XV de France - « Veni, vidi, vici » : les Bleus sont venus, ont vu puis ont vaincu

  • Pierre Bourgarit a signé une entrée remarquée face aux Brave Blossoms.
    Pierre Bourgarit a signé une entrée remarquée face aux Brave Blossoms. Icon Sport
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Sans être totalement renversants, les Tricolores ont néanmoins giflé sans trembler une sélection japonaise déterminée mais beaucoup trop naïve. ils sont venus, ont vu, ont vaincu…

On ne sait pas vraiment s’il faut en rire ou en pleurer. En rire, parce qu’à "Toyota la belle" – à condition bien sûr d’aimer le béton et les success story de l’industrie automobile- le XV de France a remporté une neuvième victoire consécutive. En rire, aussi, parce que la sélection tricolore, amputée des finalistes du Top 14 et des têtes de gondole du dernier grand chelem, a passé plus de quarante points à la dixième nation mondiale.

Mais en pleurer, alors ? Parce que le Toyota Stadium avait beau accueillir 30 000 personnes samedi après-midi, il nous fit la même impression qu’un monastère, solennel, globalement silencieux et seulement secoué, en quelques instants, par les braillements électroniques d’une sono bien incapable de transformer le plomb en or. Pleurer, enfin, parce que cette sélection nippone a beau pratiquer "un très beau rugby", comme le soulignait Fabien Galthié après la rencontre, elle est aussi diablement naïve en défense, plus que légère dans son jeu au pied d’occupation et, coupable de quinze en-avant samedi, indéniablement fébrile lorsqu’il s’agit de concrétiser ses plus beaux mouvements…

Ce match ? Il fut donc plutôt haché, poussif, essoufflé. La faute à la chaleur torride sévissant actuellement au Japon et aux trois "water breaks" par mi-temps qui furent logiquement ajoutés au protocole, samedi, pour soulager les joueurs. En début de rencontre, Maxime Lucu s’écartait d’une mêlée fermée, servait Matthieu Jalibert qui, d’une longue passe, trouvait sur l’extérieur Damian Penaud, seul ou presque, qui aplatissait le premier essai tricolore avec une telle facilité qu’à cet instant-là du match, on était tous largement convaincu que ce premier test serait une imposture…

Sans blague ? Naturellement meurtris dans leur orgueil par cette entame ratée, les Japonais réagissaient aussitôt, mettant un rythme impensable à la rencontre, gagnant la majorité de leurs duels et déplaçant non sans talent le rideau tricolore : à la 17e minute, le numéro 8 Tevita Tatafu emportait deux Tricolores pour valider un mouvement magnifique et sous le soleil de Satan, les Français cherchaient leur souffle, commettaient des en-avant balourds et des fautes grossières, mis à mal qu’ils étaient par la détermination des Japonais dans le combat au sol et les plaquages appuyés du trois-quarts centre Dilan Riley. Charles Ollivon, le capitaine tricolore, expliquait en fin de rencontre : « En début de match, les Japonais jouaient de partout et on a été surpris, c’est vrai. Nous, les gros, avons ensuite décidé d’intervenir davantage dans le jeu, notamment autour des rucks, pour soulager nos trois-quarts et resserrer leur défense. Ça nous a permis de trouver des espaces. »

Bourgarit, ce caillou dans la chaussure

Pour trouver leur voie, il a donc fallu aux Tricolores revenir aux basiques et défier les Japonais dans l’axe, maltraiter la défense nippone par des mauls pénétrants, envoyer "taper" Yoram Moefana dans le mur et, en incorporant Pierre Bourgarit à l’édifice, se doter d’un gratteur enfin capable de ralentir la belle machine japonaise. Samedi soir, Fabien Galthié dressait le bilan suivant : « L’objectif était de gagner et nous l’avons fait. De ce premier match de la tournée, je retiens d’ailleurs beaucoup d’éléments positifs. Déjà, cette équipe de France avait beau samedi avoir 25 ans de moyenne d’âge -soit la même moyenne d’âge que l’équipe ayant remporté le Tournoi des 6 Nations- elle était dépourvue de vécu collectif et a pourtant montré un très beau visage. Ensuite, parce que les néocapés se sont montrés à la hauteur des espérances. » 

Et Galthié de citer ici le géant Thomas Jolmès, auteur de "trente minutes de très haut niveau" à Toyota ; Yoan Tanga, plutôt raccord avec sa performance trois semaines plus tôt sous le maillot des "Baa-baas" britanniques, face au XV de la Rose ; Thomas Lavault, qui soulagea considérablement l’alignement tricolore en deuxième période et, malgré du déchet balle en mains, fut précieux sur les déblayages et en défense. À la semaine prochaine, les gars ?

Ce n’était qu’un brouillon…

Les différents satisfecit étant maintenant posés, il va de soi que cette première sortie estivale n’était pourtant qu’un brouillon, une esquisse et que l’on est tous en droit d’attendre beaucoup plus de cette équipe de France qui aura pour elle, à Tokyo, huit jours de travail supplémentaire dans les guibolles. Samedi, on souhaite ainsi que Matthieu Jalibert, sur courant alternatif lors du premier test, prenne enfin cette équipe à bras-le-corps et, en l’absence de Romain Ntamack, s’impose comme un fier "numerobis". Au stade olympique, on aimerait également que les Bleus ne laissent plus le dissuasif Tevita Tatafu leur marcher sur les pompes et qu’ils évitent, aussi, de se faire déchirer le tricot par l’arrière d’en face, l’élégant Ryohei Yamanaka, trop à aise à Toyota lorsqu’il fut question de s’engouffrer dans cette drôle de défense en "escalier" bricolée par les Bleus.

Mais en demande-t-on trop, jeunes gens ? Est-on devenu trop exigeant, avec le temps et les victoires enchaînées ? Disons simplement que si cette tournée au Japon ne revêt plus d’intérêt sportif majeur, elle reste néanmoins un laboratoire à ciel ouvert en vue du choc des titans prévu mi-novembre, face à l’Afrique du Sud, extrême opposé de ce qu’incarnaient à Toyota les damoiseaux de Jamie Joseph. En fait, on veut à la fois savoir si cette équipe de France est en mesure de piétiner un adversaire présumé plus faible et dans la foulée, être capable de gagner le bras de fer avec les malabars sud-africains. On n’en est pas là, vous dîtes ? Il y a, c’est vrai, un ultime écueil à lever avant la quille estivale. Mais à la lumière du test de Toyota, on serait néanmoins culotté de vous vendre le prochain match à Tokyo comme le plus excitant de l’année…

*Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu

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Marc DUZAN
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