Rémy Baget (Aviron bayonnais), modèle de persévérance

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    Aviron bayonnais : Rémy Baget, modèle de persévérance Pablo ORDAS - Pablo ORDAS
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Meilleur marqueur d’essais de Pro D2, Rémy Baget (ailier de Bayonne) vient de réaliser sa première saison pleine. Un aboutissement pour le jeune homme de 24 ans, qui ne pensait pas franchement devenir professionnel, il y a encore quelques saisons.

Un sportif a besoin, parfois, d’un petit coup de pouce. D’un coup du destin, pour lancer ou booster sa carrière. Nous sommes en 2011 et Rémy Baget s’éclate avec ses amis des cadets de Rabastens dans son championnat territorial, loin, très loin des sélections, pôles espoirs ou filières fédérales. Les clubs des alentours ne s’intéressent pas spécialement à lui. Mais Sam Lacombe, entraîneur à l’association du Stade toulousain issu de Rabastens, décide de le sortir du village, pour le faire signer dans la maison toulousaine. Premier coup de pouce.

En 2018, alors que Yannick Bru vient de prendre les rênes du secteur sportif de l’Aviron, il intègre, dans son staff, Éric Artiguste, qui entraîne alors les espoirs rouge et noir. Alors que le club basque cherche à renforcer son effectif, Artiguste glisse à l’ancien entraîneur du XV de France les noms de Tristan Tedder, Maxime Marty, Fabien Nabias et Rémy Baget, qu’il a entraînés à Toulouse. Second coup de pouce.

Sans l’aide de ces deux hommes, aujourd’hui, Rémy Baget ferait très certainement le bonheur de Gaillac, en Fédérale 2. Loin des paillettes du monde professionnel.

Il voulait rentrer à Gaillac après les espoirs

« J’ai entraîné Rémy pendant trois années en espoirs, raconte Artiguste. Les deux premières ont été compliquées. Il était dans l’effectif, mais il y avait des mecs devant lui. À cette époque-là, je ne pense pas qu’il était très motivé non plus. Il avait un tutorat avec Gaillac, il était jeune, faisait ses études dans l’hôtellerie, était un peu festayre. Un coup, il venait s’entraîner, un coup, il ne venait pas. Mais quand il était là, il était volontaire, aimait ça, avait des aptitudes. C’était un joueur atypique, j’aimais bien. Il sortait du lot avec des courses un peu bizarres, nonchalantes. Au début de la troisième année, je lui avais dit : « je ne compte pas sur toi, ne viens pas t’emmerder là et reste à Gaillac avec tes potes. » Il m’avait répondu : « tu peux compter sur moi. » Mais comme il m’avait aussi dit ça l’année d’avant, je n’y croyais pas trop… Finalement, il est venu s’entraîner tout le temps, a commencé à enchaîner et tous les dimanches il faisait un exploit… »

Aussi bon soit-il, chez les jeunes, le Stade toulousain ne lui propose rien, et Baget, qui vient alors de terminer ses études dans l’hôtellerie, prévoit alors de repartir jouer en Fédérale 2, avec ses potes de Gaillac. « J’avais fait mon temps avec les espoirs, se remémore-t-il. Éric Artiguste m’avait dit de ne signer nulle part, de lui faire confiance. Je lui avais répondu que, de toute façon, aucun club ne m’avait contacté. Lorsque je lui avais expliqué que je comptais rentrer chez moi avec les copains, il m’avait dit : « surtout pas ! » C’est grâce à lui que je suis venu à Bayonne. »

L’Aviron ne souhaitait pas le garder à la fin de la saison dernière

Le début de son aventure sur les bords de Nive est compliqué. Baget fait des bons matchs, montre des choses intéressantes, mais il joue peu avec l’équipe première. Trop peu. 21 matchs (18 titularisations) en trois ans. Un chiffre famélique, à un âge où les jeunes joueurs doivent enchaîner. Au poste d’ailier, Marty, Camara, Luc, Duhau ou Ravouvou lui sont préférés. « Il y avait de la concurrence, rappelle-t-il. C’était un choix des entraîneurs de ne pas me lancer en Top 14. Mais je n’ai jamais arrêté de travailler. Joël Rey, Éric Artiguste ou Arnaud Baratchart venaient souvent me voir en me disant de ne pas lâcher, que demain ça allait être mon tour. »

Pour pallier un retard physique et montrer qu’il a faim, Baget arrive le premier, tôt le matin, aux entraînements, part en dernier, et poursuit ses efforts. « Sur la deuxième et troisième année à Bayonne, à chaque fois qu’il était à l’entraînement, il mettait la misère à beaucoup de joueurs, confie Artiguste. Ça n’a pas été facile pour lui. Il se l’est pelé, on ne lui a rien donné. Rémy a pas mal de tempérament. Il est fort psychologiquement, parce que pendant deux ou trois ans ça a été compliqué. »

D’ailleurs, le club avait décidé de ne pas conserver le Rabastinois à la fin de la saison dernière. « Je cherchais des clubs, mais personne ne me voulait en Pro D2, explique celui qui a commencé le rugby à 4 ans, en même temps que sa grande sœur Cindy. Vraiment, je les ai tous contactés ! » Mais l’Aviron avait finalement changé d’avis, au dernier moment, suite aux bonnes prestations qu’il avait réalisées contre Toulouse, Montpellier et Paris en fin de championnat, et lui avait proposé un nouveau contrat d’un an. « Je ne savais pas vraiment quel niveau j’avais, vu que je jouais très peu, concède-t-il. Je m’étais dit que si je ne jouais pas la saison suivante, il ne fallait plus persister et que je n’avais rien à faire en Pro D2. »

Artiguste : « Il a gagné le respect du vestiaire »

Révélation de l’année, Baget a bien fait de tenter le coup. Après un gros travail physique effectué à l’intersaison, il a pris le bon wagon dès les premiers matchs et s’est imposé, au fil des journées, comme un élément cadre du club basque. Avec 31 rencontres disputées (27 titularisations) et 2 223 minutes jouées, il a été, de loin, le joueur le plus utilisé dans l’effectif bayonnais. « Je suis content, car c’est quelqu’un que j’apprécie. Quand je l’ai fait venir à Bayonne, je sentais que ce gamin avait quelque chose. J’avais espoir. Aujourd’hui, il est passé d’un mec lambda, d’un gars que les mecs ne calculaient pas trop à un joueur qui a gagné le respect du vestiaire et des coachs. C’est important et c’est fort ! À côté de ça, il est resté lui-même, n’a pas pris la grosse tête. Il est devenu leader, c’est une belle évolution », apprécie Artiguste. D’ailleurs, à plusieurs reprises, cette saison, Yannick Bru lui a confié le brassard de capitaine sur des fins de matchs, lorsque Maxime Delonca, Guillaume Rouet ou Mariano Galarza n’étaient plus sur le terrain.

Au-delà de ses qualités indéniables de finisseur (15 essais marqués), Baget a aussi mis sa polyvalence au service du collectif. « Rémy aime le jeu, comprend le rugby, souligne « Cancan » Artiguste. Il a une bonne lecture. C’est un créateur, il tente tout le temps. Tu joues souvent derrière lui, une fois qu’il a créé une différence. Au niveau de sa technique individuelle, ce n’est pas toujours esthétique, mais c’est tout le temps efficace. »

S’il a principalement joué à l’aile (26 matchs), le staff bayonnais l’a aussi utilisé à l’arrière (4 titularisations), au centre (une fois) et, au cœur de l’hiver, alors que les Bleu et Blanc étaient décimés à l’ouverture, on l’a vu s’entraîner avec le numéro dix dans le dos. « En début d’année, j’étais allé voir Yannick Bru, qui ne me considérait alors que comme un ailier, pour lui dire que je pouvais jouer aussi à l’arrière ou dépanner au centre. Lorsque je me suis entraîné en 10, c’était trop bien, sourit-il. Je touchais tous les ballons, je pouvais diriger le jeu. J’ai adoré. Dans notre système de jeu, l’arrière était un second 10, donc j’appréciais vraiment ce poste. »

Grégory Patat, prochain manager de l’Aviron est prévenu. Avec Rémy Baget sur le terrain, il pourra bénéficier, à la rentrée 2022, d’un ailier souvent décisif et d’un couteau suisse pouvant, aussi, dépanner sur plusieurs postes en fin de match. D’ailleurs, après cette première année pleine avec un groupe professionnel, Baget va devoir confirmer en Top 14. « Il a fait, en Pro D2, la saison qu’a fait Lebel l’an dernier avec le Stade toulousain. Personne ne le connaissait et il a fait une saison énorme. L’année prochaine, il faudra qu’il confirme dans une catégorie supérieure. Il sera attendu. Je pense qu’il en est capable », avance Artiguste. « Pour le coup, ça me va très bien que tout change, avoue-t-il. Je ne voulais pas du tout rester dans une zone de confort, même si ça ne fait qu’une saison que je joue vraiment. Nous montons, le staff va changer, il y aura une nouvelle façon de s’entraîner. Les cartes seront rebattues. Il va falloir qu’on se batte comme des chiens pour jouer, c’est ce que j’aime. »

Baget : « Quand Fabien Galthié m’a appelé, j’ai cru que quelqu’un me faisait une blague… »

Récemment, ses très bonnes performances avec le club basque sont arrivées jusqu’aux yeux du sélectionneur national, qui expliquait dans nos colonnes début juin, suivre ses prestations. « C’est un exemple pour beaucoup de jeunes qui galèrent, qui ont du mal, souligne Artiguste. Lui, sincèrement, ça n’a vraiment pas été simple. Personne ne croyait en lui. »

C’est au lendemain de la finale de Pro D2 que Fabien Galthié et Rémy Baget eurent un premier contact. « J’étais dans le bus qui nous amenait à l’aéroport de Montpellier, décrit le garçon. C’est exceptionnel, car normalement, je ne réponds jamais aux numéros que je ne connais pas. Là, j’ai répondu. J’ai dû lui demander trois fois de répéter son nom, car je n’entendais rien et que je n’y croyais pas. Comme il y avait beaucoup de bruit dans le bus, je lui ai demandé si on pouvait se rappeler quelques minutes plus tard. » Entre-temps ? Croyant à une blague d’un de ses amis, il demande à son ancien partenaire, Aymeric Luc, à qui appartient le numéro qui vient de le contacter.

Les deux hommes conviennent finalement de se rappeler deux jours plus tard, une fois l’euphorie du titre passée. « C’est improbable, estime le garçon. Ça fait deux ans qu’il sort un ou deux joueurs de Pro D2, mais de là à ce que ça m’arrive à moi… Après que mon nom est sorti dans la presse, tout le monde m’a écrit pour me féliciter, alors que ce n’est rien. Enfin, c’est exceptionnel d’être dans cette liste, mais ce n’est qu’un groupe élargi et ce n’est pas du tout sûr que j’y aille*. Du coup, je préfère ne pas du tout m’emballer. Mais bon, j’avoue qu’une tournée au Japon, serait un truc exceptionnel. Un match avec les Baa-baas, émotionnellement, ce serait pareil et tout aussi magique. Mais les Bleus, punaise ! Ce serait énorme… »

* entretien réalisé mardi 14 juin

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