Portrait de Paolo Garbisi, l’enfant au rugby d’un certain Diego Dominguez

  • Paolo Garbisi, forçat Italia
    Paolo Garbisi, forçat Italia Icon Sport
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 À 22 ans, le Transalpin aura les clés du jeu héraultais. Une étape majeure sur le chemin d’une progression unique.

Depuis une petite décennie, Montpellier a empilé les 10 de renoms : François Trinh-Duc (jusqu’en 2016), Aaron Cruden (2017-2019), Johan Goosen (2018-2021), Alex Lozowski (2020-2021), Handré Pollard (2019-2021) voire le polyvalent François Steyn (2015-2020) se sont succédé à sa baguette. Le MHR avait misé cher et placé tant d’espoirs dans ce défilé de vedettes. Ironie du sort, il va peut-être soulever le premier Bouclier de son histoire avec, au cœur du jeu, un ouvreur méconnu du grand public.

Le 9 juillet 2021, à une date où le mercato ferme traditionnellement ses portes, le MHR avait annoncé la signature du dénommé Paolo Garbisi : "C’est un peu la pépite du rugby italien", disait alors "PSA" au sujet de sa recrue, engagée en contrat espoir. 350 jours plus tard, le prodige de Venise a dépassé les attentes au point de s’imposer comme une évidence. Depuis Milan, Diego Dominguez, mythique chef d’orchestre de la Nazionale du haut de ses 1 010 points, en parle avec admiration et tendresse : "Je le connais depuis qu’il a 13 ans, raconte l’ancien maestro de Paris. Paolo avait participé à un stage que j’organise chaque année à Rome. 1 000 gamins s’inscrivent et 50 sont tirés au sort pour passer une semaine avec moi." Parfois, le hasard fait très bien les choses : tel un heureux présage, il avait placé le Vénétien entre ces mains expertes. "Je traite les jeunes comme des joueurs de haut niveau. À l’entrée, ils laissent leur portable et leur montre, tout le monde s’habille pareil et, pendant sept jours, ce n’est que du jeu. La seule chose qui parle, c’est le terrain." Là où Paolo s’exprimait déjà le mieux. Entre légende du passé et promesse d’avenir, les contours d’une filiation s’étaient esquissés : "Paolo était différent. Il était un peu introverti mais très doué : il était très vif, adroit, doté d’une superbe lecture de jeu… C’était un talent brut."

Dominguez : "Il s’est amélioré en défense"

Parmi les quelque 800 stagiaires accueillis depuis, Paolo Garbisi est resté un sujet d’attention particulier : le maître d’œuvre du Cus Milano Rugby a suivi son éclosion, de Mogliano à Trévise en passant par Padoue : "D’année en année, j’ai été épaté par la rapidité de sa progression et je n’ai eu que des bons échos à son sujet." Sa flatteuse réputation a rapidement trouvé un écho de l’autre côté des Alpes qu’il a franchis l’été dernier : "C’était un très bon choix. Je suis convaincu que la concurrence est la meilleure chose qui peut arriver à un joueur. C’est une chance d’entrer dans un système de haut niveau, au sein d’un championnat très fort. À condition de l’aborder positivement et d’avoir envie de bosser. Alors, c’est tout bénéf." Là où d’aucuns pouvaient voir un risque, lui percevait une opportunité : "Il était prêt à relever le défi. Il avait déjà un 6 Nations dans les pattes et le MHR est devenu un club très bien structuré, tourné vers la formation." La suite lui a donné raison : le numéro 10 est devenu sien : "Il était en concurrence avec Handré Pollard, ouvreur champion du monde, et Louis Foursans-Bourdette, très bon jeune du club, mais il a su gagner la confiance du staff. Il a beaucoup bossé pour en arriver là." Décrit comme un attaquant patenté, Paolo Garbisi a su repousser ses limites et, dans le même temps, forcer son destin. "Il s’est beaucoup amélioré, notamment sur sa défense. Maintenant, il va "chercher" le plaquage." À 86 % sur la saison, le Montpelliérain s’est lui-même surpris dans ce secteur. Mais le plus dur reste à venir. "Vendredi, ce sera un gros test en défense, il sera visé. Contre l’UBB, il a été bon sur ça."

"Il n’a pas de complexe à faire"

Sa prestation, sobre et efficace, en demi-finale a conforté les convictions de ses compatriotes. Celles de Luciano Orquera, autre glorieux numéro 10 de la sélection, présent dans les travées de l’Allianz Riviera : "Cette équipe lui convient et je pense que c’était le 10 que Saint-André cherchait : son long jeu au pied est précieux pour mettre la pression. Il a du talent pour attaquer mais il sait aussi être propre dans ce qu’il fait." "Il a eu quelques demi-intervalles qu’il a bien sentis, il a gagné des mètres, n’a pas rendu de ballons et a fait une passe décisive sur l’essai de Rattez, reprend "DD". Ce sont plein de petites choses fines qu’il a su faire sous pression." "Il a été propre, il a plaqué correctement, appuie l’ancien Briviste. Le fait d’être entouré de joueurs d’expérience l’aide même si, à 22 ans, il a déjà une maturité étonnante. Ça se sent qu’il est en confiance."

Quatre mois après avoir scellé la victoire historique de la Nazionale à Cardiff, Paolo Garbisi peut ajouter une nouvelle ligne à son histoire. D’ici le coup d’envoi, Diego Dominguez, présent à Saint-Denis pour l’occasion, lui aura glissé quelques mots d’encouragement : "Je vais lui envoyer un message. Ce que j’ai envie de lui dire ? De se faire plaisir, déjà, et d’utiliser sa "petite grande expérience". Il a déjà vécu tant de choses. Il n’a pas de complexe à faire. À son âge, il lui faut juste élever un peu plus son niveau à chaque match. Il est temps pour lui d’assumer son leadership et, ça, tu le gagnes en montrant l’exemple. C’est très important pour un ouvreur. Après, pour la suite, il lui faudrait travailler très fort avec son pied droit car il utilise beaucoup le gauche. Et s’entraîner encore plus face aux poteaux." Le formateur, toujours, veille. Et le champion, vainqueur de ses quatre finales de championnat (1998, 2000, 2003, 2004), aime à rappeler l’essentiel : "Les finales, il faut les gagner et les faire gagner."

Vu de Rome, la présence de l’enfant prodige à ce niveau est déjà perçue comme une petite victoire : "Ça me fait tellement plaisir que l’Italie ait trouvé un 10 d’aussi bon niveau, apprécie Luciano Orquera. Ce qui se passe est très bien pour lui et la sélection. Cela montre à tous les pratiquants au pays qu’ils peuvent arriver au sommet." "Je suis fier car je crois beaucoup en la formation. C’est la chose la plus importante, la base de toute réussite. Il en est un magnifique exemple", évoque, en connaissance de cause, Diego Dominguez. Dans 80 minutes, le gamin de Venise qu’il avait découvert à 13 ans va possiblement être sacré roi de France. En digne héritier.

Photo DR

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Vincent BISSONNET
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