Test match - XV de France : peu importe pour une fois la manière

  • Thibaud Flament et les Français ont eu du mal à venir à bout des Japonais.
    Thibaud Flament et les Français ont eu du mal à venir à bout des Japonais. Icon Sport
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Dominés, maladroits et globalement méconnaissables, les Tricolores ont connu samedi toutes les peines du monde à vaincre la dixième nation mondiale. Est-on devenu trop exigeant, avec ces Bleus ?

Les faits sont là, incontournables et souverains : en battant les Japonais pour la deuxième fois d’affilée, le XV de France a remporté sa dixième victoire consécutive, égalé le record de 1937 et terminé sa saison invaincu. Le contenu de ce deuxième test, lui, reste en revanche bien plus problématique, tant les coéquipiers de Charles Ollivon, dominés pendant plus d’une heure, ont semblé marcher à côté de leurs pompes à Tokyo.

À qui la faute, au juste ? À la lassitude accumulée au fil d’une saison débutée dix mois plus tôt et longue comme le pont du Clémenceau ? Au fait que cette équipe de France, privée de ses joueurs "premium" au Japon, manquait de repères et peut-être aussi de talent ? Il y a forcément un peu de tout ça, dans la dernière performance des Bleus en Asie…

Mais pour expliquer le brouillon rendu par les Tricolores, il faut aussi rendre à César ce qui lui appartient et souligner l’épatant changement stratégique opéré en huit jours par ces Nippons qui aurait pu (aurait dû ?) offrir à la sélection japonaise un premier succès historique face au XV de France.

Après la rencontre, le flanker Ibrahim Diallo disait ceci : « Le Japon a totalement changé son plan de jeu et ce fut pour nous une vraie surprise. Au match aller, ils avaient relancé tous les ballons et s’étaient rapidement fatigués en jouant tout à la main. À Tokyo, ils ont à contrario beaucoup tapé au pied et sincèrement, on a parfois eu l’impression d’avoir face à nous une sorte de miroir… »

Et vu que ces Brave Blossoms relookés à l’européenne avaient néanmoins conservé quelques qualités dans l’art de la relance ou du jeu de ligne, le XV de France se fit trouer à maintes reprises, dominé qu’il fût sur les impacts, par instants dépassé par le jeu de passes spectaculaire et concrétisé au National Stadium par les deux essais de l’arrière Ryohei Yamanaka.

« Nous avions retenu les leçons du match aller, confiait samedi soir le talonneur et capitaine de l’équipe, Atsushi Sakate. Sur ce deuxième test, nous avons donc fait évoluer notre jeu mais à Tokyo, nous avons aussi voulu rendre hommage à Shinzo Abe. » 

Assassiné vendredi matin pour des raisons encore bien troubles, l’ancien Premier ministre japonais était en effet un grand défenseur du rugby nippon et fut à n’en pas douter l’un des artisans du succès de la dernière Coupe du monde, en 2019…

En l’honneur de Shinzo Abe

Que les Nippons aient pu compter samedi sur un supplément d’âme et le flair de leur sélectionneur (Jamie Joseph) ne fait aujourd’hui aucun doute. Mais franchement ? Où étaient donc passés les Tricolores sûrs de leur fait du match de Toyota ? Comment expliquer que Maxime Lucu ait été à ce point en souffrance, quand Peato Mauvaka se montra fort maladroit, Dylan Cretin globalement absent et Thomas Jolmes à court de souffle au bout d’à peine un quart d’heure ?

Toujours est-il que si Fabien Galthié et son staff n’avaient pas pris la décision de précipiter l’entrée en jeu de leur banc de touche, le XV de France ne serait pas sorti indemne de ce deuxième test. Si Baptiste Couilloud, percutant au National Stadium, si Dany Priso et Sipili Falatea, solides et plus encore en mêlée fermée, ou si Thomas Lavault, donnant une assurance nouvelle à un alignement jusqu’ici chahuté, n’avaient pas eu le rendement que l’on sait, le rugby japonais aurait sabré le champagne et le XV de France ne serait plus sur le podium du classement World Rugby…

Mais qui se soucie de nos hypothèses, après tout ? Dans les couloirs du National Stadium de Tokyo, le Rochelais Thomas Lavault disait d’ailleurs fort justement : « Peu importe l’équipe et peu importe la manière, le travail a été fait. C’est un des pires matches du XV de France au niveau du contenu mais le résultat est là. »

À l’heure des comptes, il est évidemment impossible de donner tort au récent champion d’Europe et depuis le mois de novembre, ce XV de France nous a fait vivre tant d’émotions, souvent intenses et parfois inoubliables, que l’on serait aujourd’hui fort ingrat de chercher des poux dans la tête de cette génération nous ayant fait oublier dix ans de misères et autant d’humiliations.

En tout état de cause, l’équipe de France a vaincu là où l’Irlande et l’Ecosse s’étaient fait récemment tordre le cou et si la sortie de scène ne fut pas aussi réussie qu’on l’aurait souhaitée, la mission japonaise est bel et bien réussie : « L’objectif, disait Fabien Galthié samedi soir, c’était de remporter les trois matchs, celui avec les Barbarians britanniques face à l’Angleterre et les deux au Japon. Il a été atteint, voilà tout. »

Lebel, Lavault, Flament ont marqué des points

Qu’on le veuille ou non, l’été des Bleus n’a donc pas été vain. Au fil de ces trois rencontres, le sélectionneur et ses adjoints ont pu constater que Yoan Tanga-Mangene, que l’on prenait uniquement jusqu’ici comme un « bon joueur de club », était une doublure crédible à Grégory Alldritt au poste de numéro 8.

Thibaud Flament, hyperactif en défense et précieux balle en mains, a indéniablement pris une autre dimension au fil de ces deux derniers matchs internationaux. Yoram Moefana, le grand bonhomme du Toyota Stadium, a quasiment validé son billet pour le Mondial à un poste où il partait pourtant de très loin.

Thomas Lavault ? Jusqu’ici « mister nobody » ou presque, il a clairement escaladé la hiérarchie en deuxième ligne quand Matthis Lebel, auteur de deux essais au fil du mois de juillet, a enfin confirmé tout le bien que l’on pensait de lui en Top 14. D’autres, tels Nolann Le Garrec ou Mathis Perchaud, ont tapé dans l’œil du staff des Bleus à l’entraînement et connaîtront bientôt leurs premières caps, peut-être même dès l’hiver prochain.

Mais le Japon a aussi fait quelques victimes et, passé ce dernier test, on imagine mal comment Thomas Jolmes, surnommé « le Lion » par les supporters japonais, pourrait un jour contester la toute puissance de Paul Willemse et Romain Taofifenua. À la prochaine ou sayonara ? *

* au revoir en japonais

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