Top 14 - Castres ou Montpellier... À la fin, il n'en restera qu'un !

  • Ce vendredi soir, au Stade de France, ce sont les deux équipes les plus régulières de la saison qui s'affrontent en finale. A quoi doit-on s’attendre ? Et entre Castres et Montpellier, sera-ce une guerre des mondes ou un brave dîner de famille ?
    Ce vendredi soir, au Stade de France, ce sont les deux équipes les plus régulières de la saison qui s'affrontent en finale. A quoi doit-on s’attendre ? Et entre Castres et Montpellier, sera-ce une guerre des mondes ou un brave dîner de famille ? Laurent Frezouls / Icon Sport - Laurent Frezouls / Icon Sport
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Ce vendredi soir, au Stade de France, ce sont les deux équipes les plus régulières de la saison qui s'affrontent en finale. A quoi doit-on s’attendre ? Et entre Castres et Montpellier, sera-ce une guerre des mondes ou un brave dîner de famille ?

En apparence, tout les oppose. D’un côté, il y a cette sous-préfecture de 40 000 habitants, survivance de l’époque du rugby à papa où, que l’on s’appelle Dax, Bayonne, La Voulte ou Tulle, on vivait le rugby comme une chance unique d’exister sur la carte de France autrement qu’au JT de Jean-Pierre Pernaud. De l’autre, il est une métropole de 250 000 âmes avec, en filigrane, le rêve d’un milliardaire (Mohed Altrad) qui, après s’être souvent trompé dans son casting et avoir investi près de 80 millions d’euros en douze années de présidence, n’a jamais été aussi proche de toucher au but et, in fine, de rendre à la cité ce qu’elle lui donna en lui ouvrant ses bras, il y a un peu plus d’un demi-siècle. Vu de loin, ce Castres-Montpellier serait donc une guerre des mondes, le bras de fer entre ceux qui aiment à se définir comme « les petits Poucets » du championnat et ceux qui possèdent, entre autres beautés, le joueur le mieux payé de la planète (Handré Pollard), quand bien même celui-ci soit aujourd’hui moins bon qu’un international italien de 21 piges.

Ce constat posé, a-t-on néanmoins le droit d’être aussi caricatural, concernant la finale de ce vendredi ? Peut-on vraiment réduire le CO et le MHR aux poncifs leur collant au corps depuis des lunes ? Le MHR, lui, est peut-être le bébé de la trentième fortune de France et de la septième plus grande ville du pays mais dans les faits, reste un bizut à ce niveau de compétition. Un club relativement récent, une entité vierge de titre majeur, le Challenge européen acquis au printemps 2021 n’en étant évidemment pas un. Sans être très psychologue, on comprend aussi que ces deux clubs se sont pareillement nourris, et depuis plusieurs mois, de la colère emmagasinée au grè des campagnes rochelaise et toulousaine, ces deux équipes accaparant cette saison toute l’attention des médias.

Plus expérimenté, Castres est favori

Alors, quoi ? Il va de soi que le Castres olympique, quatre finales de Top 14 disputées sur les neuf dernières années, possède sur ce type de match davantage d’expérience que le club héraultais.Et c’est au nom de ce vécu commun, de ce passé proche, que le Castres olympique est, quoi qu’on en pense, le favori du match de ce soir. C’est la faute à l’histoire, celle qui nous jette au visage qu’un club n’ayant jamais remporté le Brennus perd neuf fois sur dix lorsqu’il retrouve en finale un club déjà titré, que les gonzes de Pierre-Henry Broncan ont aujourd’hui les faveurs des pronostics. Et puis, qui fut cette saison plus régulier que le CO, dix-sept victoires au fil de la phase préliminaire ? Qui a éteint le grand Toulouse en demi-finale, quand nous étions des centaines de milliers à penser le champion de France en titre injouable, depuis qu’il avait récupéré ses chelemards ? Qui, avec Toulouse et La Rochelle, produit enfin le jeu le plus léché du championnat, un projet abouti ? Tout bien considéré, le Castres olympique n’a donc ni la gueule d’un petit Poucet, ni celle d’un outsider et, si le MHR souhaite accrocher son premier trophée majeur après avoir échoué à deux reprises en finale (2011 et 2018), il devra a minima disputer le plus grand match de sa saison…

Pour Montpellier, la soif d’un premier titre

En a-t-il seulement les moyens ? Il y a huit jours à peine, soit peu avant que le MHR ne réduise à néant ces Bordelo-Béglais en pleine crise d’adolescence, on vous aurait probablement répondu que les pertes concomitantes de Cobus Reinach, le meilleur attaquant de l’équipe, et de Paul Willemse, le titan que l’on connaît, seraient autant de croix trop lourdes à porter pour les Montpelliérains. On sait maintenant à quel point ces considérations de chouineurs étaient fallacieuses. De toute évidence, Bastien Chalureau, casque d’or sur 125 kg de barbaque, fait mieux que le boulot au poste de numéro 5 quand Benoit Paillaugue, déjà au club lors de la première finale du MHR il y a onze ans, a retiré l’épine qu’avait jusqu’ici dans le pied Jean-Baptiste Elissalde, l’entraîneur des trois-quarts héraultais. à ce sujet, Mohed Altrad nous raconte : « Depuis que le staff a déchargé Paolo Garbisi de la responsabilité des tirs aux buts, depuis que Benoit (Paillaugue) a pris le relais là-dessus, notre demi d’ouverture est plus libre sur le terrain. Je le trouve même excellent, pour tout dire : il a enfin appris à laisser l’émotion dans sa chambre, au soir des grands matchs. »

Est-ce une bonne nouvelle pour la Ligue ?

Et si, porté par un grand Garbisi, Montpellier le faisait ? Et si, confirmant au grand jour son changement de culture, le MHR offrait à ce territoire bercé de ballon rond une vie nouvelle ? Ici, on dit « changement de culture » pour « nouveau monde » et « autre gueule », tant l’entité dirigée par Philippe Saint-André en a semble-t-il terminé avec les querelles qui gangrénaient son vestiaire du temps de Vern Cotter ou Jake White, et donnaient globalement au club une image assez détestable. « Avant l’arrivée de Philippe Saint-André, poursuivait Altrad, les Sud-Africains mangeaient à une table, les Fidjiens à une autre et les Français ailleurs. C’était assez symbolique du fonctionnement du club. Tout cela a disparu. Cette solidarité nouvelle, elle s’exprime sur le terrain. On l’a bien vu contre Bordeaux : notre défense a ce soir-là été magnifique… On les a étouffés… »

Comme on aimerait voir la mine de certains gros pardessus de la LNR, si jamais Mohed Altrad, leur grand Satan, devait ce vendredi remporter le Brennus. Et comme on aimerait, aussi, voir les yeux de plusieurs de leurs camarades, si à l’heure du rugby des grandes métropoles, la sous-préfecture du Tarn remportait son troisième titre en dix ans. Mais vous, alors ? De quel côté penchez-vous ? Du côté du Tarn ou celui de l’Hérault ? Vers ce Petit Poucet plus décoré qu’un amiral russe ou le club sans médaille du mécène le plus influent du rugby mondial ? Décidez-vous vite… Car d’ici peu, il n’en restera qu’un…

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