Bru : « J’avais la sensation d’avoir fait le tour »

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    Yannick Bru. Icon Sport - Icon Sport
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Après avoir honoré sa promesse en permettant à l’Aviron bayonnais de retrouver l’élite, Yannick Bru a décidé de prendre un peu de recul avant de s’envoler vers une nouvelle expérience à l’étranger. Au mois d’août, l’ancien talonneur prendra la direction de Durban pour entraîner les Sharks.

Tout d’abord, comment allez-vous depuis le titre de champion de France avec Bayonne ?

Franchement ça va plutôt très bien ! Il y a eu pas mal de moments de partage, de fête et d’amitié avec l’ensemble du staff et des joueurs. On a quand même bien profité et maintenant je suis dans une période de repos que j’avais souhaité parce que c’est vrai qu’en me retournant un petit peu, cela fait quatorze ans que j’entraîne non-stop et je ressentais vraiment le besoin de souffler et me régénérer avant de démarrer une autre aventure.

Que retenez-vous de ces quatre saisons en terre bayonnaise ?

C’était une aventure formidable dans un club en plein développement avec beaucoup de jeunes joueurs formés au club. J’ai été plongé dans un challenge différent de ce que j’avais connu jusqu’à présent et j’ai beaucoup appris. On a eu pas mal de grandes joies, quelques grosses peines aussi mais bon cela fait partie de l’expérience. En tout cas j’en tire beaucoup de positif.

Bru : « J’avais la sensation d’avoir fait le tour »
Bru : « J’avais la sensation d’avoir fait le tour » Icon Sport - Icon Sport

C’était important pour vous de faire remonter le club en Top 14 ?

D’abord c’était le pacte que nous nous étions fixé avec l’équipe et l’ensemble du staff. Nous étions bien conscients d’avoir commis une grosse faute sur le dernier mois de la saison précédente qui a été cauchemardesque puisque nous avons connu l’issue que l’on connaît malgré dix victoires et quarante-six points au compteur. Cela a été un traumatisme violent. Affectivement parlant cela a été l’une de mes plus grosses douleurs d’entraîneur. Rien n’effacera ce que l’on a vécu c’est certain mais c’était une forme de réparation que de remettre le club directement en Top 14. Nous sommes donc apaisés d’avoir réparé ça.

Comment s’est passé votre départ ?

Quatre ans dans un club en plein développement dans lequel nous avons été souvent à la débrouille dans des conditions d’entraînement très en dessous de ce que j’ai connu jusqu’à présent, forcément ça use. J’ai mis beaucoup de passion dans cette aventure et forcément quand on y met autant de cœur cela crée des petits désaccords et je pense que c’était le moment que l’on se sépare d’un commun accord.

Grégory Patat va reprendre les rênes de l’Aviron bayonnais, lui avez-vous donné quelques conseils avant de partir ?

On a essayé de faire en sorte que les intérêts de l’Aviron soient toujours préservés. Nous avons beaucoup communiqué par téléphone et nous nous sommes aussi rencontrés. Nous avons échangé sur le staff et sur pas mal de jeunes joueurs de l’effectif. J’ai été aussi loin que je pouvais aller pour partager un maximum d’informations avec lui de façon à ce qu’il gagne peut-être un peu de temps.

Vous allez désormais totalement changer d’air en intégrant le staff des Sharks de Durban, pourquoi avoir pris cette décision ?

C’est un choix mûrement réfléchi. J’entretiens depuis quelques années de bons rapports avec la direction des Sharks et son staff. Sur les quatre dernières années, nous avions mis en place des échanges de joueurs. Dans ma carrière, j’ai eu la chance d’être entraîneur adjoint du Stade toulousain, ensuite j’ai été impliqué avec l’équipe de France, ce qui a été un challenge plus douloureux mais très formateur et enfin je viens de passer quatre ans à Bayonne donc j’avais la sensation d’avoir fait le tour des expériences ici. J’avais envie de me régénérer, de me former et de progresser. J’avais envie d’une expérience à l’étranger depuis longtemps, cette proposition m’a donc intéressé.

Avez-vous hésité à accepter cette proposition ?

Disons que l’entraîneur a dit oui tout de suite, le père de famille a réfléchi un petit peu. Nous avons trouvé une organisation logistique avec un statut de consultant qui me laisse beaucoup de liberté et qui en laisse aussi au club des Sharks. Je pense que j’ai beaucoup à apprendre en allant chez eux et j’espère aussi modestement leur apporter mon expérience du rugby français. L’idée c’est de passer une belle année. Pour des questions administratives, mes séjours en Afrique du Sud ne dépasseront pas les trois mois consécutifs mais finalement cela me convient puisque cela correspond à ma volonté d’avoir une année d’oxygénation. J’ai aussi d’autres projets sur lesquels j’ai envie de me pencher depuis longtemps donc cela me permettra d’avoir aussi du temps pour cela.

Quels sont ces projets ?

Je suis en train de travailler sur un projet sur l’organisation des datas en tant qu’outils d’aide à la prise de décision. C’est un projet qui me tient à cœur parce que c’est vrai que la fonction d’entraîneur a beaucoup évolué et il faut de plus en plus utiliser la technologie mais il faut surtout bien l’utiliser. J’ai un deuxième projet sur la réalité virtuelle. Tout cela demande du temps et des investissements mais je pense qu’avec toutes ces technologies les méthodes d’entraînement vont évoluer et qu’il faut se préparer à cela.

Pour revenir sur votre nouvelle aventure avec les Sharks, n’êtes-vous pas un peu anxieux à l’aube de ce départ ?

Franchement non parce que c’est vrai que c’est un club et une ville que je connais. Je suis allé plusieurs fois là-bas. Je suis ami avec Eduard Coetzee le CEO (Directeur général N.D.L.R.) des Sharks qui a d’ailleurs joué à Bayonne et à Biarritz et qui est quelqu’un de très bien. Je connais pas mal de membres du staff aussi. Je sais qu’il y a un esprit de famille et une hygiène de travail qui vont bien me correspondre là-bas. Je n’ai donc aucune appréhension par rapport à ce départ, c’est plus la partie logistique et familiale qui est complexe.

Vous semblez déjà connaître cette équipe et cette ville ?

Mes premiers contacts avec les Sharks remontent à longtemps lorsque Frédéric Michalak était allé jouer là-bas, j’étais allé lui rendre visite. En 2017 on est revenu dans cette ville avec l’équipe de France lors d’une tournée meurtrière face aux Springboks et c’est à ce moment-là que j’ai pu échanger avec Eduard Coetzee sur le management des Sharks. Ensuite juste avant de prendre le projet à Bayonne, dans un programme d’échange je suis allé passer une semaine avec eux. J’avais été accueilli à bras ouverts.

Qu’est ce qui vous plaît chez ce club ?

Je découvre toujours le rugby sud-africain mais ce sont des gens authentiques, un club qui a une histoire, des traditions et un certain prestige. Il y a une vraie culture du travail et du respect. Mes amis coachs me disent souvent que les générations changent et qu’il faut s’adapter car c’est de plus en plus difficile mais là-bas on a l’impression qu’il y a une éducation chez les jeunes joueurs et un respect de la hiérarchie. Ce rugby-là est champion du monde avec des schémas de jeu spécifiques, mais j’y vais aussi pour comprendre comment ces gars-là, avec beaucoup de simplicité et d’authenticité, sont champions du monde ? Je pense que j’ai vraiment beaucoup à apprendre.

Avez-vous hâte de vous lancer dans ce nouveau défi ?

Oui j’ai hâte mais c’est vrai que j’apprécie ce moment de repos dont j’avais besoin. Ces dernières années j’ai vraiment eu l’impression d’être dans une machine à laver. Honnêtement je n’aurais pas eu l’énergie de repartir à la fin du mois de juin. À la fin de la saison j’étais apaisé mais aussi vidé donc j’apprécie cette pause. Je serai aussi content de partir mi-août parce que je n’aime quand même pas rester trop longtemps sans rien faire.

Que pensez-vous de l’intégration des équipes sud-africaines à la Coupe d’Europe ?

Forcément cela ne sera plus la Coupe d’Europe telle qu’on l’a connu mais cela sera peut-être les prémices d’une nouvelle compétition. Aujourd’hui on se rend compte que la Coupe d’Europe propose beaucoup de duels franco-français mis à part le Leinster et Exeter et je crois que si cette compétition veut garder son attractivité elle doit s’ouvrir à d’autres territoires de rugby où il y a énormément de passion. Le rugby en Afrique du Sud c’est une religion. Il est partout dans les écoles. Sur le plan sportif il est clair que c’est l’occasion de rendre cette compétition plus attractive. Les Sharks ont une volonté de performer en Europe c’est certain.

Quel va être votre rôle exact au sein du staff des Sharks ?

Il fallait s’intégrer à un staff déjà en place donc c’est vrai que j’ai été désigné pour prendre en charge les rucks. Il avait un besoin au niveau des collisions et de l’affrontement dans l’approche de ce secteur de jeu au niveau européen. Personnellement cela m’intéresse de me replonger dans quelque chose de plus spécifique mais je pense que nos échanges dépasseront ce cadre-là et je pense que j’aurais aussi d’autres missions notamment dans l’étude des équipes européenne.

Quels sont vos objectifs avec cette équipe ?

Gagner évidemment. Aujourd’hui les Sharks sont dans une démarche de performance et souhaitent peser dans les compétitions qu’ils disputent. Ils sortent d’une saison difficile au cours de laquelle ils n’ont pas atteint leurs objectifs. Ce que j’espère c’est gagner, participer à une aventure humaine riche, progresser en tant qu’entraîneur et rendre du mieux possible la confiance qu’ils ont placé en moi. Ce challenge sera dur car dans cette équipe il y a beaucoup d’internationaux et le modèle est ainsi fait que les Springboks passent six mois avec l’équipe nationale donc c’est vrai que c’est une difficulté supplémentaire pour être performant en championnat.

Vous êtes originaire du Gers, avez-vous déjà pensé à un retour aux sources plus tard dans votre carrière ?

J’ai commencé le rugby à l’avenir Massylvain, aujourd’hui ma sœur est toujours présidente de ce club. Je pense que quand j’en aurais fini avec le tumulte du rugby professionnel cela aurait du sens de revenir dans mon petit village ou même à Auch pour donner un coup de main à ces gens simples qui font vivre le rugby des champs. J’avoue que je n’y avais pas vraiment pensé pour le moment mais c’est vrai que rendre à ce rugby tout ce qu’il m’a apporté pourrait avoir du sens.

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Propos recueillis par Manon MOREAU
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