Carl Hayman : « Nous n’avons plus de marge »

  • Carl Hayman compte 45 sélections avec les All Blacks.
    Carl Hayman compte 45 sélections avec les All Blacks. Icon Sport
Publié le , mis à jour

Carl Hayman, ancien international néo-zélandais (45 sélections) dresse un constat lucide : les Néo-Zélandais ont structurellement perdu leur avance sur les autres nations. D’où la mauvaise passe actuelle.

Quelle est l’ambiance en Nouvelle-Zélande qui entoure les All Blacks ?

Au pays, beaucoup de gens sont très critiques envers les All Blacks. Ils sont d’autant plus durs que cela faisait très longtemps que nous n’avions pas connu de telles périodes de difficultés. Il y a de la frustration et les supporters sont très virulents.

Et vous ?

J’essaie de garder un peu plus de recul. Je crois que le sport professionnel est fait de cycles. La Nouvelle-Zélande a souvent été dominante, c’est vrai, et elle a vraiment connu une période d’exception après l’échec de 2007. Ce fut le point de départ d’une épopée fabuleuse. Mais les héros, des titres de 2011 et 2015 sont désormais partis à la retraite. Il faut reconstruire. C’est notre cycle actuel. Cela prend du temps.

Cela vous inquiète-t-il ?

Un peu, pour être franc. Je ne crois pas que nous soyons dans un problème ponctuel mais bien un problème structurel. Quand l’Irlande a battu les All Blacks à Chicago (2016), au milieu d’une tournée promotionnelle, beaucoup ont brandi la thèse de l’accident. Sauf que c’était le point de départ d’une nouvelle dynamique. Ce qui arrive actuellement, et toutes ces défaites contre l’Irlande ou la France, c’est la résultante d’un processus entamé il y a plusieurs années. Pendant que nous prenons ce temps de reconstruction, les autres équipes avancent, progressent. Nous n’avons plus de marge.

Le sélectionneur Ian Foster est la cible de la majorité des critiques. La Fédération (NZRU) devrait-elle le remplacer à la tête des All Blacks ?

Il y a une énorme pression sur Foster. Et les résultats le mettent en difficulté. Mais je lui laisserai le temps de finir cette année, de défendre ses chances et son travail lors du Rugby Championship puis de la tournée d’automne. À ce moment-là, il sera temps de faire un bilan et de prendre les bonnes décisions. Et puis, quelles sont les autres solutions ?

Dites-nous.

Beaucoup de gens poussent pour Scott Robertson. Il a des résultats assez incroyables avec les Crusaders. Et Robertson a déjà fait savoir que s’il n’obtient pas le poste à la tête des All Blacks, il tenterait une expérience à l’étranger. Cela rend ce dossier particulièrement délicat à gérer pour la NZRU. Depuis dix ou vingt ans, la Nouvelle-Zélande a déjà vu partir beaucoup de ses meilleurs entraîneurs à l’étranger. En Europe, notamment. C’est un réel problème pour notre rugby. Tous ces grands coachs mettent leurs talents au profit d’autres nations. La situation de Robertson est donc particulièrement scrutée, au pays.

Vous parliez de difficultés structurelles : on remarque, par exemple, que la Nouvelle-Zélande n’a été championne du monde junior que deux fois en dix ans. Auparavant, elle l’était tous les ans ou presque…

C’est ce que j’expliquais : il y a quinze ans, la Nouvelle-Zélande était en avance dans beaucoup de secteurs, à commencer par ses programmes de développement des jeunes joueurs. Nous avons largement profité de cette avance, à tous les niveaux. Ce n’est plus d’actualité. Les autres nations ont à leur tour développé des programmes de formation très performants. Ils ont comblé l’écart et cela se ressent à tous les niveaux.

Cela peut-il avoir un tel impact ?

Quand je suis arrivé en France, à Toulon (2010), j’ai été surpris du retard des jeunes joueurs. Ils manquaient clairement de culture de l’entraînement. Physiquement, ils n’étaient pas encore très développés et techniquement, il y avait des manques. Quand j’ai quitté la France, presque dix ans plus tard, tous ces retards n’existaient plus. Les jeunes qui émergent sont désormais prêts physiquement, déjà très proches du niveau professionnel. Ils sont très bien entraînés et très bien encadrés depuis leur plus jeune âge, sur leur culture du haut niveau. La Nouvelle-Zélande n’a plus d’avance.

La dégradation du Super Rugby, avec le départ des provinces sud-africaines en Ligue celte, peut-elle aussi avoir impacté le niveau des joueurs néo-zélandais ?

Ce n’est pas le niveau direct de la compétition qu’il faut incriminer. Le Super Rugby actuel reste d’un très bon niveau et les matchs entre provinces néo-zélandaises sont acharnés. Ce qui est plus embêtant, c’est l’entre-soi. Affronter régulièrement les meilleurs sud-africains permettait de multiplier les rencontres face à une opposition différente, qui pratique un rugby différent. Le rugby sud-africain est physique, tactique. S’y confronter régulièrement, c’était aussi s’y préparer pour les rencontres internationales. En ce sens, oui : la modification du format du Super Rugby a pu avoir un effet négatif sur les performances des All Blacks.

Êtes-vous inquiet, à un an de la Coupe du monde en France ?

L’histoire nous montre que beaucoup de choses peuvent se passer, en un an. Le favori d’une Coupe du monde n’a pas toujours été le vainqueur, loin de là. L’inverse est aussi vrai. En 2011, par exemple, la France a atteint la finale après une phase de poule ratée et une défaite contre le Tonga. Cette finale, les Français auraient certainement dû la gagner, si on est honnête… Cela démontre à quel point une dynamique peut vite s’inverser. Il n’est pas trop tard pour la Nouvelle-Zélande.

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Les commentaires (1)
EN DEUX Il y a 13 jours Le 04/08/2022 à 22:26

Carl HAYMAN fait partie des premiers plaignants du cabinet d'Avocats qui veut se faire de l'argent avec des honoraires en success fees (honoraires de succès)
Ses pseudos avocats auraient été bien inspirés de lui demander de faire profil bas.
Après lecture de cette interview on peut douter de ses capacités intellectuelles..
On lui conseillera de changer d'avocat...Conrad Smith son compatriote et ex partenaire en Equipe nationale et à la Section après tout est avocat et peut lui conseiller un Autre cabinet