Loïc Jacquet (Castres) : « On joue pour quelque chose de plus grand que nous »

  • Le deuxième ligne Jacquet s'est confié sur la finale de Top 14.
    Le deuxième ligne Jacquet s'est confié sur la finale de Top 14. Laurent Frezouls / Icon Sport
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Pour le champion du monde moins de 21 ans 2006, cette finale sonne comme le chant du cygne. Le deuxième ligne analyse l’événement avec beaucoup de détachement.

On imagine qu’il n’y a rien de plus beau que de finir sa carrière sur une finale. Quels sont vos sentiments ?

Oui, c’est certain, c’est un honneur pour moi. Le week-end dernier, encore, j’ai croisé certains collègues comme François (Trinh-Duc) ou Louis (Picamoles) qui auraient sans doute rêvé de pouvoir avoir cette porte de sortie magnifique. Aujourd’hui, je mesure la chance que j’ai.

Comment vit-on les derniers jours avant un tel événement ?

Je ne la vis pas plus ou moins intensément qu’une autre semaine, c’est une semaine normale ; je ne pense pas à l’après…

Peut-on trouver des points de similitudes entre la finale de 2018 et celle que vous jouerez ce vendredi soir ?

Non, je ne le crois pas. Cela n’a rien à voir. Le contexte est vraiment différent cette année. En 2018, on aurait pu dire que Montpellier était grandement favori et nous les outsiders. Cette année - et je le dis sans langue de bois - je crois vraiment que c’est du « 50-50 ». Les deux équipes se ressemblent beaucoup, je trouve. Dans tous les domaines et même dans leurs parcours. Nous, pour cette saison, nous sommes dans la continuité de la saison dernière où nous étions relégables à mi-parcours, avant d’entamer une folle remontée pour finalement mourir à un point de la qualification. On a fait six derniers mois incroyables pour sauver le club et aller chercher quelque chose de beau. Cette saison, nous avons su garder la dynamique. L’équipe de Montpellier nous ressemble beaucoup sous cet aspect-là. L’an dernier, elle aussi était en mission maintien. Ils ont fini dixièmes, ils ont créé un nouveau groupe et là ils sont très costauds et solides. C’est une finale très équilibrée.

Que gardez-vous de la finale de 2018 ?

C’était incroyable, hein… Tout va tellement vite qu’il est très difficile d’arriver à analyser chaque moment et chaque émotion que l’on ressent… Il y en a tellement ! Mais c’était incroyable ! Personne ne nous voyait gagner alors que nous, on y croyait à fond. Et même si on y croit, quand ça arrive ; on ne peut pas s’empêcher de penser que c’est complètement fou d’avoir réussi une telle chose.

Avez-vous l’impression que le club a eu du mal à digérer ce titre ?

Oui, on l’a payé un peu cher. La saison qui a suivi le titre, on ne se qualifie pas. Au moment du Covid-19, on n’est pas très bien au classement ; l’an dernier, on fait un début d’exercice catastrophique où l’on est avant-derniers après six mois en perdant énormément chez nous… On a connu des changements de joueurs et de staff, il y a eu différents cycles dans le club. Il ne reste pas beaucoup de joueurs de l’épopée de 2018. Je pense que ceux qui joueront vendredi ne feront pas de rapports avec le match de 2018.

Vous êtes au club depuis 2016. Qu’est ce qui vous a le plus marqué depuis votre arrivée ?

Je suis toujours impressionné par la ferveur des supporters. Je me souviens du match de l’an dernier contre Toulon, où l’on joue la qualification. Je me souviens de l’accueil du bus qui fut formidable. C’était la folie ! Là, tous les commerçants ont sorti les drapeaux bleus et blancs pour la finale. Ça fait plaisir car au fond on joue pour ça. On joue pour rendre les gens fiers et leur apporter du bonheur. C’est dans notre ADN, c’est la mission du club ici à Castres. C’est ce que l’on nous inculque quand on arrive ici. On joue pour quelque chose qui nous dépasse. Quelque chose qui est plus grand que nous. C’est l’héritage de Pierre Fabre. Il voulait que l’on joue pour le rayonnement de la ville.

En demi-finale, vous avez été globalement dominé en touche et en mêlée mais cela ne vous a pas empêchés de gagner. Comment améliorer ces secteurs avant la finale ?

C’est vrai mais ça a souvent été le cas cette saison. On a eu des problèmes en touche et en mêlée de manière récurrente tout au long de l’exercice. Cela ne nous a pas trop gênés pour être en finale aujourd’hui. C’est sûr que ce vendredi il faudra éviter de donner des munitions aux Montpelliérains. Maintenant, si on fait une erreur ou qu’ils nous volent un ballon, on ne va pas crier au scandale non plus. On se projettera sur la prochaine action, comme nous le faisons à chaque fois.

Simplicité et sobriété sont-ils les maîtres mots de votre saison ?

(il sourit) On ne peut non plus trop se permettre de s’enflammer. On ne fait pas rêver les gens par notre jeu, par nos noms… J’ai vu dans les médias que la finale la plus glamour aurait été Toulouse - Bordeaux. Désolé pour ceux qui ne nous trouvent pas attirants. Il y a quand même énormément de gens qui se retrouvent dans nos valeurs. On joue pour eux.

Un mot sur Tom Staniforth et Santiago Arata, deux des recrues phare du club ces dernières années ?

En tant que joueur, Tom est un vrai roc. Si on regarde sa saison, on voit à quel point il est devenu une pièce maîtresse du pack et de l’équipe. Il nous a apporté beaucoup en termes d’intensité et de densité. Il prend du plaisir et cela se ressent à son contact. « Santi » est un mec adorable mais c’est un « chien » avec les gros ! Il gueule tout le temps. Il adore nous emmerder, on le frappe mais il revient sans cesse (rires). On l’adore et on est contents de l’avoir…

Vous évoquiez en préambule Louis et François qui arrêtent leurs carrières. Vendredi soir, ce sera votre tour avec aussi vos adversaires Guilhem Guirado et Fulgence Ouedrago. Ça commence à sentir le roussi pour la génération championne du monde en 2006 dont vous étiez le capitaine, non ?

On arrive en bout de course… C’est une page qui se tourne mais c’est la vie, c’est comme ça. On n’y peut rien.

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