XV de France - Peato Mauvaka : « Ce n’est pas une raison pour se voir plus beau que tout le monde »

  • Peato Mauvaka revient sur le grand chelem, sur ce qui a changé depuis un an et sur les défis à venir.
    Peato Mauvaka revient sur le grand chelem, sur ce qui a changé depuis un an et sur les défis à venir. Icon Sport
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Le talonneur toulousain du XV de France, qui a pris part aux dix matchs des Bleus cette saison, revient sur le grand chelem, sur ce qui a changé depuis un an et sur les défis à venir.

Dans quel état êtes-vous à l’heure de clore cet exercice 2021-2022 ?

Ce fut une longue saison. Comme je n’ai pas été blessé de l’année, je touche du bois d’ailleurs, je n’ai pas arrêté. Entre tous les matchs en club et les sélections, j’ai beaucoup joué, presque tout le temps. Cette dernière rencontre a été dure. En plus, l’opposition n’avait rien à voir avec la semaine passée. Les Japonais étaient bien plus costauds, bien plus en place et ils n’ont rien lâché.

Une petite devinette pour vous : savez-vous quelle est la particularité que vous partagez avec un autre joueur, au sein de ce groupe ?

Non, je ne vois pas.

Vous êtes avec Jean-Baptiste Gros, les deux seuls à avoir disputé les dix tests-matchs de l’équipe de France cette saison…

Ah ouais ? Eh bien je suis content de l’apprendre. Je me rends compte de ma chance. On m’a fait confiance à chaque fois.

Quelle valeur a, à vos yeux, le sans-faute des Bleus sur la saison : dix matchs, dix victoires ?

Ce n’est pas rien. Je crois que l’on a battu le record…

Il est égalé pour l’heure…

Oui. Il remonte à longtemps, non ?

Aux années 30…

Ah, oui ça fait un moment. C’est énorme. J’espère désormais que l’on va poursuivre la série et établir le nouveau record lors du prochain match face à l’Australie.

Qu’est-ce qui pourrait vous arrêter ?

Il ne faut pas commencer à se voir plus beau que tout le monde parce que l’on a gagné dix matchs de suite. N’oublions pas que ça s’est parfois joué sur rien, une action, un ballon tombé… Ça tourne en notre faveur ces derniers temps mais ça ne sera pas tout le temps comme ça non plus, il faut le garder à l’esprit.

En quoi le XV de France a-t-il changé par rapport au début de la saison ?

À force de victoires, nous avons gagné en confiance. Et en vécu, aussi, comme l’équipe n’a pas trop tourné sur la majeure partie de la saison. On commence à bien se connaître, en sachant qu’il y a aussi le fait que l’on soit nombreux à venir du même club (Toulouse). Sur le terrain, on arrive désormais à mieux gérer les fins de match. Avant, il y avait la volonté de trop bien faire et un trop-plein d’envie parfois, du coup on perdait en lucidité sur les moments clés, on commettait des erreurs… Maintenant, ça tourne pour nous. C’est le travail de l’équipe mais encore plus celui du staff qui est récompensé. Chaque membre de l’encadrement a sa part dans nos victoires, c’est grâce à eux que l’on performe. Même si nous sommes sur le terrain, tout part du staff.

Quel a été le moment le plus fort de cette année en Bleu ?

Le match contre la Nouvelle-Zélande. C’était un match particulier pour moi. Je le mettrai en première position et de loin. Et ce soir-là, tout était réuni : le jeu, l’ambiance. On a envie de revivre ces moments-là.

Quelle a été la victoire la plus dure à obtenir ?

Celle-là. Je ne veux pas mettre la faute sur la fatigue mais tout a été dur. Il y a eu beaucoup d’erreurs et il a fallu tout donner pour revenir et s’imposer. Le match au pays de Galles aussi avait été acharné. Mais ces deux rencontres n’ont rien à voir : à Cardiff, c’était dur mais nous étions en confiance. C’était de la bonne confiance. On était sûrs de nous. On avait cette obsession de la victoire qui fait que l’on avait tout donné pour arracher le succès. On ne pouvait pas perdre.

Cette année a été importante et accomplie sur le plan collectif. Elle vous aura aussi fait changer et grandir, sur un plan individuel, avec dix matchs et cinq essais en sélection. Comment l’analysez-vous ?

C’est sûr que les trois matchs de la tournée d’automne m’ont fait "switcher" un peu. Je ne veux pas prendre trop de confiance mais ça m’a permis de monter en régime. On attendait plus de moi après ça. Et j’ai dû élever mon niveau, même en club. J’ai fait une année complète. Je suis content de ma saison et j’espère que je ferai mieux encore lors de la prochaine. Bon, enfin là, je suis en vacances (rire).

Le mot fait grincer des dents mais on a l’impression que vous avez changé de statut…

Disons que je sens que le staff me fait confiance. J’ai mis du temps à gagner ça. Pour un joueur, c’est très important d’avoir ce ressenti. Même si encore une fois, je veux encore repousser mes limites.

Quels sont vos axes de progression ?

Dans chaque domaine, il y a matière à s’améliorer. Si je prends ce match, je loupe deux passes alors que j’aurais dû garder le ballon. Quand tu es en pic de confiance, tu as envie de tenter la passe de plus, de montrer que tu sais le faire alors qu’il ne faudrait pas. Il faut que je travaille sur cette justesse. Mon point fort, c’est de jouer le ballon et vu que la semaine d’avant, je n’avais pas eu beaucoup d’actions, je voulais montrer que je savais faire. Donc, ça m’a amené à faire de mauvais choix. Il faut que je règle ça, c’est mon plus gros défaut.

De l’extérieur, on a l’impression que l’une des réussites de votre saison tient dans la manière dont vous gérez votre cohabitation avec Julien Marchand. Ce qui pourrait être un problème devient presque une force…

Nous avons une concurrence saine, on le dit souvent et c’est vrai. Je ne pense pas que dans d’autres clubs, avec d’autres joueurs, ça se passerait comme ça. Je suis compétiteur, Julien aussi. Mais on s’entend bien, on se voit souvent en club et en dehors. C’est une force, oui.

Ce fonctionnement de numéro 1 et numéro 1 bis peut donc perdurer, à vos yeux ?

En club, ça tourne un match sur deux. Après, quand il y a des matchs importants, que ce soit lui ou moi, il y en a un qui est un peu déçu… Mais on essaye de vite basculer. Il ne faut pas montrer une once de faiblesse dans l’intérêt de l’équipe.

Revenons-en aux Bleus. Tout ce que vous avez accompli cette année doit donner encore plus de consistance à votre rêve de titre mondial, non ?

On y pense. À force de gagner, on a envie de vite arriver à la Coupe du monde pour voir ce que l’on pourrait donner sur le plus grand des tournois qui existe. Mais il faut y aller marche après marche et garder la tête froide.

Quelle valeur aurait une place de numéro 1 au classement mondial (l’interview a été réalisée avant Afrique du Sud - Galles) ?

Ça compterait beaucoup. Pour nous, nos familles et le rugby français. Ce serait fort de placer la France tout en haut. J’espère que l’on y arrivera. On en a parlé tout à l’heure, ce serait la première fois et ça serait énorme.

En novembre, il y a ce duel qui se profile face aux Boks, champions du monde en titre…

On y pense déjà. Ça va être un nouveau grand défi. Mais on verra ça après les vacances. Il faut avant tout bien profiter et se ressourcer afin de pouvoir repartir de l’avant en septembre.

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