International - Les All Blacks, un mythe en péril ?

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Publié le , mis à jour

Défaits à cinq reprises lors de leurs neuf derniers matchs et descendus à une historique quatrième place au classement World Rugby, les All Blacks ont sombré dans la crise cet été, allant jusqu’à limoger deux adjoints. Le sélectionneur Ian Foster et le capitaine Sam Cane évolueront sur un siège éjectable lors du prochain Rugby Championship.

Lors de sa causerie du mois de novembre, prélude à la superbe victoire des Bleus, le sélectionneur Fabien Galthié avait porté une attention toute particulière à ne jamais utiliser le terme «All Blacks» mais bien celui de «Néo-Zélandais» pour présenter à ses ouailles leurs futurs adversaires. Une sémantique tout sauf anodine, dans le sens où le but recherché consistait à démythifier les coéquipiers de Beauden Barrett. Objectif atteint sans coup férir et qui perdure, tant les redoutables All Blacks n’ont jamais semblé aussi Néo-Zélandais, pour ne pas dire si humains qu’aujourd’hui.

Classés à la quatrième place du classement World Rugby (leur plus mauvais rang depuis son instauration), les hommes de Ian Foster comptabilisent ainsi cinq défaites lors de leurs neuf derniers matchs et cristallisent forcément beaucoup de tensions, dans un pays qui n’existe qu’à travers eux… ♫Étonnant? Pas forcément, au vrai, si l’on veut bien considérer que le déclin néo-zélandais a débuté après la Coupe du monde 2015, étant entendu qu’on ne remplace pas si facilement des monstres sacrés comme Richie McCaw, Dan Carter, Ma’a Nonu ou Jerome Kaino, tout All Black qu’on soit.

Alors, ajoutez à cela les retraites après 2019 d’autres champions du monde comme Kieran Read ou Ben Smith, et vous comprendrez un peu mieux comment les Néo-Zélandais ont eu du mal à se reconstruire. La faute à des nouvelles générations pas forcément au niveau des précédentes (lire ci-contre) mais aussi à une pandémie qui a forcément coûté très cher à la NZRU.
Privés pendant un certain temps de rencontres de haut niveau (la Nouvelle-Zélande a dû se contenter à l’été 2021 de rencontres face aux voisins tonguiens et fidjiens, avant de tourner en rond face à l’Australie et l’Argentine), la fédération néo-zélandaise a surtout été privée de recettes, qui l’ont laissée pratiquement exsangue et sans véritables moyens de retenir les joueurs désireux de monnayer leur talent à l’étranger, notamment au Japon.

Voilà pourquoi, entre autres, la Fédération n’a pas hésité longtemps à l’instant de signer un contrat de très longue durée (six ans) avec le groupe Altrad comme partenaire majeur, malgré quelques contreparties (organisation de matchs de gala à Montpellier, échanges de joueurs) pas vraiment favorables à ses propres intérêts sportifs…

Covid et difficultés économiques

Pis: à l’heure de vendre ses bijoux de famille au fonds d’investissement états-unien Silver Lake, la NZRU s’est heurtée à l’Association de ses propres joueurs, qui ont longtemps exercé leur droit de veto avant de valider le deal à 200 millions de dollars néo-zélandais contre 5 à 8% des revenus commerciaux de la marque All Blacks.

Reste que ce retard a obligé la Fédération à remplir ses caisses d’une autre façon, notamment en multipliant en 2021 les tests-matchs sans véritable intérêt sportif (aux États-Unis, au pays de Galles, en Italie…) lors d’une tournée à rallonge conclue par deux défaites en Irlande (29-20) et en France (40-25).

De quoi miner le physique et surtout le degré de confiance des joueurs, qui avaient déjà perdu pour la première fois de l’histoire des Blacks face aux Pumas en 2020 (25-15). La défaite lors de la dernière série de tests face aux Irlandais n’étant jamais que la conséquence logique d’un certain processus, les Blacks privés de repères à haut niveau ayant tout bonnement perdu confiance en leur rugby, pas vraiment aidés par le cycle « défensif » (essentiellement lié aux traditionnelles évolutions de règles) entamé depuis la Coupe du monde 2019.

Insuffisances sportives criantes

Alors, à treize mois du match d’ouverture de la Coupe du monde qu’ils livreront face aux Bleus, les Blacks peuvent-ils encore combler le retard accumulé depuis plus de trois ans ?

Un premier pas a été effectué en ce sens par la si conservatrice NZRU, qui a choisi de procéder à quelques remaniements dans le staff, où les adjoints John Plumtree et Brad Mooar ont été les premiers fusibles (remplacés par le coach de l’attaque des Crusaders Jason Ryan), tandis que le sélectionneur Ian Foster et son capitaine Sam Cane joueront très gros lors du prochain Rugby Championship.

Reste que les insuffisances actuelles de l’effectif néo-zélandais sont criantes, avec deux stars (Barrett et Mo’unga) qui n’arrivent pas à jouer ensemble, entourées de cadres plus que vieillissants (Retallick, Whitelock, Aaron Smith) et d’un manque évident de grands joueurs à certains postes clés, comme ceux de piliers ou de trois-quarts centre. Sans oublier le numéro 8, où le débat est vif au pays concernant le meilleur rôle à donner à Ardie Savea.

Voilà pourquoi, de ce côté-ci de l’équateur, on s’apprête à regarder cette nouvelle édition du Rugby Championship avec une attention évidemment décuplée par la perspective de ce match d’ouverture, le 8 septembre 2023 au Stade de France…

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