Top 14 - « Je pars dignement et fièrement » : Guirado avait gardé le meilleur pour la fin

  • L'ancien capitaine du XV de France a enrichi son palmarès d'un nouveau Brennus.
    L'ancien capitaine du XV de France a enrichi son palmarès d'un nouveau Brennus. Icon Sport
Publié le , mis à jour

À 36 ans, Guilhem Guirado a terminé sa carrière comme dans un rêve, avec un deuxième bouclier de Brennus au palmarès. Un plaisir ultime et un beau clin d'œil du destin pour le talonneur et sa femme Johanna, sa première supportrice.

Une carrière aussi riche et mouvementée que celle de Guilhem Guirado ne pouvait se conclure normalement. Vendredi soir, le talonneur est passé par tous les états au cours d’une soirée extraordinaire, au sens propre. Inoubliable, à plus d’un titre.

Elle avait commencé dans la solennité et la bienveillance avec des messages d’encouragement par centaines et par les doux mots du président de la République en personne. Elle a rapidement basculé dans l’euphorie avec une entame de rêve, trois essais en cinq minutes et une domination sans partage de Montpellier, dans le sillage d’un paquet d’avants souverain.

La douleur et la frustration sont ensuite venues jouer les trouble-fêtes avec sa sortie pour protocole commotion après un plaquage viril mais correct de Mathieu Babillot. Une heure durant, l’impatience a alors gagné le Catalan. Jusqu’au coup de sifflet libérateur.

Sur les coups de 23 heures, les larmes ont coulé sur son visage. Pour de bonnes raisons. La plus belle, même : un titre de champion de France. « C'est dur de réaliser ce que l’on vient de faire, hallucinait le plus Catalan des Montpelliérains sur la pelouse. C’est exceptionnel, on marque l'histoire du club. De cette finale, je prends tout. » Même son remplacement prématuré. En un sens, il n’est rien d’autre que le témoignage ultime de son sens du sacrifice.

Dans les tribunes du Stade de France, les premiers supporters du talonneur ont vibré, tremblé et exulté par procuration : pour Johanna, sa moitié depuis une quinzaine d’années, Maylis, leur fille de 10 ans, et Elian, leur garçon de 4 ans, ce 24 juin restera un jour béni. « Je ne pouvais pas être plus heureuse, raconte la Castraise d’origine et Catalane d’adoption, rencontrée sur les bancs de l'université de Perpignan. C’était tellement intense. Encore plus que la finale de 2009 qu’il avait pourtant disputée avec son club de cœur. On avait beau en avoir parlé, on ne s’était pas vraiment préparé à ce qui est arrivé. Cette fin est géniale, inespérée. » 

Un bonheur est toujours plus grand quand il est partagé : « C’était très fort qu’il y ait ma famille et mes amis pour me soutenir, souriait le néoretraité. Mon fils n’avait jamais eu la chance de me voir jouer au Stade de France, à la différence de ma fille. Il gardera un beau souvenir de cette belle fête. »

Le talonneur ne jouait pas seulement pour lui et ses couleurs vendredi : “Il s’était mis une pression de dingue : c’était maintenant ou jamais, il n’y aurait plus d’autre occasion, reprend Johanna. Ça lui tenait à cœur que l’on vive ce moment ensemble. Notre fille n’a pas réalisé sur le coup. Elle a eu comme une surcharge émotionnelle tellement c’était fort. Notre fils, lui, ne peut pas se rendre compte de ce que ça représente mais, plus tard, nous pourrons lui montrer les images et les vidéos du match, de la fête, du feu d’artifice pour lui rappeler. Il sera dessus. C’est super d’avoir vécu ce moment avec lui.” Jusqu’au beau milieu de la troisième mi-temps, qui plus est : « Ils ont tenu jusqu’à 3 heures du matin, tout de même. »

« Il en est ressorti plus fort »

Avant cette dernière séance si particulière, tout avait été « décuplé » au sein de la famille Guirado : la détermination, l’impatience, la tension. « J’ai senti que l’émotion avait gagné Guilhem ces derniers temps. Il bouillait de l’intérieur. Il lui tardait d’y être. Cette échéance ne pouvait pas être appréhendée comme les autres. Je lui ai envoyé des messages avant le match pour lui dire que s’il perdait, ce serait déjà beau et que s’il gagnait, ce serait magnifique. »

Dans l’euphorie du succès, l’homme de peu de mots a tombé le masque et s’est livré comme rarement au coup de sifflet final. « Je pars, dignement, fièrement. (…) J'ai dû attendre treize ans pour avoir un deuxième Brennus et avant ça, je me suis cassé les dents et j'en ai pleuré avec deux finales perdues (...) Je n'ai jamais cru que je pourrais regoûter au moins à une finale, voire à un sacre. Comme quoi, dans la vie, il faut toujours s'accrocher, repousser ses limites, croire en ses rêves. »

Plus que quiconque, Johanna Guirado mesure la portée et le poids de ses mots. Car elle seule connaît l’envers du décor d’une carrière de haut niveau, avec ses périodes blanches et ses trous noirs : « Il a eu beaucoup de moments difficiles mais il en est ressorti plus fort. » 

Les lendemains de défaites et de désillusions en bleu ont longtemps mis à rude épreuve le mental du clan Guirado : « On s’était mis dans une bulle pour se protéger à l'époque. C’était une énorme responsabilité à assumer. Il y a eu des phases très dures à vivre. Je me suis si souvent demandé comment je pouvais l’aider à redresser la tête et il n’était pas facile de savoir quoi dire dans ces situations. En plus, vous savez, Guilhem est quelqu’un de très intérieur, qui ne veut pas embêter le monde. Mais il n’a besoin de personne pour se remettre en question. Je suis admirative car il a continué à se battre et à avancer. »

« Il est aimé comme il le mérite »

Convaincu de sa destinée et resté fidèle à ses convictions, le natif de Céret a tout surmonté : le traumatisme de la relégation de son Usap, les combats perdus en bleu, le crève-cœur du Camp Nou avec le RCT, les blessures, une dernière saison galère... Le dénouement de l’histoire lui rend honneur : « Tout ce qui s’est passé rend la fin encore plus belle, résume Johanna. Son parcours prouve que lorsque l’on donne tout, on finit par être récompensé. »« C'est une fierté de n'avoir jamais lâché, appuie son mari. L'abnégation, c'est un mot qui est fort pour moi. (...) Je ne suis pas revanchard, je suis juste épanoui. J'aime tellement le rugby pour tout ce qu'il m'a apporté, que ce soir je lui dis au revoir de la meilleure des manières. »

Avec un palmarès digne des plus grands, riche de deux Brennus, d’une Coupe d’Europe et d’un Challenge européen. Et avec une aura indéniable. « J’avais vraiment envie que les gens finissent par connaître Guilhem tel qu’il est : c’est-à-dire comme quelqu’un qui n’a jamais fait semblant, qui est courageux, vaillant et se donne à fond sans arrière-pensée. Même le président Macron lui a parlé de ça. Désormais, je pense qu’il est aimé comme il le mérite. Ça se voit dans l’attitude des gens, ils sont contents de le voir, ils ont le sourire en allant vers lui. »

Vendredi soir, aucun amateur de rugby n’a pu rester insensible en voyant l’ancien capitaine des Bleus brandir le bout de bois. Quoi que l’on ait pu en penser par le passé. Vendredi, les mots de ce modèle de détermination ont résonné dans l’arène de Saint-Denis : « Il y en a très peu qui ont réussi à sortir par la grande porte. Le seul que je connaisse, c’est Jonny Wilkinson. » Ce panthéon restreint vient d’accueillir un nouveau membre honoraire. Entre ici, Guilhem Guirado !

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