Tout ce qui a changé à Montpellier depuis 2018

  • Sur la pelouse du Stade de France aura lieu un petit choc intergénérationnel avec d’un côté les jeunes pousses qui montent en puissance comme Gela Aprasidze (à gauche) et d’un autre les plus anciens comme Van Rensburg et Babillot (à droite) déjà présents lors de la finale de 2018.
    Sur la pelouse du Stade de France aura lieu un petit choc intergénérationnel avec d’un côté les jeunes pousses qui montent en puissance comme Gela Aprasidze (à gauche) et d’un autre les plus anciens comme Van Rensburg et Babillot (à droite) déjà présents lors de la finale de 2018. Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany - Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany
  • Sur la pelouse du Stade de France aura lieu un petit choc intergénérationnel avec d’un côté les jeunes pousses qui montent en puissance comme Gela Aprasidze (à gauche) et d’un autre les plus anciens comme Van Rensburg et Babillot (à droite) déjà présents lors de la finale de 2018.
    Sur la pelouse du Stade de France aura lieu un petit choc intergénérationnel avec d’un côté les jeunes pousses qui montent en puissance comme Gela Aprasidze (à gauche) et d’un autre les plus anciens comme Van Rensburg et Babillot (à droite) déjà présents lors de la finale de 2018. Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany - Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Finaliste malheureux contre ces mêmes Castrais à l’issue de la saison 2017-2018, c’est un tout autre Montpellier qui va se présenter au stade de France. autant sur le point de vue de l’effectif, du staff, du statut et même de sa politique sportive. Le MHR s’est profondément réinventé depuis, et semble avoir trouvé un équilibre qui l’a mené vers les sommets.

Le président du MHR Mohed Altrad le déclarait dans ces mêmes colonnes lundi dernier. Quand on lui demanda le souvenir qu’il gardait de cette finale perdue contre le CO le 2 juin 2018 (29-16), le boss montpelliérain répondit ceci : « Quatre ans plus tard, cette défaite reste une blessure. Ce soir-là, nous étions favoris, supposément excellents… (il coupe) Nous sommes tombés de si haut… Mais les temps ont changé, chez nous. » Et comment. Ils ont tellement « changé » que le terme paraît léger. En quatre ans, le club ciste s’est réinventé. Voilà pourquoi on vous propose un tour d’horizon de cette mutation.

Effectif : seul Van Rensburg…

C’est le jeu du Top 14 : chaque saison, il n’est pas rare que des clubs connaissent une pléthore de départs pour autant d’arrivées. La chose est vraie pour le MHR, dont l’effectif a beaucoup changé depuis 2018. Mais selon nos informations, on ne devrait trouver qu’un seul « survivant » des 23 joueurs alignés contre le CO en ce 2 juin 2018 : le deuxième ligne Nicolas Janse Van Rensburg. D’autres sont encore au club bien sûr, mais Benoît Paillaugue était blessé en 2018, Paul Willemse et Greg Fichten le sont à l’heure actuelle, et selon toute vraisemblance, Fulgence Ouedraogo, Mikheil Nariashvili et Kélian Galletier ne devraient pas être dans le groupe ce vendredi.

Un staff entièrement renouvelé

Côté staff, le MHR 2018 était dirigé par le manager Vern Cotter, assisté Nathan Hines pour les avants et Alex King pour les trois-quarts. Depuis janvier 2021, c’est Philippe Saint-André qui est aux commandes, assisté d’Olivier Azam (avants) et Jean-Baptiste Elissalde (arrières), renforcés depuis le début de saison par Alex Ruiz (rucks/discipline) et Bruce Reihana (skills/jeu au pied). « PSA » a reconstruit le MHR. Yannick Bru, son ancien adjoint en équipe de France disait ceci de lui : « Sa grande force, c’est de bien connaître les hommes. Il a su reconstruire des fondations, un état d’esprit, choisir un bon staff. »

Une politique sportive remise à plat

Sous son égide, la politique sportive du club a radicalement changé. Progressivement, le MHR a redonné la priorité à la formation et a cessé d’empiler des stars du rugby mondial comme c’était le cas en 2018 (et avant). Cette année-là, le MHR était le cinquième budget du Top 14 (26,90 millions d’euros). Mais surtout, on se souvient aussi que le président Mohed Altrad était régulièrement accusé de déréguler le marché des transferts en offrant des salaires mirobolants à des joueurs de classe mondiale comme Pienaar et Nadolo, qui passèrent à côté de leur finale. Depuis, Montpellier est rentré dans le rang, et se situe aujourd’hui à la septième place des budgets du Top 14 (28,63 millions d’euros). Mais changement n’est pas qu’une affaire de gros sous.
Le centre de formation, dirigé par Joan Caudullo, a retrouvé de l’importance et des jeunes pousses du club sont enfin revenues dans la rotation de l’équipe première, à l’image de l’ouvreur Louis Foursans (23 matchs cette saison). Le rôle du président Mohed Altrad a aussi beaucoup changé. Ce dernier a pris un net recul sur la politique sportive du club, comme il nous le confiait dans ces colonnes lundi dernier : « Philippe a effectivement une liberté totale sur le sportif. Il a l’expérience des grands évènements, a gagné des grands tournois en tant que capitaine de l’équipe de France ou à la tête de Sale, en Angleterre. Philippe, ce n’est pas un grand orateur mais il sait faire passer les messages. Il est humain, proche des mecs et le groupe lui fait confiance. »
Du coup, le MHR a changé sa façon de recruter. Vous rétorquerez qu’avec les baisses programmées de salary cap, le club ciste y était contraint. Soit. Mais reconnaissez qu’il n’était pas commun de voir le MHR faire son marché en Pro D2 où il est allé chercher des Bécognée, Forletta, Vallée, Vici, et même Tisseron et Capelli l’année précédente. Le tout agrémenté de sacrées trouvailles, comme le soulignait Bru : « Son recrutement s’est révélé pertinent. Il a été cherché Mercer en troisième ligne centre qui apporte quelque chose de particulier, Garbisi à l’ouverture qui a su prendre les commandes. Il a aussi conservé des racines sud-africaines avec Serfontein au centre qui est le dépositaire de ce « made in Spingboks. »

Un groupe assaini

Samedi dernier, l’entraîneur-adjoint Olivier Azam nous parlait déjà de l’appétence du Goret pour les profils atypiques : « Philippe, il aime les mecs atypiques, il aime les histoires et il est capable d’assembler des personnalités. Et puis on fait très attention aux personnalités des joueurs. On se renseigne beaucoup sur eux, sur leur psychologie. On ne recrute pas que des joueurs de rugby, on recrute des mecs. Par exemple, on a beaucoup enquêté sur Karl (Tu’inukuafe, le pilier all black qui rejoindra le MHR la saison prochaine, N.D.L.R.) avant de le signer. »
Et force est de constater que la mayonnaise a pris. Mais surtout, le staff a réussi à briser les multiples clans qui nuisaient à l’unité du MHR, et inquiétaient Mohed Altrad : « Avant l’arrivée de Philippe Saint-André, les Sud-Africains mangeaient à une table, les Fidjiens à une autre et les Français ailleurs. C’était assez symbolique du fonctionnement du club. Tout cela a disparu. Cette solidarité nouvelle, elle s’exprime sur le terrain. » Convenez que de simples mercenaires, aussi bien payés eut-ils été payés, ne se seraient jamais sortis d’une situation aussi critique que celle que les Cistes ont traversé l’année dernière. Pour signer un tel parcours, il faut des liens forts. Et Yannick Bru ne s’y trompait pas : « Montpellier, c’est vraiment ce frère siamois de Castres avec un état d’esprit fantastique, des joueurs ultra-responsabilisés. J’ai l’impression que Philippe a laissé le pouvoir aux joueurs dans un cadre très bien défini. »

Un équilibre trouvé dans le jeu

Sur le terrain aussi, le MHR a trouvé son équilibre. Engoncé dans un registre physico-physique sous l’ère Jake White puis propulsé par Xavier Garbajosa dans un jeu de mouvement perpétuel qui ne lui allait guère, le MHR maîtrise aujourd’hui son rugby, sans tomber dans ces excès. Comme son manager se plaît à le dire, il possède une équipe « caméléon ». Capable de s’adapter, de gagner de différentes manières. Cette année, le MHR est sorti vainqueur de rencontres totalement débridées, comme contre les Harlequins en Champions Cup. D’autres rencontres prouvent que les Héraultais n’avaient pas peur de se faire des passes, de déplacer le jeu. Mais ils ont aussi gagné nombre de rencontres sur leur défense et leur conquête. En demie, ils ont aussi remis les drops au goût du jour, comme le Stade toulousain l’avait fait l’année d’avant en finale. Bref, le MHR s’adapte, joue quand il le faut, et gagne. Souvent.

Une image redorée

En mettant tout cela bout à bout, et vous comprendrez pourquoi ce MHR 2022 n’a rien à voir avec celui dont tout le monde voulait la peau en 2018. Avec une équipe séduisante sur le terrain et soudée en dehors, composée d’un bon mélange de jeunes issus du club, d’internationaux et de grands revanchards du Top 14, un staff alliant les relations humaines aux compétences techniques et un président apaisé, Montpellier s’est racheté une conduite, et surtout une image. À tel point qu’il séduit à nouveau les foules. Samedi soir, les supporters héraultais ont largement remporté la bataille des tribunes, et s’annoncent encore très nombreux à Saint-Denis vendredi soir. Les temps ont décidément bien changé, à Montpellier. Et c’est tant mieux.

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