qu’à une époque…

Clairement, oui. Avant l’arrivée de Philippe Saint-André, les Sud-Africains mangeaient à une table, les Fidjiens à une autre et les Français ailleurs. C’était assez symbolique du fonctionnement du club. Tout cela a disparu. Cette solidarité nouvelle, elle s’exprime sur le terrain. On l’a bien vu contre Bordeaux : notre défense a ce soir-là été magnifique… On les a étouffés…

Vendredi soir, au Stade de France, vous retrouverez une nouvelle fois le CO. Quel souvenir gardez-vous de la finale perdue face à Castres, en 2018 ?

Quatre ans plus tard, cette défaite reste une blessure. Ce soir-là, nous étions favoris, supposément excellents… (il coupe) Nous sommes tombés de si haut… Mais les temps ont changé, chez nous.

Vous avez en la personne de Zach Mercer un sacré numéro 8. Ne craignez-vous pas que les Anglais ne le rappellent, en vue du Mondial 2023 ?

Quel joueur, n’est-ce pas ? Il est encore sous contrat la saison prochaine et ne partira pas. Eddie Jones, le sélectionneur anglais, est passé chez nous il y a quelques mois pour superviser Zach. Il lui a dit : « Si tu continues à faire de bons matchs, je te sélectionnerai. » Mais cela ne s’est encore jamais produit. On va pouvoir encore profiter quelque temps du talent de Zach Mercer.

Quid de l’ouvreur italien Paolo Garbisi, ce jeune homme (22 ans) ayant également brillé ces dernières semaines, sous le maillot montpelliérain ?

Le concernant, le staff a été très intelligent. Depuis qu’il est déchargé de la responsabilité des tirs au but, depuis que Benoit (Paillaugue) a pris le relais là-dessus, Paolo est plus libre sur le terrain. Je le trouve même excellent, pour tout dire : il a enfin appris à laisser l’émotion dans sa chambre, au soir des grands matchs.

Était-il submergé par l’émotion, jusqu’ici ?

Submergé, n’exagérons rien. Disons qu’il s’angoissait dans des grands stades, lorsqu’il était buteur. Et ce n’est plus le cas, désormais : contre Bordeaux, il a même marqué un drop ! C’est une pépite, Paolo. Il sera d’ailleurs chez nous jusqu’en 2025 : on vient de prolonger son contrat.

À ce poste, vous avez aussi recruté pour la saison prochaine Louis Carbonel, l’enfant de Mayol. Comment a eu lieu la transaction au juste ?

Louis est un garçon extraordinaire. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises. Et puis, sur le terrain j’aime sa spontanéité, son talent, sa fougue. […] Aujourd’hui, il est barré en équipe de France et je pense que nous l’aiderons à progresser et, qui sait, à réintégrer rapidement la sélection tricolore.

Vous n’avez pas toujours entretenu des relations apaisées avec la Ligue nationale de rugby. Vivriez-vous un titre de champion de France comme une revanche personnelle ?

(il soupire) Je suis passé à autre chose, vis-à-vis de tout ça. À une époque, j’ai essayé de bosser avec Paul Goze (président des clubs professionnels de 2012 à 2021). Je lui ai tendu mille perches, proposé mille choses. Il n’a jamais voulu m’écouter.

Sur quel sujet, par exemple ?

Depuis toujours, le rugby pro est structurellement déficitaire. Je lui ai donc donné des pistes à explorer pour changer la donne. Il ne m’a jamais écouté et moi, je donne tous les ans entre 5 et 6 millions d’euros pour combler le déficit du MHR. Je ne suis pas le seul président dans ce cas, de ce que je sais. Mais passons à autre chose, tout ça ne m’intéresse plus…

Vous n’allez jamais aux réunions des présidents du rugby professionnel ?

J’y suis rarement, en effet. Il y a deux clans chez les présidents. Il y a ceux qui, du Racing à La Rochelle, détestent René Bouscatel et lui font la guerre. Et de l’autre côté, ceux qui ont investi par leur vote le successeur de Paul Goze. Ces deux camps se tirent dessus avec des boulets de canon. C’est usant, à force.

Vous n’avez pas pris part au repas d’avant-match,

À Nice ?

Non. La directrice du club (Jessica Casanova) et mon fils (Djena) m’y ont représenté. Au cours de ce banquet officiel, on m’a d’ailleurs rapporté que le club de Montpellier avait une nouvelle fois été critiqué par Laurent Marti (le président de l’Union Bordeaux-Bègles). Était-ce vraiment le lieu pour le faire ? Parfois, je ne comprends pas l’attitude des gens de ce milieu…

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Marc DUZAN
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