Test match - Le Japon est-il une équipe d’« étrangers » ?

  • L’ailier des Brave Blossoms, Siosaia Fifita, est l’un des nombreux joueurs de la sélection nippone d’origine tonguienne. Une filière îlienne qui s’explique notamment par des relations diplomatiques très étroites entre l’empire japonais et le royaume du Tonga.
    L’ailier des Brave Blossoms, Siosaia Fifita, est l’un des nombreux joueurs de la sélection nippone d’origine tonguienne. Une filière îlienne qui s’explique notamment par des relations diplomatiques très étroites entre l’empire japonais et le royaume du Tonga. PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
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Lors du premier test à Toyota, les supporters français ont été interpellés par le nombre d’étrangers supposés jouant aujourd’hui pour le Japon. La réalité, elle, est beaucoup plus complexe que cela…

La question revient cycliquement, lorsque les rugbyphiles du monde entier évoquent la sélection nippone : « Pourquoi n’y a-t-il donc dans cette équipe que des étrangers ? » Sur les vingt-trois joueurs ayant disputé le premier test-match de Toyota, treize avaient ainsi des patronymes à consonance étrangère. Que doit-on en conclure ? L’équipe nationale du Japon est-elle, en fait, une sélection de joueurs du Pacifique basée dans l’archipel nippon ?

À y regarder de plus près, la réalité est plus complexe et les Brave Blossoms incarneraient plutôt un « patchwork » des règles d’éligibilité édictées par World Rugby. Il y a d’abord, dans l’équipe de Jamie Joseph, un groupe de six étrangers sélectionnés pour tenir des positions (deuxième ligne, numéro 8, premier centre) où le rugby local est traditionnellement faible et, au titre de la « règle des trois ans passés sur le sol », les Sud-Africains Wimpie van der Waalt, Jack Cornelsen (deuxième ligne) et Gerhard van den Heever (ailier) ou encore le centre australien Dylan Riley et le colossal flanker australien Ben Gunther (1,92m et 120 kg) sont là pour densifier une équipe fort tendre dans l’ensemble.

Un cas d’école, vous dites ? Sûrement pas et à ce sujet, on vous rappellera par exemple que les Irlandais alignaient sept « étrangers » lors du Tournoi des 6 Nations 2021 (dont CJ Stander, Bundee Akhi, James Lowe, Joey Carbery, Jamison Gibson-Park) quand les écossais en utilisaient quinze la même année (dont Duhan van der Merwe, Sean Maitland, Hamish Watson) ou les Français trois (Paul Willemse, Virimi Vakatawa et Uini Atonio).

Au-delà de ces joueurs, arrivés en milieu de carrière dans l’archipel parce qu’ils étaient barrés dans leur pays d’origine, il faut ajouter un groupe composé d’étrangers élevés au Japon, tels le Nord-Coréen Lee Seung-Sin ou le Kiwi Warner Dearns, qui vit avec ses parents au Japon depuis qu’il a 8 ans, ou encore des binationaux, le plus célèbre étant l’ancien Clermontois Kotaro Matsushima, de mère japonaise et de père sud-africain.

Ce groupe-là est d’ailleurs amené à se développer rapidement en raison de la hausse spectaculaire des mariages mixtes au Japon et de la volonté de la communauté nord-coréenne du pays de réussir son intégration par le rugby, le lycée nord-coréen d’Osaka étant par exemple depuis quelques années un participant régulier aux phases finales du championnat japonais des lycées, une compétition majeure de l’archipel.

Le groupe des « Japo-Tonguiens »

Il existe enfin, dans ce « patchwork », un groupe de joueurs du Pacifique, qu’ils se nomment Michael Leitch (flanker, Fidji), Tevita Tatafu (numéro 8, Samoa américaines), Faulua Makisi (troisième ligne, Tonga), Siosaia Fifita (ailier, Tonga) ou Asaeli Ai Valu (pilier droit, Tonga), dont le père représenta le Japon lors du Mondial 1987, en Nouvelle-Zélande.

Le clan tonguien, plus que fourni, est ici le plus intéressant parce qu’il est l’héritier d’une « main tendue » de l’Empire du Japon au royaume du Tonga depuis 1976 et, pour preuve des liens étroits unissant encore les deux archipels, l’empereur Naruhito était d’ailleurs présent lorsque fut couronné le dernier roi tonguien.

En clair, le Japon a proposé, il y a plusieurs décennies, d’accueillir dans ses écoles des enfants îliens afin de les former, à l’origine, à l’art du boulier (Soroban) et leur offrant ainsi un futur que l’archipel polynésien, un des pays les plus pauvres au monde, ne pouvait leur donner.

La première génération de ces « Japo-Tonguiens » (Hopoi Taione, Sinali Latu) a représenté le Japon lors de la toute première Coupe du monde (1987) et l’histoire s’est ensuite perpétuée, des joueurs contemporains tels l’ailier Siosaia Fifita ou le numéro 8 Amanaki Mafi étant arrivés dans l’archipel entre 13 et 15 ans dans le cadre de ces échanges entre les deux pays, dont le symbole le plus fort reste les dizaines de millions d’euros versés par le gouvernement japonais après le tsunami ayant frappé le Tonga en janvier 2022, à la suite de l’éruption du volcan Hunga Tonga.

Pour tout dire, cette intégration réussie a, plus près de nous, entraîné l’extension de l’offre à de jeunes Fidjiens dont l’emblématique Michael Leitch, désormais japonais par les liens du mariage, ou le deuxième ligne Sailone Waqa, titulaire ce week-end à Tokyo, ou encore Tevita Tatafu (26 ans), ce natif des Samoa américaines, un confetti de 77km² et 45 000 habitants. à l’adolescence, Tatafu a rejoint le lycée de Meguro à Tokyo où, très vite, son nom a été coché sur les tablettes de tous les coachs du pays. Une décennie ans plus tard et après avoir dominé le rugby scolaire et universitaire, il évolue désormais aux Sungoliath de Tokyo.

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Robert Verdier
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