Futur avocat et joueur de rugby : la parole est à la défense pour Louis Druart (Montauban)

  • Louis Druart va rejoindre le Stade français à l'intersaison.
    Louis Druart va rejoindre le Stade français à l'intersaison. Midi Olympique - Stephanie Biscaye
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Il n’a que 22 ans, mais Louis Druart est déjà un miraculé du rugby professionnel. Tiraillé entre les études et le rugby, il a failli laisser tomber le ballon ovale pour s’assurer un futur stable en tant qu’avocat. Heureusement un appel du Stade français a tout changé.

Cette histoire, c’est celle de plusieurs milliers de jeunes issus de centres de formation dans le rugby français. Des joueurs, qui doivent inévitablement concilier études et carrière sportive pour s’assurer un avenir, ou même carrément faire un choix entre les deux pour entrevoir un futur stable.

C’est le cas de Louis Druart, demi de mêlée de Montauban cette saison, qui a failli plaquer sa carrière à seulement 22 ans, après une année si particulière pour lui. Particulière pour plein de raisons. Déjà, parce que le contrat du joueur prêté par le Lou prenait fin en juin, et qu’il lui fallait absolument glaner du temps de jeu pour dégoter une nouvelle pige sur les bords du Rhône.

Ensuite, parce que ce prêt précipité à Sapiac - il est arrivé en tant que joker médical en octobre - l’a obligé à faire une pause sur ce qui est sa deuxième passion, et son projet le plus stable : ses études d’avocat. Oui, en plus de ses ambitions de rugbyman, Louis Druart a pour objectif de devenir maître. Il a donc toujours orienté sa carrière en fonction de ses études : lors de ses quatre années au centre de formation du Racing 92, il a obtenu une licence en droit à la Sorbonne. À Lyon, il poursuivait avec un Master en droit des affaires. Mais avec ce prêt, il a été forcé de tout stopper temporairement, étant donné qu’aucune école ne se trouvait à proximité et qu’il est « trop difficile de faire les cours à distance pour un avocat ».

 

« Je préfère être un très bon avocat, qu’un joueur de Pro D2 qui ne sait pas ce qu’il fera à 30 ans »

Sans études, il se concentre certes sur le rugby, mais manque d’occupations extérieures, dans une ville qui n’est pas reconnue pour son versant étudiant. « Je suis quelqu’un qui est orienté à fond sur les deux projets, qui sont, pour moi, aussi importants l’un que l’autre. L’un m’aère de l’autre. Je ne vois pas le rugby comme un métier. Pour moi, ça ne peut pas être la fin de quoi que ce soit, c’est juste une page de la vie. Donc j’ai besoin d’avoir quelque chose à côté. Et le fait de ne pas être au milieu de gens de mon âge, c’est la première fois que ça m’arrivait. Je ne l’ai pas bien vécu. À Montauban, on a une équipe assez âgée et je me suis retrouvé à 21 ans quasiment qu’avec des gens qui ont dix ans de plus. J’en ai un peu souffert. » 

S’il a réussi à trouver un stage dans un cabinet d’avocats à Toulouse - à 45 minutes de route en voiture - le demi de mêlée prenait un nouveau coup sur la tête lorsque Pierre Mignoni mettait le cap sur Toulon, et que Xavier Garbajosa reprenait les rênes au Lou. « Je n’entrais plus dans les plans du club et j’ai su aux alentours du mois de janvier que je ne recevrai pas de proposition de prolongation de contrat. »

Tout s’est alors accéléré pour le jeune Druart. L’USM, à la quête d’un numéro 9 Jiff pour la saison prochaine, lui a d’abord formulé une proposition. Mais en l’acceptant, le Parisien d’origine aurait dû abandonner son rêve d’avocat et rester "seulement" un joueur de rugby.

« On parlait de deux ou trois ans mais en étant très honnête, mon rêve, je l’ai déjà un peu réalisé en jouant en pro cette année. Je ne me voyais pas repartir sur trois ans en sachant qu’il ne me resterait que le rugby dans ma vie. Je n’avais pas envie de tout recommencer à zéro avec les études. » 

C’est donc bien un dilemme qui s’est offert à Druart. Que choisir : être avocat ou rugbyman ? « Je préfère être un très bon avocat, qu’un joueur de Pro D2 qui ne sait pas ce qu’il fera à 30 ans. Un avocat parisien gagne entre 6 000 € et 20 000 €. Un joueur de Pro D2 qui gagne 6 000 €, il n’y en a pas beaucoup. Quand tu sais que tu as ça en toi, c’est compliqué de faire ce sacrifice pour le rugby. En plus, je sais que si je prépare le concours, je vais l’avoir. Alors qu’au rugby, les situations peuvent changer très vite. »

 

Le Stade français comme sauveur

Même si plusieurs clubs de Pro D2 étaient intéressés par le profil de Durart, qui a tout de même réalisé quelques bonnes performances sur le terrain cette saison, le môme n’approfondissait que certaines pistes : « À l’évidence, je me suis dit que j’avais besoin d’une grande ville. Parce que toutes les villes n’ont pas de bons Master en droit des affaires, là où j’étudie. Donc il n’y avait que Paris, Lyon, Bordeaux ou Aix où je pouvais aller. » 

Un choix si restreint entraîne forcément une prise de conscience et une pensée inévitable : « Oui, j’ai pensé à arrêter ma carrière en voyant qu’il était impossible de concilier les deux. » Mais fin-mai, l’espoir renaissait. Au dernier moment, le Stade français passait un coup de fil et se positionnait sur le dossier. Druart devrait conclure un accord d’un an dans la capitale.

Une double bonne nouvelle pour le demi de mêlée, qui retrouvera sa ville d’origine et pourra aussi poursuivre ses études dans des établissements qui lui conviennent. « À Paris, il y avait un Master qui m’intéressait tout particulièrement, celui de Sorbonne HEC. Mais si je dois conjuguer avec le rugby, j’ai plutôt en tête celui de postuler à celui de Dauphine, puisque le Stade français a un partenariat avec ce Master. Cela va me permettre de suivre au mieux mes deux passions à haute intensité, chose impossible à Montauban ou dans d’autres clubs de Pro D2. » 

Petit clin d’œil aussi, le numéro 9 s’entraînera sur la pelouse du stade Christophe-Dominici, là où il a commencé le rugby. Dans le monde instable du rugby, Druart semble donc avoir trouvé un certain équilibre pour la saison prochaine. Mais ses projets ambitieux continueront de l’obliger à s’adapter. « Je passe le barreau l’été qui suit quoi qu’il arrive. Après, je rentrerai dans le centre de formation des avocats pendant un an et demi. Pour la suite on verra bien, mais je ne peux pas laisser quelque chose qui n’est pas fini. Et il faut que je le fasse tant que j’ai les capacités. »

Intelligent aux dires de tous, Druart sait aussi que la fin de ses études pourrait correspondre à la fin de sa carrière sportive. Peut-être pourrait-il suivre une voie à la Hallam Amos, l’arrière international gallois (25 sélections) qui a pris sa retraite à seulement 27 ans pour se consacrer à la médecine. « Tout ce temps, je me suis dit que j’étais différent, que seuls les ingénieurs se rapprochaient un peu de mon cas, comme Jean Sousa à Montauban. Mais je n’ai pas en tête de joueur pro qui est devenu avocat. » 

Même s’il pourrait prendre sa retraite pour devenir avocat, Druart resterait tout de même proche du rugby, puisque son projet est lié à l’accompagnement de sportifs dans des démarches juridiques. « Je veux être spécialisé en droit des images ou en droit des affaires en général et aider les joueurs dans le foot ou dans le rugby. Vu que je parle anglais en plus, faire une sorte de conciergerie pour les joueurs, dès qu’ils ont une question juridique. Cela me permettra de mettre à profit mes amis d’aujourd’hui qui seront peut-être mes clients demain. » Bien du chemin reste à parcourir pour Louis Druart. Mais calmement la tête pensante avance, et se donne les moyens de ses ambitions.

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Yanis GUILLOU
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