Portrait de Pierre-Henry Broncan, l’ADN d’une terre et d’une famille

  • Pierre-Henry Broncan, véritable passionné de rugby, a permis au Castres olympique de retrouver les sommets. De sa relation avec son père Henry à sa passion pour le ballon ovale, ses proches le racontent…
    Pierre-Henry Broncan, véritable passionné de rugby, a permis au Castres olympique de retrouver les sommets. De sa relation avec son père Henry à sa passion pour le ballon ovale, ses proches le racontent… Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany - Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany
  • Pierre-Henry Broncan, véritable passionné de rugby, a permis au Castres olympique de retrouver les sommets. De sa relation avec son père Henry à sa passion pour le ballon ovale, ses proches le racontent…
    Pierre-Henry Broncan, véritable passionné de rugby, a permis au Castres olympique de retrouver les sommets. De sa relation avec son père Henry à sa passion pour le ballon ovale, ses proches le racontent… Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany - Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany
  • Pierre-Henry Broncan, véritable passionné de rugby, a permis au Castres olympique de retrouver les sommets. De sa relation avec son père Henry à sa passion pour le ballon ovale, ses proches le racontent…
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Publié le , mis à jour

En permettant au Castres olympique de retrouver le haut de l’affiche un an et demi après avoir repris une équipe qui bataillait dans les dernières places du classement, Pierre-Henry Broncan est maintenant dans la lumière, lui qui ne vit que pour le rugby et sa famille.

Il fallait voir Pierre-Henry Broncan s’agiter sur la pelouse de L’Allianz Riviera de Nice pour comprendre que quelque chose n’allait pas à une heure du coup d’envoi de la demi-finale face au Stade toulousain. Scrutant les tribunes, le manager du COcherchait des yeux sa femme Hélène et ses deux fils Leny et Alix. « Toute la semaine, il m’a dit : «Vous allez être à droite de la sortie du tunnel donc je vais tout faire pour avoir le banc de touche juste devant.» Quand nous sommes arrivés au stade une heure trente avant le match, il m’appelle et se rend compte que nous sommes à l’opposé et à l’étage avec donc impossibilité de descendre au bord du terrain. Il s’est débrouillé à trente minutes du coup d’envoi pour nous faire venir juste derrière. Je ne sais pas comment il a fait. Pour Pierre, il fallait absolument que l’on soit là. Sous ses airs de dur, il en a besoin. Pour la finale, je lui ai dit : tu te débrouilles pour que l’on soit derrière toi dès le début », raconte son épouse.

Une anecdote qui traduit toute l’importance de la famille pour Pierre-Henry Broncan. Devant son poste de télévision, son père Henry, qui n’était pas courant de la petite histoire, avait aussi tout de suite pensé à sa belle-fille et à ses petits-enfants au coup de sifflet final : « J’ai apprécié qu’il se soit lâché après la victoire contre Toulouse. D’habitude, il n’est pas comme ça. Mais il a eu besoin d’aller au contact des supporters. Il sait que Castres doit beaucoup à son public, mais j’ai aussi pensé que là-bas dans la tribune, il devait y avoir sa femme et ses deux enfants. Il est très famille. Il a la chance d’avoir une femme qui est très sportive (ancienne joueuse de basket qui a évolué en Nationale1, alors la deuxième division à Auch, N.D.L.R.), qui le soutient beaucoup. Il ne faut pas dire du mal de Pierre devant elle. Elle le défend bec et ongles alors que, quelques fois, il peut avoir tort (rires). Ça fait du bien d’avoir une telle famille et une telle femme. »

D’ailleurs, le père, figure emblématique du rugby gersois avec de multiples exploits avec Lombez-Samatan et deux titres de champion de France de Pro D2 avec Auch ne veut surtout pas dire qu’il est pour quelque chose dans la carrière de son fils, alors qu’il suffit d’avoir côtoyé les deux hommes pour voir des similitudes évidentes : « Ce qui nous rapproche est certainement notre connaissance des joueurs de rugby, la recherche des joueurs qui sont bons mais qui sont inconnus ou pas trop connus. On a tous les deux été des joueurs moyens, donc on a toujours valorisé dans nos équipes les joueurs moyens qui s’accrochent. On a toujours été un petit peu sceptiques avec ceux qui sont trop bons, même si nous sommes tous les deux des très grands admirateurs de Dupont. Mais, on ne parle pas assez du rôle des femmes dans le rugby. On est toujours en train de chercher le père dans notre milieu mais très souvent ce sont les mères qui ont fait de leur fils des joueurs de rugby et des hommes. Le rugby est un sport dur, où on se fait mal, et c’est la mère qui console. Moi, il ne me doit pas grand-chose. Je ne m’en suis pas beaucoup occupé. Heureusement, il y a eu ma fille Nathalie puis Chantal, ma deuxième femme et donc sa belle-mère, pour s’en occuper. Il y a aussi sa grand-mère Odette. Elle a 102 ans et il y est très sensible. Deux fois, cette année, on nous a dit que c’était fini. Elle est revenue. Pierre-Henry me dit que c’est une ronce tellement elle s’accroche. Il dit ça avec affection car c’est la marque de fabrique des Broncan de s’accrocher.»

L’ombre de Chantal

On touche alors à l’histoire intime de la famille Broncan, celle qui se passe loin des terrains, celle qui est difficile à raconter pour Henry : « Il a eu une enfance très difficile car il a perdu sa mère alors qu’il avait deux ans. Il a été élevé en grande partie par sa sœur Nathalie qui avait dix ans de plus que lui. Elle était jeune mais elle avait la fibre. Elle était très rigoureuse, une grande sportive, une marathonienne et elle a beaucoup apporté à Pierre. Et, puis il a aussi perdu sa sœur dix ans après sa mère. Adolescent, il était assez dur, un peu rebelle, c’est compréhensible. C’est là que le rugby a été formidable, avec une entraide et une solidarité que l’on ne retrouve pas ailleurs. Il doit beaucoup au rugby, au collège de Samatan et au Lombez-Samatan Club. » Des endroits où il retrouve René Daubriac, comme professeur de physique-chimie au collège et comme président du LSC : « Il a bien grandi mon petit Pierre. J’ai l’habitude de l’appeler « mon petit Pierre » car je l’ai pris dans mes bras tout petit et je l’aime comme quelqu’un de la famille. » L’émotion est palpable.« J’ai été le témoin de ce drame qui est intervenu un an après le drame que j’avais vécu, puisque j’avais aussi perdu mon épouse jeune dans un accident de voiture un an auparavant. C’est le départ d’une amitié profonde avec Henry, qui nous fait dire que nous sommes frères. »

Quand les pères soignent leurs cœurs, les fils ont besoin d’amour.« Chantal l’a choyé. Il l’appelle maman. Elle a remplacé Arlette et son rôle a été primordial », confie l’ancien président. Chantal Broncan n’a pas pu rester devant sa télévision lors la demi-finale face au Stade toulousain. À peine a-t-elle vu l’essai de son filleul Matthis Lebel pour les Rouge et Noir qu’elle s’est éclipsée dans le jardin, avec seule la bande sonore pour suivre l’évolution du score, préférant connaître le dénouement avant de regarder le match en replay. Ce sera certainement encore le cas ce vendredi soir. Chantal pourrait parler de rugby des heures. « C’est une des rares personnes qui peut me conseiller sur un match », confesse Henry.Mais, Chantal n’a jamais voulu parler publiquement de Pierre-Henry et de leur relation. La pudeur prime. « Comme les gens qui en font beaucoup, elle n’en parle pas », poursuit Henry. Elle a été aussi le tampon entre deux grands passionnés, entre un père et un fils, entre l’entraîneur et le joueur, puis entre deux entraîneurs en concurrence capable de s’engueuler violemment lors d’un Albi-Tarbes. Deux hommes qui s’aiment autant qu’ils aiment le rugby, avec ce ballon ovale pour les relier depuis les premières années au Lombez-Samatan Club.

Meneur d’hommes

Un club et un village où Pierre-Henry s’est construit sous l’œil bienveillant de René Daubriac : « Il avait son tempérament, un gros tempérament. C’est quelqu’un qui pleure quand il perd, même quand il perd aux billes ou aux cartes, à la pelote ou au tennis. Au rugby n’en parlons même pas. Il a été forgé dans cet état d’esprit du LSC, de l’amour du maillot, de la victoire comme salaire de chacun. Il a été biberonné à ces valeurs-là. Mais «mon petit Pierre» il s’est fait tout seul, il n’a pas été pistonné, il a fait son chemin. Il a été brillant. C’est quelqu’un qui est avide de savoir. Il n’y a qu’à voir sa volonté d’aller à Bath. Il a tiré les leçons de son expérience pour se faire une identité, avec son tempérament. Il ne se met pas le moule. Il croit à ce qu’il fait et il fait ce qu’il croit. »

Dès sa jeunesse, il était écrit que Pierre-Henry Broncan serait un meneur d’hommes. Même son attitude en dehors des terrains le trahissait pour l’ancien professeur : « Au collège, il était un peu espiègle, avec le rire un peu facile et beaucoup d’humour. C’est lui qui emmenait son groupe de copains. Il a toujours été devant. Je comprends bien qu’il en faut un qui décide, un boute-en-train. Il était un peu coquin, comme doit l’être un bon demi de mêlée. Et c’était un bon joueur de rugby, un grand technicien, avec un pied excellent et le sens du jeu. Il avait de grands compas donc il ne démarrait pas très vite mais quand il était lancé il avançait (rires) mais il était un gagneur. On est un compétiteur ou ne l’est pas. Lui, il l’est. » Son ami, ancien partenaire au LSC et témoin de mariage, Bertrand Montariol, peut aussi en témoigner : « Je me souviens d’un déplacement en juniors. On va jouer à Bagnères et c’était gros match. Le vestiaire était séparé par les douches. Il était avec les avants d’un côté en train de se motiver de manière intense. De notre, côté chez les trois-quarts, nous étions plus en dilettante. Nous avions mis la musique «toutouyoutou». On chantait et on faisait du stretching en imitant Véronique et Davina. Pierre a entendu la musique et il est devenu fou. Avec les avants, ils sont entrés dans notre vestiaire et on a morflé. Nous sommes arrivés sur le terrain avec quelques bosses. Pierre, il voulait gagner partout, tout le temps. »

Pierre-Henry Broncan a multiplié les clubs et les expériences en tant que joueur puis après comme entraîneur, souvent en Pro D2, formidable et très exigeant laboratoire, changeant aussi de casquette au fil des différentes missions et aventures, tout en conservant l’ADN de Lombez-Samatan qui coule dans ses veines. Ce n’est certainement pas un hasard si c’est le CO est le premier club de Top 14 qui lui a fait confiance pour devenir le patron sportif, après un passage difficile à Auch en Top 16 alors qu’il était jeune entraîneur. « La première chose qu’il m’a dite en arrivant à Castres, c’est qu’il avait retrouvé le Lombez-Samatan Club », confie son père. Bertrand Montariol le croit aussi : « Il est toujours proche du LSC, il l’a dans le sang. Il cultive ses amitiés de jeunesse, l’esprit famille et combatif de Lombez-Samatan. Il le retrouve à Castres, où c’est le petit du Top 14 entre guillemets qui arrive à sortir premier. Ça fait d’ailleurs longtemps qu’il dit qu’il aimerait faire découvrir aux joueurs castrais le village de Lombez-Samatan, un jour de marché, avec la volaille et le club de rugby. » Un voyage initiatique qu’il peut maintenant espérer accomplir avec le Bouclier de Brennus dans ses valises.Avant des vacances en famille bien méritées. À condition d’y trouver un terrain de rugby à proximité.

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