Reportage - Les mille et une nuits de Tokyo

  • Reportage : les mille et une nuits de Tokyo.
    Reportage : les mille et une nuits de Tokyo. Midi Olympique - Marc Duzan
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Après un court passage dans la ville industrielle de Toyota, les Bleus ont passé leur dernière semaine dans le chaudron tokyoïte, la ville la plus dingue du continent asiatique…

Cette bafouille n’a évidemment pas la prétention d’être une analyse sociologique sérieuse de la vie quotidienne au Japon. Elle est plutôt le concentré d’impressions, de sensations et d’expériences que nous avons pu vivre dans la jungle urbaine de Tokyo, ces jours derniers. Le choc culturel, alors ? Ce doit être ça, ouais…

Et la première fois qu’on y fut confronté dans la capitale du pays, c’est en approchant du cœur de la cité, peu après avoir quitté l’aéroport de Narita et longé des banlieues qui ne finissaient plus, levé les yeux vers des tours des années 70, tristes à mourir mais dans un état de conservation parfait.

À leur sujet, on nous contait alors : « Tokyo est, avec Londres et Moscou, la capitale la plus chère au monde, en termes d’immobilier. Ces grandes tours qui longent l’autoroute, aux portes de la ville, sont les seules à connaître des tarifs acceptables. À 900 € par mois, on peut trouver un deux pièces cuisine. » Une broutille, quoi…

Le pourboire, cette horrible insulte

À Shibuya, quartier d’affaire et de fête, les néons multicolores accrochés aux buildings faisaient maintenant croire à un décor de carton-pâte ou, mieux, à celui d’un jeu vidéo.

Près d’un building haut de 200 mètres (la Shibuya Sky), une photo de l’actrice yankee Jennifer Lawrence claquait dans la nuit, rappelant à la survitaminée tokyoïte que l’Occident n’est jamais aussi loin qu’elle ne le croit. Ici et là, dans des salles de jeux gigantesques, des hommes et des femmes, un casque sur les oreilles et une clope au bec, butaient des monstres de foire avec des pistolets en plastique, tentaient de reproduire un riff d’Iron Maiden avec une guitare de fête foraine, quand un groupe de jeunes filles dansaient, totalement « beurrées », face à un coach virtuel leur intimant de lever le bras au ciel, décaler la jambe droite et que sais-je encore.

Dans les artères de la capitale nippone.
Dans les artères de la capitale nippone. Midi Olympique - Marc Duzan

Au cœur du quartier, dans une gargote de bois, on se laissait tenter par un whisky du coin sur les conseil du serveur, un grand type au sourire débonnaire portant un drôle de chapeau fleuri. Histoire de le remercier pour ses bons tuyaux à propos de la liqueur locale, on laissait sur le comptoir un pourboire équivalent à 2 € et aussi sec, on sortait de l’établissement. Cent mètres plus loin, quelqu’un nous tapait sur l’épaule.

On se retournait et reconnaissait aussitôt le serveur au chapeau, visiblement essoufflé par un long sprint : « Vous avez oublié votre argent, monsieur ! » On répondait, surpris : « Mais c’est pour vous, monsieur ! C’est un pourboire ! » Interloqué, il mit poliment fin à la conversation, nous plaçant de force les pièces dans la main droite. « J’ai un salaire, je ne peux accepter », lâchait-il donc, avant de retourner dans son « izakaya » qui sentait le tabac froid.

À quatre plombes du mat’, Shibuya était, elle, toujours traversée par des milliers de badauds, des noceurs, des paumés ou des journalistes flingués par le décalage horaire. Pour tout dire, il semblait alors que cette ville ne s’endormirait jamais et que demain, aux mêmes heures, d’autres gens remplaceraient simplement ceux-ci, noyant dans des flots de saké les quinze heures passées le cul derrière un bureau et, semble-t-il, sous la menace constante d’un petit caporal.

Toujours est-il qu’une énergie folle, irréelle, se dégageait de ce morceau d’Asie, dont on ne savait alors vraiment s’il ressemblait plus au paradis ou à l’enfer…

Les dingueries du Tokyo Underground

On peut facilement, si l’on est trop cramponné à ses certitudes occidentales, s’étonner toutes les dix minutes au Japon. Yugo Tamaka, un sexagénaire rencontré là-bas et parlant couramment le français pour avoir vécu deux ans à Mâcon dans les années 80, nous expliqua un jour, mi-amusé, mi-gêné, que les femmes d’affaire du pays ont la possibilité, à Tokyo, de louer les services d’un jeune homme pour quelques heures, histoire d’oublier le train-train et leurs collègues.

Vous prendrez bien une peluche ?
Vous prendrez bien une peluche ? Midi Olympique - Marc Duzan

Le site « Soine-ya Prime » propose ainsi aux jeunes femmes de la capitale de louer un gonze pour « dormir dans ses bras », « lui faire faire le ménage », « le faire cuisiner » ou tout simplement « pour un dîner aux chandelles ». Les tarifs vous intéressent ? On parle de 310 € pour huit heures dans ses bras, de 420 € pour un dîner et pour les plus cheloues d’entres elles, ce sera 650 € l’excursion à Disney Tokyo, où le gigolo ne manquera pas une occasion de grimper sur les montagnes russes et jouer les preux chevaliers.

Puisqu’on vous voit venir, on parle ici de « bonne compagnie purement platonique », les bisous, la nudité et le sexe étant formellement prohibés par « Soine-ya Prime ». Ça vous en bouche en coin, hein ? Et ce n’est pas fini…

Tokyo, de nuit.
Tokyo, de nuit. Midi Olympique - Marc Duzan

Au fur et à mesure de nos déambulations dans le Tokyo « underground », on apprit aussi mercredi soir, à une table du Conrad Hotel où pionçaient les Bleus, qu’un autre concept était en train de fleurir dans la mégalopole et, après vérification, on constata donc que le Mitsui Garden Yotsuya, un trois étoiles du centre ville, a récemment décidé d’offrir la possibilité aux femmes du Japon, après la pandémie que l’on sait, de pouvoir déverser leur chagrin dans une chambre spécialement dédiée à cela et que les Nippons ont joliment dénommée « le cocon pour pleurer », censé aider « les femmes à surmonter leurs problèmes sentimentaux et à pleurer pour évacuer le stress », dit la brochure.

Au sein dudit cocon, et pour 80 € la journée, les Japonaises ont le choix entre divers pleurnicheries, de Forrest Gump à cet inoubliable long métrage retraçant l’amour entre un homme et une femme frappée d’Alzheimer ou encore ce chef d’œuvre sud-coréen contant le périple d’un chien prêt à tout pour retrouver son maître, coincé dans une clinique de Séoul après un foutu AVC.

Tokyo est dingue, belle, attachante, excentrique, tout à la fois galvanisante et énergivore. Mais elle peut aussi s’avérer à ce point addictive qu’elle peut devenir, pour les moins costauds d’entre nous, salement dangereuse…

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