Top 14 - Castres - Montpellier : une finale, trois questions

  • Malgré une indiscipline colossale, le MHR a remporté le Brennus en toute logique.
    Malgré une indiscipline colossale, le MHR a remporté le Brennus en toute logique. Icon Sport
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Dans une finale que nous avions imaginée cadenassée par beaucoup de jeu au pied, le MHR a proposé durant les vingt premières minutes un récital de jeu debout et d’utilisation des « turn-over ». Malgré une indiscipline colossale, le MHR a remporté le Brennus en toute logique.

La discipline a-t-elle pesé ? 

Le paradoxe ultime

À ce niveau de compétition, comme lors d’une rencontre internationale, on dit qu’une équipe achevant une rencontre à plus de dix ou douze fautes n’est pas en capacité de l’emporter. Encore une fois le MHR a fait mentir l’adage. Dix-sept : aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est le nombre de pénalités que le MHR a concédé. Un chiffre pharaonique. Bien au-delà des standards d’un potentiel champion de France. Et pourtant… Même en infériorité numérique en raison du carton jaune logique infligé au troisième ligne sud-africain Van Rensburg (63e-73e), les joueurs de Philippe Saint-André n’ont rien cédé.

Aucun point laissé aux Castrais durant ce laps de temps. La raison ? Même si les Cistes ont montré une facette offensive séduisante durant cette rencontre (lire ci-dessous), leur défense s’est montrée, comme en demi-finale face à l’Union Bordeaux-Bègles, à la hauteur de l’événement. Bref, leur indiscipline ne leur a pas été préjudiciable. Au contraire. Paradoxalement, le Castres olympique a d’ailleurs commis beaucoup moins de fautes que les joueurs du MHR. Seulement onze fautes à leur actif. Avec le résultat que l’on sait…

Comment le MHR a construit sa stratégie victorieuse ?

Jeu debout et exploitation gagnante des « turnovers » !

L’image glaciale d’un jeu stéréotypé, collé telle une étiquette dans le dos des Montpelliérains, a volé en éclats au cours de cette finale. Une étiquette qui, en interne, a sans doute pesé lourd. Ou comment expliquer la réaction du manager Philippe Saint-André, posté en tribune de presse, à l’instant de l’essai d’Anthony Bouthier (le troisième du MHR) ? « Alors ? Ce n’est pas du beau rugby ça ? » Sans doute les Cistes avaient-ils prémédité leur coup. Avant le début de la rencontre, les micros de Canal + ont capté quelques échanges entre joueurs qui en disent long sur leur volonté de jouer et d’exploiter les ballons de récupération.

On entend Geoffrey Doumayrou dire : « Si on a un bon coup à jouer, on le fait à 100 % », et Anthony Bouthier ajouter : « Ils vont se serrer (en défense). On se regarde sur les extérieurs. Ces coups vont être bons à jouer, il faut y aller à fond. » Durant les vingt premières minutes, ils ont appliqué ce précepte. Avec une franche réussite. Le premier essai qui a lancé le MHR vers son succès en est l’illustration Sur cette action, c’est Benoît Paillaugue qui, en plaquant Botitu, lui arrache le ballon. La suite ? Elle fait écho aux propos des joueurs développés plus haut. Mais le plus parlant, c’est cette faculté qu’ont eu les Montpelliérains à jouer debout.

Comme pour mieux éviter ces rucks dans lesquels les Castrais aiment ralentir les sorties de balles. En clair, déplacer le ballon pour mieux contourner la pression. Le deuxième essai est un petit bijou fait de passes dans le mouvement, avant ou après contact. D’abord, avec Serfontein qui parvient à se défaire du plaquage de Botitu pour adresser une chistera à Garbisi. Ensuite, c’est Mercer qui élimine deux défenseurs castrais en servant vite Chalureau. Et que dire du choix de ce dernier ? Plaqué, le deuxième ligne parvient à relever le ballon pour Doumayrou qui se mue en basketteur pour servir Paillaugue.

À cet instant, la défense castraise est totalement déboussolée. In fine, le ballon a constamment avancé, sans aucun temps mort. Jusqu’à l’essai en force de Verhaeghe. Enfin, sur le troisième essai, la passe de Chalureau, au départ de l’action a surpris les Castrais. S’en sont suivies cinq transmissions devant la défense, mais à toute vitesse, jusqu’à ce chef-d’œuvre d’Arthur Vincent : une passe aveugle en redoubler pour Bouthier. Ou l’art de jouer debout.

Conquête : le CO a-t-il été au niveau ?

Une finale à l'image de la saison

Avant cette rencontre, les Castrais n’en ont pas trop parlé, mais au fond d’eux régnait une inquiétude à propos du secteur de la conquête. Et pour cause. Face à eux, la mêlée montpelliéraine affichait des statistiques suffisamment éloquentes. Le fruit du travail entrepris par leur entraîneur Olivier Azam, sans doute accompagné par Alexandre Ruiz, ancien arbitre. Le MHR possédait la mêlée la moins pénalisée (1,19 faute par rencontre). Quant à la conquête aérienne, avec 84,1 % de ses lancers en touche captés, elle avait de quoi affoler. Surtout qu’elle était sur la phase régulière l’une des meilleures du Top 14 pour contrer les lancers adverses (19,4 % de ballons volés).

Autant dire que le défi des Tarnais était de taille ? L’ont-ils relevé ? Assurément, non. Trois ballons perdus en mêlée et deux en touche, c’est trop. Beaucoup trop. Malheureusement, ces chiffres sont à l’image de la phase de saison régulière des hommes de Pierre-Henry Broncan. Jusqu’à cette finale, la mêlée castraise s’était révélée comme l’une des plus pénalisées (2,26 fautes par match) et l’alignement n’affichait qu’un modeste 78,5 % de réussite sur ses propres lancers en touche. Forcément, ce secteur de jeu a pesé dans cette finale.

Avant la rencontre Loïc Jacquet avait déclaré : « On a souvent eu des petits problèmes en touche ou en mêlée, mais ça ne nous a pas empêché de gagner des matchs. Dans l’ensemble, ça montre l’esprit que nous avons. Même si on n’est pas bien dans un secteur, la générosité du groupe arrive à compenser. » Cette fois-ci, ça n’a pas suffi.

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