Dupont ouvre le défilé du 14 juillet

  • Antoine Dupont. Antoine Dupont.
    Antoine Dupont. Michel Jouary et Alexis Piot. - Michel Jouary et Alexis Piot.
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Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est le capitaine du XV de France, Antoine Dupont, qui a ouvert jeudi matin le défilé du 14 juillet, au sein de la mythique Patrouille de France. Impressions…

Le vent a tourné, ces dernières semaines. Et si avant de devenir chelemard, le meilleur joueur du monde n’était finalement dans la capitale qu’un homme parmi d’autres, il doit désormais doubler le temps de parcours, lorsqu’il sillonne les rues parisiennes

« À Toulouse, nous disait-il cette semaine, je me suis habitué à être reconnu et sollicité. Ce qui a changé depuis le grand chelem, c’est que désormais les gens me reconnaissent aussi dans les rues de Paris. Beaucoup de ces personnes, qui ne suivent pas nécessairement le championnat, regardent en revanche le Tournoi des 6 Nations. Nos bons résultats ont donné un coup de pouce au rugby et vu que nous, joueurs, sommes au milieu du terrain, on a pris la lumière ». Et lui plus qu’aucun autre, sans nul doute. « J’ai du mal à dire non à des gens pour des photos, confiait-il récemment à nos confrères du Parisien.

Surtout avec les enfants, car j’ai été dans leur situation. […] Il m’arrive aussi d’être pris en photo de loin et dans ces cas-là, je préfère aller lui dire : « Mec, vaut mieux me demander que de me photographier par derrière en te cachant, je ne vais pas te dire non ». C’est plus sain, je trouve ». Super Dupont n’en dira rien mais il doit parfois souffrir de voir ainsi sa vie tomber dans le domaine public. Le risque, après tout, serait un jour de glisser vers la « Michalakmania » qui avait brûlé l’ancien ouvreur des Bleus à ses débuts, cette frénésie qui le poussa, un jour où ce maudit portable ne cessait de sonner, à jeter l’objet dans la Garonne puis se mettre au frais quelque temps.

« La peur n’est pas d’être sur-sollicité, poursuit Dupont, c’est que cela nuise un jour à mes performances. J’essaie donc de faire juste les choses essentielles. Et puis, le club, le service comm’du XV de France et l’agence Bros Agency, qui gère mon image, trient aussi les demandes. L’idée, c’est que je n’aie jamais ce genre de choses à gérer au quotidien. Avec les échéances qui arrivent, mon temps est compté et je ne veux pas m’engager, non plus, dans des trucs dénués de sens ».
 

Dupont : « Enfant, je n’aurais pu imaginer vivre une telle expérience »

Surexposé ou pas, Antoine Dupont occupe bel et bien aujourd’hui un espace médiatique largement déserté par les rugbymen, depuis la retraite du barbu de Berjallie. Qu’on le veuille ou non, le rugby hexagonal se doit d’être incarné par une tronche, une gueule et à ce titre, le meilleur joueur du monde, de surcroît capitaine du XV de France, colle idéalement à la définition et a décidé d’embrasser la mission, jusqu’ici officieuse, d’ambassadeur du rugby français. Jeudi matin, le capitaine tricolore survolait donc le défilé du 14 juillet à bord d’un Alpha Jet de la Patrouille de France, qui ouvre tous les ans cette grande parade où la République expose aux yeux du monde la puissance de son armée.

« La Patrouille de France, poursuit Dupont, c’est quelque chose de légendaire à mes yeux. Alors, le jour où un ami qui connaissait certaines personnes de l’armée de l’air m’a demandé si ça pouvait me brancher de voler avec elle, j’ai dit oui tout de suite. Et puis, ce défilé est un symbole fort de notre nation, de notre armée, de la France dans son ensemble. Avoir pu les rejoindre sur un tel évènement fut un immense honneur ».

À la base aérienne 107 de Villacoublay, d’où il décolla, Antoine Dupont marquait une pause et reprenait : « Enfant, jamais je n’aurais pu m’imaginer vivre un jour une telle expérience. On parle souvent des inconvénients de la notoriété mais elle donne aussi accès à des choses assez incroyables… »
 

250 mètres d’altitude, 800 km/h en moyenne

En coulisses, on dit souvent d’Antoine Dupont qu’il a, si vous voulez bien nous accorder ce trait de vulgarité, des « c… en plomb ». À la tête des Bleus, le demi de mêlée du Stade toulousain a ainsi fait tomber des places où le XV de France ne gagnait plus depuis dix ans (Cardiff, Dublin…), renversé des All Blacks que l’on pensait injouables et contribué à « réveiller un géant endormi », pour reprendre le lexique du sélectionneur national. Et malgré tout ? « J’avais pas mal d’appréhension avant ce vol parce que c’était pour moi un saut dans l’inconnu. Je ne savais pas à quoi attendre alors la veille, j’ai regardé plusieurs vidéos sur le net. J’ai pensé : « Ah ouai… Ils passent quand même super près de la Tour Eiffel ! » Puis je me suis dit que cette occasion ne se présenterait qu’une fois dans ma vie et j’ai foncé ».

À 250 mètres d’altitude, à une vitesse comprise entre 600 et 800 km/h et positionné à 2 mètres de l’avion voisin, Antoine Dupont a vu Paris d’en-haut et découvert le monde des pilotes de chasse, ces drôles de mecs qui, lors du briefing précédant chacune de leurs sorties, se livrent, assis dans une salle et les yeux fermés, à une répétition complète du voyage, mécanisant ainsi chaque mouvement du vol, calculant latitude et longitude au centimètre près, la moindre erreur d’appréciation étant ici fatale.

« En équipe de France, reprenait le joueur jeudi matin, il nous est arrivé de côtoyer des militaires, qu’ils soient légionnaires ou membres du GIGN (le groupe d’intervention de la gendarmerie, N.D.L.R.) et ces échanges m’ont toujours beaucoup marqué. Au rugby, on prône certaines valeurs sur le terrain mais finalement, ce n’est qu’un sport, qu’un jeu. Eux, quand ils évoquent ces mêmes vertus, quand ils parlent de courage et de combat, c’est une question de vie ou de mort. Les enjeux dont ils parlent ne sont pas négociables ».
 

Dupont : « Je ne pouvais même pas bouger le bras »

La veille du grand départ vers les Champs Elysées, Antoine Dupont, vêtu de la combinaison « anti G » permettant d’irriguer le cerveau et d’éviter ainsi aux pilotes le syndrôme du « voile noir », avait testé l’appareil en conditions réelles et fut donc familiarisé une heure durant, soit de l’aérodrome de Cazaux (Gironde) jusqu’à la base aérienne 107 de Villacoublay (Yvelines), au quotidien de ces aviateurs soumis en l’air à des pressions colossales, des forces telles qu’elles multiplient le poids du corps par sept et rendent le moindre mouvement difficile, pour ne pas dire totalement impossible. Pour rappel, un pilote de la Patrouille de France perd entre 2 et 3 kg par vol.

« Le premier jour, nous concluait Antoine Dupont, on a survolé le bassin d’Arcachon et le pilote a fait quelques loopings et plusieurs figures (des « tonneaux barriqués », des trajectoires en tire-bouchon, N.DL.R.), au-dessus de l’eau. Là, je lui ai demandé de calmer un peu parce que je commençais à avoir mal aux tripes. Et puis, à 7 G de pression, je ne pouvais même pas bouger le bras tellement il était lourd… »

Mais si ce premier vol lui valut tout autant d’émotions qu’une pré-saison estivale, les tourments initiaux furent rapidement balayés, le lendemain, par des images inoubliables, d’autres souvenirs en Bleu, Blanc, Rouge…

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