Matthieu Jalibert : « J’avais très faim »

  • Matthieu Jalibert a retrouvé le maillot bleu après plusieurs mois d''absence.
    Matthieu Jalibert a retrouvé le maillot bleu après plusieurs mois d''absence. Icon Sport
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Absent du dernier Tournoi des 6 Nations en raison d’une blessure récurrente à une cuisse, Matthieu Jalibert a montré sur la pelouse du Toyota Stadium à quel point l’équipe de France lui avait manqué. Décisif et véritable stratège dans l’animation offensive, le demi d’ouverture de l’UBB avoue ici qu’il avait hâte de retrouver le maillot bleu.

Comment jugez-vous votre performance sur ce premier test-match ?

Je crois que j’ai été un peu à l’image de l’équipe. Nous avons marqué très tôt un premier essai dans la rencontre. Ensuite, nous avons un peu subi dans les contacts, commis pas mal d’erreurs, des petites fautes de mains. Nous avons mis un peu de temps à retrouver nos repères, à mettre en place tout ce que nous avions travaillé durant la semaine de préparation. Et puis, au fil des minutes, surtout après la pause, nous avons su reprendre le dessus sur les Japonais, notamment sur le plan physique. Nous avons également été plus disciplinés. Forcément, ça a été plus facile de se mettre dans l’avancée et de marquer. Après, à titre personnel, je me suis senti bien. J’avais vraiment envie de faire un bon retour. J’ai le sentiment que cela s’est plutôt bien passé. Et j’en suis très content.

Était-ce une volonté de laisser la possession aux Japonais ou est-ce qu’en raison de la forte chaleur vous avez vraiment subi ?

On savait que cette équipe japonaise jouait très peu au pied, qu’elle avait également une bonne animation offensive. Notre but, c’était de vite sortir de notre camp, de ne pas nous exposer car l’on sait que, près de notre ligne, ce sont des zones où l’on peut se faire piéger. J’ai le sentiment que nous avons adopté les mêmes principes en première qu’en deuxième mi-temps, sauf que durant les quarante dernières minutes nous avons été bien plus disciplinés. On leur a donné moins d’opportunités de venir dans notre camp et, entre la chaleur et l’intensité du match, les Japonais se sont un peu fatigués. On a su en profiter et être assez réalistes.

Le premier essai est-il totalement commandé en amont de la mêlée ou a-t-il été réalisé à l’instinct ?

C’est une combinaison sur mêlée proche des lignes que l’on a en stock. En fonction du placement défensif adverse, on a libre choix du côté à jouer. Sur ce coup, on a été surpris de leur positionnement. Juste avant l’introduction, j’ai demandé à Damian (Penaud) de bien se coller à la ligne de touche justement car j’avais leur défenseur dans mon axe et l’ailier adverse assez proche de lui. Je me doutais qu’avec la vitesse de Damian, à cinq mètres de la ligne, ce serait jouable.

Vos partenaires à l’UBB, Maxime Lucu à la mêlée et Yoram Moefana au poste de premier centre, ont-ils facilité votre cohésion dans l’animation offensive ?

Ce sont des joueurs avec qui j’évolue durant toute la saison, on se comprend donc plus facilement et plus rapidement. Forcément, sur des semaines comme celle que l’on vient de vivre, où il y a beaucoup de changements et où il faut vite trouver des repères, c’est quand même un peu plus simple. Ça permet d’avoir un temps d’avance sur ce que l’on met en place. Et pour moi, c’est vraiment rassurant d’avoir à mes côtés des joueurs qui me connaissent bien.

Entre l’adaptation au climat japonais et la pression inhérente à votre retour en Bleu, aviez-vous de l’appréhension par rapport à votre cuisse blessée avant le dernier Tournoi des 6 Nations ?

C’est un lointain souvenir. Depuis, j’ai repris, j’ai eu la possibilité d’effectuer pas mal d’entraînements sans aucun souci et d’enchaîner les rencontres. Il n’y avait donc aucune appréhension de ce côté. En revanche, j’étais soucieux de faire un bon retour et d’aider l’équipe à performer.

Aviez-vous hâte de pouvoir rejouer avec cette équipe de France ?

Comme tout le monde le sait, la période du Tournoi des 6 Nations a été très difficile pour moi. J’ai commencé avec le groupe, je me suis blessé, je me suis éloigné de l’équipe et je l’ai vue remporter le Grand Chelem. Je peux vous dire que ça n’a pas été facile. J’attendais donc cette tournée au Japon avec impatience pour revivre ces bons moments en bleu. J’avais beaucoup d’appétit avant cette rencontre. Vraiment, j’avais très faim.

Avez-vous eu des moments de doute pendant le Tournoi ?

Je me suis déjà, plus ou moins, exprimé sur le sujet. Les différentes rechutes au niveau de ma cuisse m’ont forcé à m’interroger. D’abord, je me suis demandé si on allait parvenir à me soigner. Ensuite, je me suis interrogé sur ma capacité à revenir à mon meilleur niveau. J’ai eu de nombreux moments de doutes, mais j’ai essayé de rester positif. Je savais qu’en optant pour un bon traitement et une rééducation adéquate, en étant sérieux, je pourrai revenir. Aujourd’hui, mes sensations sont bonnes et je suis focalisé à 100 % sur l’avenir. Pas sur le passé.

La demi-finale de Top 14 perdue avec l’UBB n’est-elle finalement pas un mal pour un bien vous concernant ?

C’est vrai que si nous avions gagné la demi-finale, je n’aurais pas pu être retenu pour cette tournée au Japon. Cette défaite m’a offert une opportunité de renouer avec le maillot bleu. Ce n’est pas rien. D’autant plus que cette tournée est importante pour moi. J’étais très heureux d’être appelé par le sélectionneur, par la confiance qu’il m’a accordé avant ce premier test. Cette élimination en demi-finale du Top 14, c’est donc effectivement un mal pour un bien à titre personnel. Et puis, pour être honnête, cette occasion de jouer pour l’équipe de France, ça m’a permis aussi de vite digérer cette élimination en demi-finale contre Montpellier. Je me suis fixé de nouveaux objectifs. Après, je ne vais pas vous mentir : au club, nous étions tous très déçus de cette fin de saison.

En raison de cette fin de saison marquée par une polémique avec Christophe Urios, cette tournée avec l’équipe de France n’est-elle pas aussi une bouffée d’oxygène pour vous ?

Malheureusement, la fin de saison a été ce qu’elle a été en club. Donc, forcément, se retrouver dans un autre contexte, se fixer de nouveaux objectifs, vivre et évoluer dans une autre dynamique, ça permet de passer à autre chose et de rester positif. C’est ce dont j’avais besoin, clairement. Pour une telle échéance internationale, il faut être capable de "switcher" mentalement pour être performant.

À part la chaleur étouffante, qu’est-ce qui vous a marqué depuis votre arrivée au Japon ?

C’est la première fois que je viens dans ce pays. C’est vraiment une culture différente de la nôtre. Ce qui me marque le plus, c’est la politesse et la gentillesse du peuple japonais. Ces gens-là sont adorables. Certains d’entre nous ont visité des clubs de judo, d’autres ont rencontré des Sumos. Ces échanges, ces partages d’expérience ont ça de bien qu’on en tire toujours des enseignements.

Justement, pouvez-vous nous raconter les échanges avec Laurent Tillie, l’ancien volleyeur français qui entraîne au Japon et qui vous a rendu visite dans la semaine ?

Fabien (Galthié) et le staff technique ont mis ces partages d’expériences en place depuis le début de leur mandat. Jusque-là, en dehors de Thomas Coville (navigateur), nous n’avions pas rencontré beaucoup de sportifs. Et j’avoue que d’avoir le regard de Laurent Tillie m’a bien plu. Il nous a parlé de ses réussites, mais aussi de ses échecs. Parfois, je me suis retrouvé dans ses propos. C’était vraiment très intéressant. J’ai le sentiment que c’est quelqu’un d’assez discret, il n’en a pas fait des caisses sur son parcours. Mais ce que j’ai retenu, c’est la manière avec laquelle il a géré ses échecs avant de rebondir et de gagner des titres.

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Propos recueillis par Arnaud BEURDELEY
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