XV de France - Charles Ollivon, Virimi Vakatawa : décrochés, ces deux cadres ?

  • Charles OLLIVON and Virimi VATAKAWA étaient de retour lors de cette tournée au Japon
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Analyse - Alors que cette tournée au Japon avait été pensée en premier lieu comme « un incubateur de jeunes talents » selon le mot de Fabien Galthié, celle-ci était néanmoins marquée par les retours de blessure de cadres emblématiques du début de mandat, à l’image du capitaine Charles Ollivon ou du trois-quarts centre Virimi Vakatawa. Et si ces deux matchs ont eu le mérite de leur remettre le pied à l’étrier en bleu, force est de constater que leurs performances ne permettent pas pour l’heure de renverser l’ordre établi lors du dernier Grand Chelem. De quoi susciter quelques craintes quant à leur avenir ? Éléments de réponse, ici…

Ollivon, statut déboulonné

On a eu l’occasion de revenir maintes fois sur ce sujet dans ces mêmes colonnes : si Charles Ollivon avait été nommé capitaine du XV de France au début de l’ère Galthié, il ne s’agissait en aucun cas d’un hasard. Propulsé « adjoint comme les autres » aux côtés de Jacques Brunel pour préparer la Coupe du monde au Japon, le futur sélectionneur avait été marqué par l’abnégation et la résilience du Toulonnais, tout juste revenu de sa très grave blessure à l’épaule, capable de passer en quelques semaines de préparation du statut de réserviste à celui de titulaire. « Pour moi, le Japon, c’est un super souvenir, rappelait en milieu de semaine le capitaine des Bleus. En 2019, je revenais d’une blessure et, quelques semaines après, j’étais ici au Japon pour la Coupe du monde. Il y a un peu un parallèle pour moi lors de cette tournée. Ça rappelle beaucoup de bonheur et de bons souvenirs. Quand j’ai eu la chance d’être appelé par le staff, j’étais très heureux. Il y a beaucoup de choses qui sont remontées en moi. »

Une trajectoire qui épousait alors parfaitement celle dont Galthié rêvait symboliquement pour son XV de France, le charisme et le leadership naturel d’Ollivon faisant de lui le capitaine idéal pour entamer le mandat du nouveau sélectionneur. Les performances stratosphériques du Basque sur le terrain (au point de terminer meilleur marqueur d’essais du Tournoi 2 020) achevant de convaincre tout le monde de sa légitimité dans ce rôle si important…

Plus au-dessus de la concurrence

Las, une rupture des ligaments croisés survenue au mois de juin 2021 à Castres a fichu en l’air ce bel équilibre. En clair, au nom de ce vieux principe qui veut que les absents aient toujours tort, le Basque a pratiquement tout perdu pendant sa convalescence. D’abord, sa place en troisième ligne, Anthony Jelonch s’installant avec d’autant plus d’aplomb sous le numéro 7 qu’il obligea le staff à imaginer des solutions insoupçonnées (comme Woki en deuxième ligne) pour conserver un équilibre au pack tout en le conservant comme titulaire. Mais aussi son statut de capitaine, qu’Antoine Dupont fit bien plus qu’assumer puisque sous sa conduite, le XV de France réussit l’exploit de battre les Blacks en novembre puis de décrocher le grand chelem dans la foulée. Justifiant au travers de cette responsabilité, de par son influence auprès des arbitres, son statut de meilleur joueur du monde…

Seulement, en sport et en rugby en particulier, la roue du destin n’en finit jamais de tourner. C’est ainsi qu’après une saison internationale passée loin des terrains, Ollivon eut l’occasion de surfer à la fois sur son retour convaincant avec le RCT (lequel a coïncidé avec la bonne dynamique de fin de saison des Varois) ainsi que sur l’absence des cadres « premiums » et des finalistes, pour effectuer son retour par la grande porte. Lequel fut assorti (comme prévu ou presque) du rôle de capitaine, d’abord pour diriger les Barbarians britanniques puis les Bleus au Japon.

Laporte, une petite phrase lourde de sens

Une fonction dans laquelle l’enfant de Saint-Pée a encore joué son rôle à la perfection samedi, en effectuant les bons choix stratégiques (à l’image de cette pénalité tentée pour recoller à 13-15 à l’heure de jeu) ou en pesant sur les décisions de l’arbitre, à l’image de l’essai refusé aux Japonais à cinq minutes du terme. « Sur l’action, j’entends très vite les mecs autour de moi dire « En-avant ! », racontait-il. Je redemande donc à l’arbitre de vérifier… ». Une influence dans le lobbying mais aussi dans la stratégie puisque, chargé des annonces en touche, Ollivon a largement contribué au quasi carton plein des Bleus (un seul ballon perdu en deux matchs pour plus de 30 gagnés). Reste qu’un rôle de rugbyman ne se cantonne pas au leadership, et c’est précisément là où le bât blesse…

Car si Ollivon a réalisé au Japon deux performances sans déchet majeur, il n’a jamais non plus donné l’impression d’avoir retrouvé le niveau qui était le sien voilà deux ans. Pas suffisamment, en tout cas, pour remettre en cause l’ordre établi durant les huit derniers matchs, où la triplette Cros-Alldritt- Jelonch avait répondu à toutes les attentes. De quoi questionner sa légitimité dans le XV de départ ? Sauf en cas de blessure ou d’autres circonstances extra-sportives, on peut a minima le craindre pour lui. D’autant qu’au sujet du capitanat, Bernard Laporte avait tenu un discours sans ambiguïté à la fin du dernier Tournoi dans nos colonnes : « Le patron de cette équipe, c’est Dupont » avait tranché le président de la FFR. Une question à laquelle Fabien Galthié devra lui aussi répondre à son tour avant l’automne, dernier virage avant la ligne droite qui mènera à la Coupe du monde…

Virimi va ramer

Ce n’est pas sans raison si le sélectionneur Fabien Galthié et son adjoint en charge de l’attaque, Laurent Labit, présentent une affection particulière pour Virimi Vakatawa. Parce que le garçon est charmant, en premier lieu. Mais surtout parce qu’ils furent à l’origine de sa véritable éclosion au niveau international, lors de la dernière Coupe du monde au Japon. Rappelez-vous : lorsqu’il s’agit de remplacer Geoffrey Doumayrou en pleine préparation de du Mondial 2019, ce sont bien ceux qui officiaient alors comme « simples consultants » de Jacques Brunel qui firent comprendre à leur ancien entraîneur à Colomiers que la personne idoine demeurait le Racingman, jusqu’alors quelque peu boudé par Brunel au nom de présumées carences en défense. On connaît par cœur la suite, qui vit "Viri" former avec Gaël Fickou une paire de centres exceptionnelle au pays du Soleil-Levant, laquelle devint même aux yeux de nombre d’observateurs une référence mondiale.

Las, cette embellie ne dura qu’un temps, qui se perdit à la confluence des années 2020-2021. Le centre du Racing 92 ayant vu son état de forme se dégrader symétriquement à son degré de confiance depuis le mois de janvier 2021, entre sa boulette dans l’en-but face au RCT de Villière, les vieux restes d’une blessure à un genou, les résidus d’une fracture aux côtes et quelques kilos superflus qui ne lui ont plus jamais permis d’enchaîner dans le Tournoi avec les Bleus. Ajoutez à cela qu’en raison de la pandémie de covid, Vakatawa fut éloigné de sa famille aux Fidji depuis près de deux ans, et vous comprendrez un peu mieux pourquoi le pauvre Virimi a indéniablement traîné la patte et broyé du noir, perdant progressivement de son niveau et de son statut. Tout ce que cette tournée au Japon, sur les terrains de ses anciens exploits, visait à lui faire retrouver…

Labit : "On attend plus et mieux de lui"

Reste qu’après ces deux tests joués au Japon, les doutes ne sont pas loués, loin s’en faut. Chargé du rôle de capitaine de défense en l’absence de Gaël Fickou, Vakatawa a fait tant bien que mal son job, même si certaines errances collectives en bout de ligne auraient pu être évitées par une meilleure communication. Une présence qui s’est aussi retrouvée en attaque, les regards des défenseurs étant naturellement attirées par Vakatawa sur ses courses en leurre ou avec le ballon, qui lui permirent d’ouvrir directement ou indirectement des espaces à ses partenaires. On en veut pour preuve ces deux passes décisives qu’il délivra à ses ailiers Penaud et Lebel en autant de tests, la dernière à Tokyo portant le sceau d’un doigté et d’une magie toujours intacts. « Virimi est quelqu’un d’important pour nous, mais aussi pour les joueurs autour de lui, notamment pour Yoram Moefana qui s’appuie beaucoup sur lui, argumentait avant le match l’entraîneur de l’attaque Laurent Labit. Il le met en confiance et il l’aide aussi, en plus de sa qualité de joueur. Il nous amène aussi de la confiance de par son expérience et de par tout ce qu’il dégage à notre jeune équipe et de ce point de vue, il a répondu à nos attentes. Même s’il est bien sûr qu’à titre individuel, on attend de Virimi qu’il fasse encore plus et mieux… »

Comparaison cruelle avec Moefana

Un mieux qui demeure, selon le vieux proverbe, l’ennemi du bien. Car sans vouloir offenser l’intéressé, ce que l’entraîneur comme le quidam attendent en premier lieu de Virimi Vakatawa n’est pas qu’il parle à ses partenaires pour les rassurer, mais bien qu’il constitue le facteur X de l’attaque tricolore, capable de fixer tout aussi bien que de franchir ou de jouer après contact. Tout ce à quoi le Racingman s’est attelé sans vraiment de réussite lors du deuxième test, à l’image de cette passe corisée manquée avec Penaud ou de ces petits par-dessus tentés comme en désespoir de cause, mais toujours bien couverts par le demi de mêlée japonais…

Un manque de réussite qui a tranché, pour tout dire, avec celle de son alter ego Yoram Moefana, percutant, renversant et juste ce qu’il faut de « chattard » pour incarner l’homme en forme du moment au centre du terrain, dans une comparaison un brin cruelle. Alors, sachant que le Girondin représente plus que jamais l’avenir du haut de ses 21 ans et que sont demeurés au pays autant de cadres comme Gaël Fickou, Jonathan Danty ou Arthur Vincent, faut-il craindre pour le tout frais trentenaire que le train de la Coupe du monde 2023 vienne de passer devant lui ? Pour tout dire, si l’on n’était pas convaincu du talent hors-normes du bonhomme, on n’aurait pas hésité à l’écrire. En lui souhaitant qu’à l’avenir, Vakatawa nous fera mentir… 

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