Gironde : les flammes de l’enfer

  • Alors que les soldats du feu sont toujours en train de maîtriser les flammes en Gironde, les clubs de rugby commencent à faire l’inventaire de ce qu’ils ont perdu.
    Alors que les soldats du feu sont toujours en train de maîtriser les flammes en Gironde, les clubs de rugby commencent à faire l’inventaire de ce qu’ils ont perdu. MAXPPP - SDIS 33 HANDOUT
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Depuis près de deux semaines maintenant, des feux apocalyptiques agressent les forêts de Gironde et provoquent de véritables catastrophes. Alors qu’on n’ose plus voir défiler le nombre d’hectares brûlés dans ces incendies, il faut maintenant constater les dégâts matériels pour les clubs de rugby de la région.

Elles ont tout ravagé. Dans leur habit rouge, les flammes ont diaboliquement imposé leur loi sur les terres de Gironde. Là-bas, proche de la Teste-de-Buch, point de départ du premier incendie, tout est en cendres. Habitations, locaux, forêts et autres stades de rugby : rien n’a pu résister à la déferlante enflammée. Mais à peine le feu est-il, semble-t-il, ralenti par les pompiers, qu’il est déjà l’heure de constater les dégâts. Pour les habitants de Cazaux, petit fief de 5 000 personnes situé non loin de la Dune du Pilat, la consternation est grande.

Dans la ville réduite en cendres, les habitants ont enfin été autorisés samedi à retourner sur les lieux de la catastrophe. Le club de la ville et son président ont vu partir en fumée des locaux historiques, ainsi qu’énormément de matériel appartenant à l’équipe de rugby. "Le mercredi matin, j’étais allé à mon club house pour y déposer du matériel, mais aussi des préparatifs en vue de la fête du rugby, racontait le cœur lourd Didier Dupuis, le président du Cazaux olympique. C’est une fête qui nous permet chaque année de donner au club un budget pour la saison. J’avais acheté pour 4 000 € de magrets et de confits…" Mais un jour plus tard, le jeudi matin, la cité girondine était finalement évacuée en raison de la grande menace que représentait un incendie né quelques heures plus tôt. "C’est un membre de ma famille qui est pompier qui m’a prévenu quelques jours plus tard, me disant que le feu avait emporté le club house et donc tout le matériel. Il n’y a que la cheminée en pierre qui est restée debout", poursuit le président. Avec les flammes, c’est aussi un bout de l’histoire du club qui s’en est allé. "Ce club house était là depuis 1986. C’est une ancienne cabane de résinier qu’on avait réhabilité. Elle faisait partie du patrimoine du club."

Un soutien des clubs voisins

Heureusement pour le Cazaux olympique, le stade qui se situe à plus d’un kilomètre n’a pas été touché. Mais de grosses pertes matérielles sont à déplorer. "Tout a brûlé ici. Les habitations, les campings… Ça va être dur à gérer pour la mairie." Heureusement, Didier Dupuis peut compter sur le soutien indéfectible du monde du rugby. "Énormément de clubs ont appelé pour nous soutenir, à commencer par tous les clubs de notre poule de Régionale 2. C’est énorme", confirmait-il. Le Cazaux olympique a aussi reçu le soutien du Rugby Club Bassin d’Arcachon, club voisin. "Didier Dupuis est un ami à moi et je l’ai appelé directement, racontait le président des pensionnaires de Nationale 2, Didier Carpentey. Pour les aider, nous allons organiser un match amical contre Gujan-Mestras et reverser la totalité des recettes au club de Cazaux." En plus de cela, le RCBA a décidé d’apporter son soutien aux sinistrés. "On a accueilli des gamins pour les faire dormir au siège de notre club. Les joueurs et les membres du club ont aussi participé à la distribution de boisson, de nourriture et ont proposé de loger des gens." Si le RCBA n’a pas été directement touché par les flammes, il risque tout de même de pâtir des conséquences de ces incendies à moyen terme. "C’est une catastrophe économique pour n’importe quel club de la région. Au niveau des partenariats, on risque de prendre une secouée."

La FFR et la LNR agissent

Cette mobilisation des clubs, qui fait écho aux fameuses valeurs du rugby, est aussi accompagnée par d’autres soutiens. Celui de Provale, par exemple. Le syndicat des joueurs professionnels a communiqué une vidéo où Julien Dumora, Lenaïg Corson, Caroline Boujard, Gregory Annetta ou encore des joueurs d’Auch remercient les pompiers de leur travail. Aussi le soutien de la Fédération française de rugby, qui est entrée en contact avec le club de Cazaux juste après le début des feux. "J’avais la tête au fond du seau le jeudi, lors de l’évacuation, et Bernard Laporte m’a passé un coup de fil après avoir vu les informations à la télé, se souvient Didier Dupuis. Il m’a affirmé que la Ligue allait m’aider et ça m’a remis un coup de boost. Un peu après, c’est la Ligue qui a affirmé son soutien."

Parmi les aides, la FFR a notamment décidé de s’investir financièrement pour permettre au club de retrouver une certaine stabilité et de réinvestir dans un club house et des infrastructures. De son côté, la Ligue s’est organisée au mieux afin d’apporter des solutions au Cazaux olympique. "Nous sommes entrés en contact avec le club, pose Sébastien Conchy, le directeur général de la Ligue Nouvelle-Aquitaine. Nous avons deux axes majeurs. D’une part, subvenir aux besoins matériels pour que le Cazaux olympique reprenne au plus vite ses activités. D’autre part, nous allons lancer un appel aux dons auprès de tout le microcosme rugbystique pour soutenir le club, d’autant plus qu’il comptait sur sa fête de village pour boucler son budget de la saison. Enfin, nous allons essayer de coordonner les initiatives locales, comme les matchs amicaux prévus pour soutenir Cazaux. Ce sont des initiatives fortes de sens et c’est super pour le club." Au courant de la nouvelle depuis quelques jours, Didier Dupuis ne cachait pas sa joie : "À l’arrivée, ce sont eux qui gèrent pour nous ! Ça fait du bien de se sentir aidé. Ça prouve que le rugby, c’est une famille."

Préparer la saison, malgré tout

Malgré ces semaines en enfer, et alors qu’il est toujours impossible d’accéder à la ville, le club de Cazaux va devoir maintenant préparer sa saison en Régionale 2. "On devait reprendre cette semaine (celle du 18 au 24, N.D.L.R.), mais on n’a pas pu, forcément. Pour la saison, on va faire comme s’il ne s’était rien passé. La difficulté sera de retrouver un nouveau siège et club house. Je vais demander à un ancien joueur qui a un bar-restaurant dans la ville", soufflait le président du Cazaux olympique. Il lui faudra aussi récupérer tous ses joueurs. Deux d’entre eux sont d’ailleurs au cœur des flammes, puisqu’ils sont en parallèle pompiers professionnels. "J’ai deux joueurs qui y sont. Ils nous laissent des messages sur un groupe, ça fait plus d’une semaine que ça dure."

Comme eux, Maxime Redant a été appelé au front pour résister à l’envahisseur enflammé. Il n’est pourtant pas du coin : "J’ai aussi croisé d’autres rugbymen du Gers, qui venaient lutter contre le feu avec moi, ajoutait le deuxième ligne de Muret. Ça se voit vite, un mec qui joue au rugby. Alors, on a discuté." Redant fait partie de ces héros, applaudis chaleureusement par les populations, qui luttent pour que la vie reprenne son cours normal en Gironde. Il poursuit : "Il y a des points communs entre le rugby et les pompiers. Il y a l’esprit d’équipe, parce qu’on va aider nos collègues à lutter contre les flammes. Aussi, on peut comparer des gros feux comme cela à un match entre une équipe d’Honneur et une équipe de Fédérale 1 : on sait que le match va être très compliqué, peut-être même perdu d’avance. Mais notre esprit de guerrier nous pousse à tout donner pour gagner." Les efforts des soldats du feu, comme Maxime Redant, font que les retrouvailles entre Didier Dupuis et l’ensemble de son effectif sont possibles. Le président de Cazaux conclut en s’impatientant : "J’attends qu’on puisse retourner dans la ville, qu’on se réunisse tous et qu’on reprenne la saison. La priorité, c’est de retrouver les joueurs et reprendre le rugby." En espérant que le calvaire soit bientôt terminé…

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Yanis GUILLOU
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