Gourdon : « C’est une chouette fin »

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    Gourdon : « C’est une chouette fin » Midi Olympique / Patrick Derewiany - Midi Olympique / Patrick Derewiany
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En décembre dernier, Kevin Gourdon a annoncé mettre brutalement fin à sa carrière de joueur, à 31 ans, en raison d’un problème cardiaque. Sept mois plus tard, heureux d’avoir accompagné ses coéquipiers rochelais jusqu’au titre européen, le voilà entraîneur des Barbarians français pour la tournée aux Etats-Unis. Une sélection qui lui offre la liberté et le détachement qu’il a toujours cultivés.

Que représente pour vous le fait d’être à Houston avec les Barbarians ?

C’est l’un de mes rêves que je réalise. J’aurais préféré le faire en tant que joueur mais le simple d’être là et de participer à cette aventure, c’est génial.

Denis Charvet a raconté que tout était parti d’une simple discussion entre vous deux…

Exactement, c’est le genre d’anecdote totalement "rugby". Nous nous sommes croisés à Niort, pas très loin de La Rochelle. Je lui ai raconté que c’était un de mes rêves en tant que joueur. Il m’a dit : "Écoute, si je peux t’emmener en tournée en tant qu’entraîneur, je le ferai." Moins de deux semaines plus tard, il m’a rappelé et m’a demandé si j’étais disponible. J’ai évidemment répondu oui. Du coup, me voilà.

Alors, est-ce fidèle à l’idée que vous vous faisiez des Barbarians ?

C’est fidèle à ce que ça représente : la liberté et pas de prise de tête. C’est le rugby que j’ai aimé au tout début et qui s’est un peu perdu avec le professionnalisme. Au-delà, c’est aussi une aventure humaine avec des mecs que tu prends un peu partout en fin de saison, alors que tout le monde est mort. Puis tu arrives là et tu retrouves de la fraîcheur.

Vous n’avez jamais caché que vous recherchiez cette forme de liberté durant votre carrière…

Tout à fait, c’est ce qui m’a toujours plu. D’autant plus que je jouais troisième ligne, un poste où on peut encore faire un peu ce que l’on veut sur un terrain. Cet aspect-là du jeu était vraiment primordial pour moi et c’est ce qu’on retrouve avec les Baa-Baas. C’est génial. Quand on doit, en quelques jours, créer des combinaisons pour essayer de s’amuser et de marquer, c’est franchement top. En tout cas, j’aime ça.

Cela vient au bout d’une saison très particulière sur le plan personnel…

C’est une chouette fin. Entre le titre de champion d’Europe et cette tournée avec les Barbarians, cela me permet de réaliser deux jolies choses, même si je n’y aurai pas participé sur le terrain. Mais ça, c’est anecdotique finalement.

Comment avez-vous vécu ces derniers mois ?

Bien. Déjà parce que je suis tellement content pour le club de La Rochelle. Sur le plan individuel et par rapport à mon destin, il y a eu forcément un peu de déception mais cela a été vite gommé par le bonheur des mecs.

Vous n’avez pas ressenti de frustration sur la finale européenne ?

Je préfère retenir le positif, à savoir que j’étais très heureux pour les joueurs, pour le président, pour toute l’institution. Tout le monde a tellement travaillé pour en arriver là. J’ai connu le club était en Pro D2. On ne partait pas de grand-chose. On n’avait pas su concrétiser cette incroyable progression la saison dernière, avec deux finales perdues. Ça y est, c’est fait avec ce titre européen.

La fin de carrière a été brutale pour vous qui n’avez pas eu le temps de vous y préparer…

Oui, mais c’est indépendant de ma volonté. Je veux dire que ce n’est pas de ma faute, donc c’est peut-être plus facile à digérer lorsqu’il en est ainsi. C’est un fait de vie, comme pour plein de gens qui ont des soucis de santé. Après, quand on n’a pas le choix, il faut bien passer à autre chose. J’ai redécouvert la vie des gens "normaux", le fait de passer du temps avec ceux qui ont des week-ends libres. Ne pas avoir à partir en déplacement tout le temps, c’est quand même quelque chose de très appréciable, surtout quand tu as connu cela pendant dix ans.

Le recul dont vous faisiez preuve durant votre carrière vous a-t-il aidé à accepter ce coup dur ?

Oui, je le pense. C’est certainement une chance d’avoir ce détachement dans mon cas. J’ai des copains qui sont ultra passionnés, qui mangent et dorment rugby, qui en regardent tout le temps. Ce n’était pas mon cas. S’il leur arrive la même chose, je crois que ce sera différent pour eux. Mon tempérament et ma façon de voir les choses ont été utiles, c’est une certitude.

Vous étiez resté proche du club durant les mois qui ont suivi l’annonce de votre arrêt…

Oui, je ne voulais pas partir comme ça. Je ne pouvais plus faire de sport de haut niveau mais je souhaitais finir la saison en quelque sorte, accompagner tout le monde. C’était normal à mes yeux. Si je devais partir, il fallait le faire tranquillement, en douceur.

Vous avez aussi fait du travail technique, en soutien du staff. Cela vous a-t-il plu ?

Oui, c’était intéressant, dans le sens où c’était du travail individuel avec les joueurs. On a vraiment pu aller dans le détail, bosser en profondeur.

Et vous êtes aussi venu à Houston dans un rôle d’entraîneur…

(Il sourit) Oui, mais entraîneur avec les Baa-Baas, c’est un grand mot. C’est plus un titre honorifique qu’une véritable fonction, même si je le prends avec plaisir.

Entraîneur, est-ce que cela pourrait être une reconversion définitive ?

Non, je ne pense pas dans ce format actuel. C’est un rythme de vie encore pire que celui que j’avais en tant que joueur. Ce n’est pas forcément ce que je veux retrouver, maintenant que j’en ai fini avec cette partie de ma vie. On ne sait jamais mais, pour l’instant, cela ne fait pas partie de mes plans.

Mais Kevin Gourdon peut ouvrir son palmarès de coach vendredi soir avec une victoire face aux États-Unis…

(Il rigole) Et pourquoi pas ? Ce serait assez drôle et ce serait un beau clin d’œil. On va se régaler et c’est le plus important.

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Propos recueillis à Houston par Jérémy FADAT
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