Gonzalo Quesada (manager du Stade français) : «Nous ne cherchons aucune excuse»

  • Gonzalo Quesada (manager du Stade français) : «Nous ne cherchons aucune excuse»
    Gonzalo Quesada (manager du Stade français) : «Nous ne cherchons aucune excuse» Icon Sport - Icon Sport
Publié le

Après une saison bien décevante de son équipe, le manager du Stade français Gonzalo Quesada a accepté de dresser son bilan. Sans concession. Il en profite pour annoncer la réorganisation du staff et sa volonté d’accepter les nouvelles responsabilités à la tête du projet sportif.

Barragiste la saison dernière, le Stade français a achevé son parcours cette année à la 11e place. Comment expliquez-vous cette régression ?

C’est très décevant, très dur à avaler. La saison a été compliquée. Il y a eu régression par rapport à l’an dernier. Lorsque j’ai décidé de revenir (en juin 2020), le club se trouvait en grande difficulté. Au moment de l’arrêt de la saison à cause du Covid, l’équipe était à la dernière place du classement. J’ai accepté de venir avec le même groupe de joueurs, le même staff. À la fin de la phase aller, nous étions quand même quatrièmes, ce qui était pas mal. L’hiver a ensuite été difficile. Et puis, il y a eu ce sprint final qui nous a permis de nous qualifier. Malheureusement, beaucoup de choses ont été mal gérées, à tous les niveaux, avant le match de barrage contre le Racing. Alors si l’on compare avec la saison qui vient de s’achever, je dirai qu’on n’a pas été au niveau mais aussi que nous avons bien travaillé en profondeur sur le moyen terme. Nous avons changé nos infrastructures, l’organisation du centre de formation, recruté des jeunes qui collent à notre identité, au caractère que l’on souhaite. Des choses qui ne se voient pas immédiatement mais qui paieront dans quelque temps. Le problème, c’est que nous avons fait une présaison très courte, sans demi d’ouverture car blessés ou retenus en sélection. Quelques joueurs cadres nous avaient quittés : Pablo Matera, Gaël Fickou ou encore Jonathan Danty. Nous avons perdu nos trois premiers matchs et nous nous sommes retrouvés sous pression et en mode crise au bout d’un mois ! Nous avons aussi raté des opportunités de victoires qui nous auraient permis de rentrer dans une dynamique de confiance. On a été incapables de maîtriser de bout en bout nos rencontres. Avec le résultat que l’on sait.

Certes, mais l’équipe a semblé manquer de leadership et de constance. Partagez-vous ce constat ?

Nous avons manqué de constance, c’est clair. Inconsistants, c’est le mot qui résume notre saison. On le sait, moi, le staff et les joueurs. Et l’on ne se cherche aucune excuse.

Mais comment expliquer le manque de caractère affiché lors des derniers matchs, notamment contre Brive ?

J’ai été vraiment dégoûté. Ce sport se joue beaucoup sur l’émotion et Brive jouait son maintien contre nous. Ce n’est pas une excuse parce que nous nous étions promis des choses. Ça n’a pas été respecté. J’ai eu honte de cette performance. Laisser cette image sur notre dernier match, ce n’est franchement pas terrible. Je crois que cette performance a marqué aussi bien les joueurs et le staff et j’espère que nous saurons nous en souvenir.

Avez-vous été déçu par certains joueurs ?

Oui, clairement. Il y a des joueurs qui n’ont pas été au niveau auquel nous les attendions. Ni dans les performances, ni dans leur leadership. Mais il ne faut pas pointer du doigt uniquement les joueurs. Les joueurs sont les premiers responsables quand on se qualifie, mais aussi quand on termine onzième. La remise en question doit être générale. À commencer par moi. J’ai identifié des facteurs qui ont affecté ma façon de travailler. Mais, encore une fois, ce n’est pas une excuse. Et puis, c’est vrai à tous les niveaux du club. Tous, sans exception, nous aurions pu mieux faire. La responsabilité est globale.

Considérez-vous le dossier Tolu Latu comme un échec ?

D’abord, je dois dire que c’est un mec extraordinaire, avec un grand cœur mais qui a eu du mal à s’adapter. Un mec qui a connu des ennuis. Sans aller dans les détails, ça a été pesant pour lui. Et ça a pesé sur ses performances. La première saison, j’ai passé beaucoup de temps avec lui à échanger. Le groupe a fait corps autour de lui, notamment en fin de saison. Cette série de six matchs sans défaite avant le barrage contre le Racing, ce n’est pas anodin. Et Tolu a été un acteur central de notre réussite à ce moment-là. Or, dès le début de la deuxième saison, très vite, nous avons compris qu’il ne s’en sortait pas. Nous l’avons accompagné avec un addictologue, mais ce n’était pas simple. Plus nous avons avancé dans la saison, plus nous savions qu’il serait difficile de le garder. Au final, la décision de le laisser partir a été un déchirement, mais il n’y avait pas d’autre issue, il l’a bien compris.

Cet épisode a-t-il créé des tensions au sein de votre staff ?

Si vous faites référence au match contre le Racing et mes propos d’après-match sur le choix de mettre Tolu (Latu) sur la feuille de match, c’est vrai que j’estimais à cet instant qu’il n’était pas le meilleur pour jouer. Ni Lolo (Panis), ni Lucas (Da Silva) ne méritaient de perdre leur place dans le groupe sur ce match. Nous avons eu un désaccord, mais comme ça arrive toutes les semaines dans tous les staffs. Ce sont des discussions qui se font lorsqu’il faut faire un choix. Rien d’autre.

Les attentes autour de Ngani Laumape étaient grandes. Comment expliquez-vous l’échec de sa première saison au Stade français ?

Quand un joueur débarque de l’hémisphère Sud, notamment les Néo-Zélandais, la première saison est toujours difficile. Ni Victor Vito, ni Jérôme Kaino n’ont été extraordinaires lors de leur première saison. Pour ces joueurs, tout est différent. Le changement est immense. À tout point de vue. Malgré tous ses efforts, on attendait plus de Ngani. Je ne dirai pas qu’il a fait une saison décevante. Disons qu’il aurait pu faire mieux. Il a quand même fait quelques gros matchs, mais à l’image de l’équipe, il a été très inconsistant.

On dit qu’il aurait demandé à quitter le club. Vrai ou faux ?

Je ne ferai pas de commentaire, il n’y a rien de concret.

Lors de la dernière intersaison, vous aviez demandé à renforcer le staff technique. Votre directeur général Thomas Lombard avait convaincu Xavier Garbajosa de vous rejoindre mais cela ne s’est pas fait et a provoqué des tensions en interne. Ces tensions ont-elles pesé tout au long de l’année ?

Au risque de vous paraître naïf, je n’ai pas eu le sentiment de vivre cette saison avec des tensions. Très sincèrement. Après, pour être transparent, il y avait un vrai besoin de renforcer le staff pour que je délègue plus. Seulement, j’avais identifié nos besoins de façon différente. Je souhaitais travailler avec un technicien expérimenté, non français, spécialisé dans le secteur de la défense. J’apprécie beaucoup "Garba", mais son profil ressemble beaucoup au mien et à celui de Julien Arias. Ça n’aurait pas été complémentaire.

C’est ce que vous avez obtenu pour la saison prochaine avec l’arrivée de Paul Gustard ?

Exactement. Mais je vous le répète, je n’ai jamais eu de fortes tensions avec Thomas (Lombard). Lorsque nous avons eu des divergences, c’était en raison d’un manque de clarté sur la définition et la gestion des différentes prérogatives. Mais nous avons toujours cherché à travailler de façon constructive ensemble. J’ai toujours eu les mains libres et le soutien de Thomas et du Docteur Wild.

Aujourd’hui, avez-vous le sentiment que le Docteur Wild a clarifié la situation ?

Le Docteur Wild et Thomas ont communiqué sur leur choix en interne mais aussi dans la presse. Désormais, je vais retrouver le même rôle que j’avais entre 2013 et 2017, du temps de la présidence de Thomas Savare, celui du directeur sportif. Il reste à formaliser tout ça.

Que va changer l’arrivée de Paul Gustard dans le staff ?

Je vais essayer de prendre plus de recul, d’être plus centré dans la direction globale du projet sportif. Après, pour la répartition des rôles, Julien (Arias) s’occupera de l’attaque, Lolo (Sempéré) continuera de s’occuper aussi bien de la conquête et de la zone de ruck et Paul se chargera de la défense. Ensuite, Kobus Potgieter va continuer à travailler avec nous et avec un rôle clé au centre de formation et James Kent, très pertinent dans l’analyse de la performance et dans les skills, nous rejoint. Nous avons notre projet d’équipe et notre projet de jeu et les coachs vont le prendre en main au quotidien. Je ne voyais pas l’intérêt de faire venir en plus un "headcoach" qui aurait pu nous faire perdre notre fluidité actuelle. Je vais vraiment m’éloigner de l’entraînement et laisser un maximum de place aux coachs. J’ai une grande confiance en eux, c’est un excellent staff.

Vous allez vraiment vous éloigner du terrain ?

Oui, la saison prochaine nous n’aurons pas une équipe remplie de stars ou de grosses individualités qui vont porter l’équipe. On doit continuer à travailler sur la construction de bases solides. J’ai envie de piloter le projet sportif, développer l’identité et la culture de l’équipe. On doit être plus professionnel, placer la performance vraiment au cœur de notre club, être plus exigeants et aussi plus proches des hommes et de leurs familles. Créer un environnement de développement, de croissance, où l’on progresse tous les jours. Il faut retrouver la rage de vaincre et de gagner. Et puis ce recul me permettra de mieux manager, d’optimiser la gestion de notre dynamique de groupe, passer plus de temps avec mon staff, mieux écouter les mecs. À mes yeux, le club a vraiment besoin d’aller dans cette direction.

Cet article est réservé aux abonnés
Accédez immédiatement
à cet article à partir de
0,99€ le premier mois
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?