Transferts : Vive le « Made in France » !

  • La Rochelle fait partie de ces clubs qui ont beaucoup misé sur des joueurs français, comme l’ancien Palois Antoine Hastoy (photo de gauche). Les "stars" du Sud, quant à elles, déçoivent de plus en plus en Top 14 à l’image de Ngani Laumape, libéré par le Stade français seulement un an après son arrivée dans la capitale...
    La Rochelle fait partie de ces clubs qui ont beaucoup misé sur des joueurs français, comme l’ancien Palois Antoine Hastoy (photo de gauche). Les "stars" du Sud, quant à elles, déçoivent de plus en plus en Top 14 à l’image de Ngani Laumape, libéré par le Stade français seulement un an après son arrivée dans la capitale... Icon Sport - Icon Sport
Publié le

Dans un mois, le championnat de Top 14 reprendra ses droits. Les regards seront alors tournés vers les recrues, dont la grande majorité est française. Jamais l’effet des Jiff ne s’était fait autant sentir.

À chaque intersaison, le classement du mercato s’impose comme une discussion incontournable. Dans le magazine de juillet, la rédaction de Midi Olympique s’était prêtée au jeu, ô combien subjectif. Notre top 10 était composé, dans l’ordre, de Cameron Woki, Melvyn Jaminet, Teddy Thomas, Morgan Parra, Louis Carbonel, Léo Coly, Waisea, Antoine Hastoy, Ange Capuozzo et Warrick Gelant. Si chacun aura sa propre opinion et ses petites préférences, cette évidence mettra au moins tout le monde d’accord : les Français ont été les grands animateurs du marché des mutations, avec huit ressortissants sur les dix plébiscités et un seul joueur en provenance de l’étranger, le Bok Warrick Gelant.

Si cette surreprésentation peut passer pour une évidence - ne parle-t-on pas du championnat de France, après tout ? - il ne s’agit pas moins d’une tendance. Il y a dix ans, le classement était tout autre : à l’époque, les Luke Charteris, Alisona Taumalolo, Delon Armitage, Rudi Wulf, Rocky Elsom, Danie Rossouw, Andrew Sheridan, Gethin Jenkins, Matthew Carraro, Shontayne Hape, Benson Stanley, Pedrie Wannenburg ou encore Aled Brew avaient déferlé sur un Top 14 alors avide de vedettes étrangères et de noms clinquants. Désormais, les CV claquent moins : parmi les recrues étrangères, on ne trouve plus d’internationaux installés ou de gloires au crépuscule. Au mieux, des potentiels peu connus et désireux de lancer leur carrière (comme l’ailier sud-africain de l’UBB Madosh Tambwe, le Clermontois Irae Simone ou le deuxième ligne samoan du Racing Veisoko Poloniati) ou des capés recalés par leur sélection (les Lyonnais Arno Botha, Liam Coltman et Kyle Godwin…).

En qualité pure comme en prestige, les produits à l’import ont perdu de leur valeur. En nombre, aussi, la baisse est significative : quand on comptait une soixantaine de transfuges de l’international à l’été 2012, on en dénombre vingt-deux sur cette intersaison, dont seulement douze en provenance des «Four-Nations».

Que s’est-il passé au fil de la décennie pour expliquer un tel renversement ? L’instauration du système des Jiff, et son durcissement depuis 2010, a mécaniquement entraîné la diminution des joueurs étrangers : en 2010, chaque club pouvait en compter 60 % ; cette saison, seuls treize non-Jiff sont autorisés dans chaque équipe avec une moyenne de seize Jiff par match à respecter. Si ce dispositif a entraîné, à la marge, la "conversion" de jeunes espoirs non-Français en Jiff (on en recense notamment dix à Brive…), ses effets sont indubitables. En plus d’être une contrainte pour les recruteurs, la réglementation, longtemps décriée, a largement contribué à l’embellie de la formation nationale. Et à l’essor du «Made In France».

Trois clubs au mercato 100 % Jiff

Le rugby tricolore, dont la sélection pointe au deuxième rang mondial, possède à ce jour un vivier sans doute inégalé sur la planète rugby. Ses internationaux étant considérés comme des pointures à leur poste, il est logique de voir les grosses écuries batailler à coups de gros lingots pour obtenir les services d’un Woki, d’un Jaminet ou d’un Carbonel même si, en la matière, les cadors cherchent à verrouiller toujours plus tôt leurs Bleus (à l’exemple de Toulouse dont neuf internationaux ont récemment prolongé leur engagement jusqu’en 2026, au moins).

Ce ruissellement se poursuit jusqu’en Pro D2, devenu un marché à part entière : Léo Coly, Ange Capuozzo, Adrien Séguret, Josiah Maraku, Clément Doumenc, Boris Goutard ou encore Janick Tarrit sont ainsi attendus comme des prises d’élite cette saison. Pourquoi aller chercher loin ce qu’il y a près ? Trois clubs de Top 14 ont même réalisé un recrutement 100 % Jiff et hexagonal : Toulouse, Pau et Paris.

Si les recruteurs sont moins demandeurs, les vedettes du Sud et d’ailleurs, aussi, paraissent moins attirées par les euros et le défi du Top 14. Les internationaux en activité – Australiens et Néo-Zélandais en tête – trouvent désormais leur bonheur au Japon, pays plus proche du leur, avec une compétition moins exigeante, moins longue et des émoluments égaux si ce n’est supérieurs. Pour le plus grand soulagement de leur Fédération.

À l’arrivée, tout le monde est content… ou presque. L’emballement pour le made in France provoque une surenchère qui n’est pas sans causer quelques crispations : «Les meilleurs joueurs de moins de 18 ans français, nous n’y avons plus accès, déplorait ainsi le président biarrot Jean-Baptiste Aldigé, au printemps. Ce qui signifie que les neuf plus gros clubs ont les meilleurs joueurs confirmés et les meilleurs joueurs en devenir.» Les mêmes qui attiraient les stars internationales, il y a dix ans.

Cet article est réservé aux abonnés
Abonnez-vous pour en profiter
à partir de 0,99€/mois, sans engagement
  • Tous les articles en illimité sur le site et l'application
  • Le journal en version numérique dès 20h30 la veille
  • Les newsletters exclusives
Vincent Bissonnet
Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?