Top 14 - Castres, la force de l’habitude

  • Julien Dumora, grand bonhomme du titre castrais de 2018, fêtera son 200e match avec le maillot du CO ce vendredi au Stade de France.
    Julien Dumora, grand bonhomme du titre castrais de 2018, fêtera son 200e match avec le maillot du CO ce vendredi au Stade de France. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany - Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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S’il assume sans problème de ne pas incarner le club le plus clinquant de France, le Castres olympique peut en revanche se targuer d’être un des plus réguliers de la dernière décennie en Top 14, puisqu’il disputera vendredi sa quatrième finale en neuf ans. Le fruit d’un véritable savoir-faire que les Tarnais se sont encore appliqué à respecter cette semaine, en ne changeant strictement rien à leurs us et coutumes.

Et voilà que, pour la quatrième fois en neuf ans, le peuple castrais a repris sa bonne rengaine. Celle de se ruer sur les 5 000 billets destinés aux supporters de chaque club pour la finale du Top 14, envolés comme par enchantement en l’espace de quelques heures pour remplir près d’une trentaine de bus, formidable cohorte qui quittera le Tarn aux aurores vendredi matin.

Mesure-t-on seulement la portée de l’exploit pour le club d’une ville de moins de 45 000 habitants, fut-il soutenu par un des plus grands laboratoires pharmaceutiques du pays? Probablement pas à sa juste mesure.

Car si le Castres olympique est devenu (avec Toulouse et Toulon) l’un des clubs les plus réguliers de la dernière décennie en Top 14, ce n’est évidemment pas à l’aune de son budget ou de sa masse salariale, mais bien d’un savoir-faire particulier dans l’approche des grands événements. Quitte à sacrifier la Coupe d’Europe, diront ses détracteurs ? On rétorquera à ces derniers que le CO fut cette saison le seul club français à disputer tous ses matchs de poule, se retrouvant de manière inique seul éliminé des huitièmes de finale quand tous les autres furent qualifiés sur tapis vert…

De quoi susciter une certaine colère qui a bien évidemment grondé face à cette iniquité, nourrissant la détermination des Tarnais tout en leur permettant - juste retour des choses - d’emmagasiner du gaz au printemps, pendant que leurs futurs adversaires bataillaient à partir des huitièmes aller-retour en Champions Cup.

Cet alignement des planètes rappelant bien évidemment l’épopée de 2013 (lorsque les Castrais avaient affronté en demie des Clermontois encore écœurés de leur défaite en finale de Champions Cup, puis soulevé le Brennus au nez et à la barbe des Toulonnais déjà repus de leur titre européen) ou de 2018 (notamment cette demie face au Racing encore sonné par sa défaite dans les dernières minutes face au Leinster).

Un contexte certes favorable mais dont le CO a au moins le mérite de tirer profit dès que l’occasion se présente, à l’image de cette première place gagnée à Pau tandis que l’UBB ne sut aller la quérir du côté de Perpignan, ce qu’elle regrette encore probablement aujourd’hui…

Les pieds sur terre

Le plus fort, dans l’histoire? C’est assurément la sérénité avec laquelle les Olympiens traversent cette nouvelle campagne, les pieds constamment ancrés sur terre, à l’image de membres du staff (Yannick Caballero, Karena Wihongi et William Stefan, pour ne pas les citer) susceptibles de s’envoyer comme des chiens sur la pelouse de Conques-sur-Orbiel pour la finale du championnat de France de Troisième Série, avant de revenir comme si de rien n’était (ou presque…) à l’entraînement du lundi pour préparer le grand rendez-vous du Stade de France.

Juste un club sain, simple et authentique, où le directeur délégué Matthias Rolland est encore capable d’endosser des responsabilités pour tenir la buvette de l’école de rugby, où le président fort de ses 33 ans d’expérience connaît le plus humble des supporters par leur prénom et bataille jusqu’au samedi pour dénicher des places au proche d’un proche d’un proche, où le moindre des entraînements demeure ouvert à tout le public, fut-ce avant une finale de championnat de France.

«Dans beaucoup de clubs, il y a des entités différentes, expliquait Pierre-Henry Broncan avant la finale. Il y a les pros d’un côté et l’association de l’autre, qui souvent se tirent dans les pattes. Chez nous, tout le monde fait bloc.» Un bloc dur comme le granit du Sidobre, et rude comme ce terroir auquel l’équipe s’identifie en permanence, plus solide et résistante que jamais sur le terrain. «Ce club possède naturellement au plus profond de lui ce que tous les autres recherchent: une identité » nous soufflait avant la demi-finale le légendaire Rodrigo Capo Ortega, ému par le parcours de ses successeurs.

Staniforth, un mulet comme un panache

Des valeurs transmises de génération en génération auxquelles les joueurs et les staffs qui se succèdent ont le bon goût de ne jamais déroger, entraînant dans leur sillage les nouveaux venus.

Ainsi de Tom Staniforth, modèle d’intégration expresse, dont l’horrible mulet est devenu le panache auquel se rallie ce CO nouvelle génération, avec tout ce qu’il implique d’autodérision («je trouve ça sexy, mais ma femme pas du tout» se marrait-il en conférence de presse) et de rusticité… « Tout ce qui se passe autour de notre équipe en ce moment, ce n’est juste pas normal, ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais en signant ici, souriait le guerrier australien dans la semaine. Quoi qu’il arrive, cette aventure va me laisser des souvenirs pour la vie, car on s’éclate aussi bien en-dehors que sur le terrain. On n’invente rien, on a juste un très bon système qui permet de chacun de s’exprimer dans ce qu’il aime faire. Mon point fort à moi, ma passion, c’est le plaquage. C’est mon job dans l’équipe, et comme il y a beaucoup de bons gratteurs à côté de moi, on se complète plutôt bien. C’est ça, une équipe: faire en sorte que les qualités de chacun puissent s’exprimer et surpassent les défauts. »

Émotions pour la 200e de Dumora

Une harmonie qu’il s’agit surtout de ne pas briser à quelques jours d’une finale, quand bien même l’émotion peut venir changer la donne. Voilà pourquoi, après avoir atterri au Bourget mercredi en fin d’après-midi, les Tarnais n’ont strictement rien changé à leurs habitudes au moment de poser leurs bagages dans le cadre bucolique de Saclay, où ils ont fourbi leurs armes comme si de rien n’était. Ou presque…

Parce qu’une finale ne saurait tout de même être abordée comme un rendez-vous tout à fait ordinaire dans les 48 dernières heures, mais surtout parce qu’il s’agira ce vendredi de la 200e apparition sous le maillot castrais d’un des héros du titre de 2018, Julien Dumora.

C’est ainsi que mercredi soir, lors de l’annonce de la composition d’équipe, le staff tarnais a rendu un joli hommage à son arrière, par le biais d’une émouvante vidéo résumant ses huit saisons au CO, conclue sous les applaudissements de tous ses partenaires. Histoire de commencer à entrer dans un événement à nul autre pareil, et de fournir un supplément d’âme à l’équipe dans la dernière ligne droite.

Encore qu’à ce sujet, pour tout dire, il semble que le CO n’en ait pas vraiment besoin…

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