Reportage - Le Kilimandjaro, sommet humain de David Berty

  • Thomas Castaignède (en bleu) , David Berty (au centre), et Marc Lièvremont (à droite) posent avec leur équipe après six jours d’expédition du Kilimandjaro (Tanzanie).
    Thomas Castaignède (en bleu) , David Berty (au centre), et Marc Lièvremont (à droite) posent avec leur équipe après six jours d’expédition du Kilimandjaro (Tanzanie). Midi Olympique - Midi Olympique
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Atteint de sclérose en plaques, David Berty a réalisé un exploit monumental : gravir le Kilimandjaro à pied. Avec 14 « coéquipiers », dont Marc Lièvremont et Thomas Castaignède, l’ancien joueur du Stade toulousain raconte cette expédition folle avec l’ancien sélectionneur et Vanessa Moralès, la « lumière  de cette péripétie.

Les 5 895 mètres du Kilimandjaro sont une aventure, une quête, un mythe. Le sommet de l’Afrique contemple chaque jour les téméraires qui osent s’élancer sur ses tortueux chemins. Le 28 juin 2022, sous une pluie battante, le géant tanzanien reçoit une équipe de quinze Français d’une motivation sans faille. David Berty, Marc Lièvremont, Thomas Castaignède et les douze autres compères ne peuvent plus reculer et posent leurs premiers pas sur le Kilimandjaro. Six mois plus tôt, cette expédition n’aurait pas été possible sans la « folie » de Vanessa Moralès. Infirmière urgentiste à Muret (Haute-Garonne), elle a déjà gravi six fois le toit de l’Afrique. Élue Toulousaine de l’année 2021, Vanessa Moralès détient le record mondial féminin de la montée du « Kili » avec onze heures et trente-trois minutes. Un exploit salué à l’époque par David Berty, parrain de ses expéditions. « Je cours aussi pour lutter contre la sclérose en plaques et David m’a toujours soutenu et poussé dans mes courses. Quand j’ai été cherché le record de vitesse sur le Kilimandjaro j’ai dit à David « il faut qu’on le fasse ensemble ». Alors au départ il m’a dit « T’es jobarde ! »mais trois minutes après il m’a rappelé et m’a dit : « on le tente ! » raconte la spécialiste de l’ultra-trail. Marc Lièvremont et « Casta » acceptent le défi. Les anciens Bleus Laurent Tomasella, Sébastien Morizot, et Jean-Philippe Saffore, champion de France avec le Racing en 1990, sont également présents dans la composition d’équipe. David Berty, lui, ne voulait pas laisser passer le train d’une aventure aussi excitante. « Plus Vanessa m’en parlait, plus je voyais le clignotant du possible s’allumer et celui de l’impossible s’éteindre. Faire cette expédition avec une infirmière urgentiste et habituée du Kilimandjaro me rassurait. Et le faire avec d’anciens joueurs allait forcément dévier en rigolades et en bons moments. Mais surtout, j’ai accepté car on ne me proposera pas une deuxième fois de gravir le Kilimandjaro, donc j’ai dit : fonce ».

Toute l’équipe est au sommet du toit de l’Afrique, entouré des porteurs tanzaniens.
Toute l’équipe est au sommet du toit de l’Afrique, entouré des porteurs tanzaniens. Midi Olympique - Midi Olympique

Pour David Berty, le début de l’année 2022 est rythmé par une préparation intense et une certaine sérénité. Atteint de sclérose en plaques, l’ancien joueur du grand Stade toulousain des années 1990 s’estime « chanceux » de n’avoir pas de formes graves de sa maladie. Les symptômes se concentrent au niveau des jambes et le contraignent à un programme féroce. « J’ai travaillé dans une salle de sport avec un préparateur physique. J’avais trois séances de musculation aux jambes par semaine avec des charges très lourdes. C’était fatigant, mais sans cela je n’aurais pas pu tenir » explique l’actuel joueur de rugby fauteuil. Préparé mentalement et physiquement, le « XV » de David Berty s’envole vers la Tanzanie fin juin pour entamer une quête sportive, spirituelle et humaine.

« Vanessa et David ont été nos deux phares »

Le temps est maussade devant les chemins du Kilimandjaro. La joyeuse bande française espère ne pas avoir cinq jours de pluie. « J’avais la sensation bizarre de ne pas être en Afrique, voire d’être à côté de Toulouse. Et je crois que c’était un peu le cas de tout le monde. Le fait qu’on soit arrivé au pied du Kilimandjaro avec la pluie et les nuages bas n’a pas aidé », raconte David Berty. Après une première journée grise, l’explosion survient le lendemain matin. Niché à trois mille mètres d’altitude, le groupe prend les paysages tanzaniens en pleine face. Les quatre derniers jours de montée sont ensoleillés et poussent les aventuriers jusque dans des limites insoupçonnées. Les jambes cassées par le mur du « Kili », Marc Lièvremont raconte le soutien inégalable de Vanessa Moralès et de l’ancien international. « J’ai souffert comme jamais je n’avais souffert. J’ai été malade avec des nausées, des maux de tête… Rien n’a été simple mais David et Vanessa ont été nos phares. Par son courage, sa dignité et sa force mentale, David m’a poussé sur toute l’expédition. Vanessa est une fille gigantesque. Elle a un sens des autres incroyable. Elle a été notre lumière », détaille l’ancien sélectionneur. La présence de l’athlète toulousaine fut capitale pour toute l’équipe.  « Mon challenge c’était de coacher et médicaliser le groupe. Tous les jours, je faisais des relevés de pouls et de saturation dans le sang pour être certaine que chacun pouvait continuer. Heureusement, personne n’est rentré dans un « risque vital » et donc je poussais ceux qui étaient en difficulté pour continuer coûte que coûte. Je montais et descendais en bout de file pour motiver tout le monde… Finalement, j’avais aussi la casquette de psychologue ! (rires) ». À plus de quatre mille mètres d’altitude, le mental prend le dessus sur les jambes. « Au troisième jour, on a affronté un mur. On avançait cinq mètres puis on s’arrêtait et ainsi de suite. Au niveau respiratoire c’était également très dur, plusieurs personnes ont failli lâcher avant le sommet mais tout le monde s’est soutenu. Il y a certaines parties dont je ne me souviens même plus ! » retrace David Berty. Cet Enfer, le groupe s’y est préparé mais l’expérimentation balaie les plus terribles attentes. La température est plutôt clémente, ce n’est que dans les derniers mètres que le thermomètre descend dans le négatif. Mais jusqu’au bout, les têtes guident les quinze paires de jambes harassées d’un effort titanesque.

Le Kilimandjaro, sommet humain de David Berty
Le Kilimandjaro, sommet humain de David Berty Midi Olympique - Midi Olympique

Le coup de tête au sommet du Kilimandjaro

La délivrance a ce côté fabuleux qu’elle laisse aux êtres humains des actions irréelles. Scié par cinq jours terriblement magnifiques, David Berty entrevoit le panneau indiquant le sommet du toit de l’Afrique. Se rappelant au bon souvenir de ses chevauchées toulousaines, l’ancien ailier court vers les pancartes en bois et se cogne la tête, faute de lucidité. Bilan du sprint, un crâne ouvert et une franche rigolade. « Même ça, je ne m’en souviens plus ! Visiblement, je me suis jeté sur le panneau, j’ai encore une marque sur la tête donc tout le monde a bien rigolé ! », narre David Berty avec un sourire. Une ouverture qui concrétise finalement des derniers hectomètres plats, ouvrant une piste vers le pic Uhuru, le sommet rond de la montagne tanzanienne. Tout sauf un cadeau après avoir encaissé des dénivelés compris entre 730 et 1 200 mètres par jour. « J’ai vu David complètement épuisé sur les dernières portions. On savait que sa maladie faisait qu’il serait plus fatigué mais il a été d’une force mentale hallucinante il a tiré jusqu’au bout et je pense que c’est pour ça qu’il a autant relâché en arrivant au sommet ! Mais il a été très très fort et ç’a été la libération » avoue Vanessa Moralès. « Je ne regardais que les pieds de la personne qui marchait devant moi. Je contemplais le paysage uniquement lorsqu’on s’arrêtait. Thomas et Marc me boostaient quand ça n’allait pas. Je ne voulais pas arrêter aussi pour toutes les personnes qui m’ont soutenu. Mais le bilan tout de suite est que j’ai très mal aux jambes et que je vais souffler ! (rires) » conclut David Berty. L’équipe n’est pas restée plus de trente minutes sur le toit de l’Afrique, gelée par la fatigue et le besoin de réoxygénation des organismes. Rester au sommet plus longtemps était dangereux. David Berty et Marc Lièvremont ont d’ailleurs été pris en charge pour gagner plus d’oxygène. Le groupe a donc descendu en une journée le « Kili ».

Portés par les chants tanzaniens tout au long de leur ascension, le petit "XV de France" est revenu aux bases une fois arrivé en bas. « Le dernier jour, on a organisé un match de rugby avec les Tanzaniens. On a fait des mêlées, des touches, ils étaient hyper contents. C’était juste incroyable, ce sont des moments inoubliables, surtout que personne n’a abandonné, les quinze sont arrivés au bout » raconte fièrement Marc Lièvremont. Un film réalisé par Patrick Foch retraçant les péripéties de la bande de David Berty sortira prochainement. Un premier court-métrage apparaîtra dans les salles de Bordeaux à partir du 16 août. Dans un futur plus lointain, Vanessa Moralès a déjà prévu de s’attaquer à l’Aconcagua, le point culminant de l’Amérique du Sud. Les 6 962 mètres argentins sont un énième défi dans la carrière de l’infirmière-athlète qui titille déjà ses camarades du « Kili ». « Je ne sais pas quand je ferai l’Aconcagua, mais je le ferai. Du coup j’ai chambré les gars au départ en leur disant « j’ai besoin d’une logistique" en sachant que tout le monde n’arrivera pas à sept mille mètres. Et ils m’ont dit "bon on n’a pas le choix » en rigolant. Donc je les chambre mais pourquoi pas les embarquer avec moi en Argentine ! (rires) » annonçait la Toulousaine. Au pays des Pumas, David Berty et ses 14 coéquipiers pourraient repartir en tournée, comme à la belle époque.

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Clément LABONNE
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