Picamoles et Trinh-Duc « peuvent partir sereins »

  • Louis Picamoles et François Trinh-Duc partent la tête haute.
    Louis Picamoles et François Trinh-Duc partent la tête haute. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany - Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Louis Picamoles et François Trinh-Duc (Troisième ligne et ouvreur de Bordeaux-Bègles) Les deux internationaux ont décidé de raccrocher les crampons cet été, après une ultime saison commune à Bordeaux-Bègles, où ils se sont retrouvés vingt ans après avoir démarré leur parcours commun au centre de formation de Montpellier. Et ils ont même terminé leur carrière par une dernière Marseillaise commune et un match international, aux États-Unis, avec les Barbarians. L’occasion de revenir sur tout ce qui les unit.

Vous avez passé la semaine ensemble à Houston, avec les Barbarians, pour terminer votre carrière. Que ressentez-vous ?

Louis PICAMOLES : C’est sympa parce que, les Baa-Baas, c’est un esprit particulier. C’est assez libre et c’est le rugby à l’instinct, ce qui nous a fait aimer ce sport à la base. Le faire ensemble sur une tournée à l’étranger pour clôturer notre carrière et le partager avec un groupe agréable, c’est une belle façon de tourner cette page.

François TRINH-DUC : Pour nous, c’est la sortie idéale et la transition parfaite. Pouvoir finir ensemble, dans un pays sympa et dans un état d’esprit festif, c’est génial. Et puis, on a quand même refait un match international avec la chance de partager une Marseillaise. Je ne l’avais pas imaginé avant mais, là au moins, on sait que c’est notre dernière. Cela nous permet de finir proprement avant de rentrer chacun à Montpellier.

L.P. : Pour la Marseillaise, je ne l’avais pas anticipée non plus. En vivre une dernière, c’est fort.

Est-ce que cela vous a fait revivre quelque chose de proche de ce vous aviez vécu ensemble en jeunes ?

L.P. : Oui, ça ressemble bien à nos années en centre de formation, où c’était surtout l’environnement et les rapports humains qui étaient importants. On voulait s’amuser, s’éclater puis se rassembler sur le rugby. L’esprit Baa-Baas, c’est aussi ça. C’est un joli retour en arrière, qui rappelle de beaux souvenirs.

Même si vous avez tous les deux quitté Montpellier dans votre carrière, vous êtes restés indissociables aux yeux de tous, avec Fulgence Ouedraogo. Le sentiez-vous ?

F.T.-D. : C’est plutôt une fierté d’avoir commencé ensemble et d’avoir vécu des choses fabuleuses en tant que jeunes joueurs de rugby, de pouvoir le retranscrire ensuite à plus haut niveau. Même à 35 ans, nous étions encore là à jouer une demi-finale de Top 14. Oui, c’est fort. Ce lien, que vous avez en tête, existe entre nous dans la vie de tous les jours. Du coup, c’est compréhensible.

L.P. : D’ailleurs, si Fufu (surnom de Ouedraogo, N.D.L.R.) avait pu être là aussi, avec nous, cela aurait été assez drôle. Mais ce qu’il connaît actuellement n’est pas mal non plus. De son côté, il vivait aussi une semaine folle dans un autre contexte, également festif. On a pu voir quelques photos et vidéos, ça avait l’air sympa.

Pour vous deux, vous avez même terminé ensemble en club à l’Union Bordeaux-Bègles. Était-ce une opportunité ou une volonté commune ?

L.P. : Cela fait un moment qu’on discutait de vivre une dernière expérience ensemble. Au départ, c’était davantage porté vers l’étranger. Nos familles s’entendent bien, avec nos enfants qui sont quasiment du même âge, et on voulait connaître une aventure aux États-Unis, en Australie ou au Japon. On en a parlé, c’était plus un délire à l’étranger. Mais, avec le Covid, les choses ont changé. Puis l’opportunité de Bordeaux s’est présentée. C’était un beau clin d’œil vu qu’on évoquait l’idée depuis quelques années. On n’aurait jamais pensé le faire en Top 14, ou dans un autre club que Montpellier. C’était top de retrouver François après tant de temps, nos parcours ayant pris des chemins différents, et ce fut une saison forte humainement et sportivement.

F.T.-D. : Louis était arrivé en cours de saison précédente à l’UBB et, quand j’ai été en contact avec le club, il m’a forcément beaucoup sollicité. Cela s’est fait naturellement. Et on a fini sur une demi-finale. Ça reste un beau parcours même si j’ai toujours du mal à dormir après cette demie perdue… Quand Louis s’est blessé en fin de saison, c’était compliqué. J’avais peur qu’il ne choisisse pas sa fin. C’est déjà un deuil social mais, quand tu ne le choisis pas, c’est encore plus dur. Là, on avait décidé d’arrêter cette année et, finalement, on a joué notre dernier match ensemble. C’était notre destin et on peut partir sereins.

Louis, avez-vous eu peur de terminer votre carrière prématurément avec cette blessure au genou ?

L.P. : Oui, complètement. Sur le coup, je pensais que la saison était terminée. Pour moi, c’était fini… Le diagnostic est tombé rapidement et, quand on m’a dit qu’il y avait un espoir, je me suis accroché à ça. Tout le monde m’a soutenu et a fait en sorte que je revienne. Je suis revenu beaucoup plus vite que ce que j’avais imaginé. J’ai donc fini sur le terrain, en phase finale. Il y a quelque temps, c’était inconcevable dans mon esprit.

Le fait que l’un arrête a-t-il décidé l’autre à arrêter aussi ?

L.P. : Nous ne nous sommes pas concertés. Je savais que c’était ma dernière année, François savait que c’était la sienne aussi. C’était clair dans nos têtes quand nous nous sommes retrouvés à Bordeaux. Savoir qu’on arrêtait ensemble avait un côté rassurant et même apaisant pour moi, dans le sens où je ne vivais pas ça seul. C’est un moment particulier, jamais évident, donc c’était un confort de pouvoir choisir. Cela nous a permis de bien profiter de cette saison, de prendre les choses positivement, avec beaucoup d’envie. Même si les fins sont toujours brutales sur un match de phase finale car on ne peut pas anticiper quand cela s’arrête exactement. La défaite en demie a été dure à encaisser et cette semaine avec les Baa-Baas a fait aussi du bien pour ça. Mais je n’ai pas de regret. Sur la saison, on a fait tout ce qu’on pouvait faire.

Il y a eu des tensions à l’UBB sur les dernières semaines et vos plus jeunes partenaires ont tous confié que vous aviez joué un rôle important de cadres. Même Matthieu Jalibert a dit qu’il voulait jouer pour vous deux…

F.T.-D. : Ce n’était que sur une saison à Bordeaux et j’ai vu ça comme une mission. Je voulais me régaler mais aussi transmettre, notamment à Matthieu. Le fait qu’on soit ensemble avec Louis nous a aidés à le faire. Un devant et un derrière, cela rendait les choses naturelles. Je ne disais pas aux avants comment mettre des coups de casque (rires). Mais j’intervenais derrière, sur la préparation des matchs. J’étais vraiment en mode mission. Dans les périodes difficiles, je gardais le cap et j’essayais d’être positif, de prendre du plaisir. C’étaient mes dernières cartouches et je ne voulais pas les galvauder. Je me souviens, quand on a commencé à Sabathé avec Montpellier, que Gregor Townsend, Alessandro Stoica ou Murphy Taele m’avaient énormément accompagné. Je me devais de faire la même chose.

L.P. : Quand nous étions jeunes, c’est vrai que nous avons été bien accompagnés. Il y avait cette mentalité de transmission, de vouloir protéger les plus jeunes. Nous étions dans un cocon et n’avions qu’à nous épanouir sur le terrain. Arrivé à un certain âge, tu as envie de rendre ce qu’on t’a donné. On avait envie d’être bienveillants cette saison. C’était la fin et je ne voulais pas perdre de temps, me pourrir les idées ou brasser du négatif. À Bordeaux, on a essayé d’impulser quelque chose de positif, de trouver les bons mots pour que ça fonctionne. Cela a plutôt bien marché parce que nous étions à l’aise dans ce groupe. Les autres joueurs nous ont donné cette sensation qu’on pouvait s’exprimer librement. Eux étaient réceptifs.

Si on ouvre la boîte à souvenirs, quel serait le plus beau en commun ?

L.P. : C’est difficile, on se connaît depuis qu’on a 15 ans. Nos horizons se sont séparés quand on a changé de club mais on a toujours gardé ce lien fort. Si j’en retiens un, je dirais la première Marseillaise vécue avec François, Fufu et Julien Tomas (durant le Tournoi des 6 Nations 2008, N.D.L.R.). Par rapport à la place qu’avait Montpellier dans le rugby français, être quatre représentants du club là-haut, c’était une sacrée fierté. Et le partager avec des potes avec qui je jouais depuis l’âge de quinze ans… Le vivre avec un, c’est déjà énorme. Alors, avec trois, c’était assez exceptionnel !

F.T.-D. : Je le rejoins forcément. Même jeunes, nous avons vécu des trucs fabuleux : les premiers matchs avec Montpellier même si nous étions très insouciants. On jouait le maintien, donc il y avait une forme de pression. Puis les matchs internationaux ensuite, avec le maillot de l’équipe de France sur le dos et devant un gros public. Pour moi, c’est impossible de dissocier tous ces souvenirs.

Vous avez aussi vécu la Coupe du monde 2011 ensemble ou la victoire historique face aux All Blacks à Dunedin en 2009…

F.T.-D. : Pas simple de tout remettre en ordre dans nos souvenirs. En août, on se refera peut-être plus de "flash-back" (sourire). Mais battre les All Blacks, c’est rare. Alors, les battre chez eux, ça l’est encore plus.

Et vous jouerez encore une dernière fois ensemble, pour votre jubilé…

L.P. : Oui, le 30 juillet. Dans une conversation avec François, on a parlé de potentiellement organiser un jubilé. On s’est dit : "Pourquoi ne pas le faire ensemble ?" Fufu a aussi annoncé qu’il arrêtait. Allez, on le fait tous les trois ! Le clin d’œil est encore assez sympa. Ce sera à l’image des hommes que nous sommes, et des carrières que nous avons eues. À Sabathé, là où on a démarré. On a hâte de le vivre, avec les gens qui ont compté pour nous. Ce sera joyeux et riche en émotions. Un beau bouquet final.

Qu’est-ce qui vous attend désormais ?

L.P. : Le lien entre nous ne se résumait pas qu’au rugby, donc on aura toujours beaucoup de contacts. On va tous deux s’installer à Montpellier et évoluer dans deux univers complètement différents. Moi, c’est dans l’agriculture. Une nouvelle vie démarre, avec des projets et l’excitation d’entamer cette aventure. L’idée, c’est en profiter au maximum, comme on l’a fait de notre carrière de rugbyman, en nous souhaitant a minima la même réussite. On va aussi retrouver des moments simples, avec nos familles. Notre vie de sportif était exceptionnelle mais on avait envie de renouer avec quelques petits plaisirs simples.

F.T.-D. : Ma femme est aussi de Montpellier, là où je suis né. Donc on y va retrouver la famille et les amis. Ma femme avait mis entre parenthèses sa vie professionnelle pour me suivre et va travailler de nouveau. Elle est architecte et dans l’aménagement d’intérieur. Pour ma part, je suis directeur de Fortil, un groupe d’ingénierie sur place. À partir de septembre, je serai à 100 % dans ce nouveau rôle.

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