De Knysna au Racing, qui est Warrick Gelant ?

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Dans un recrutement moins clinquant que d’habitude, Warrick Gelant fait office de tête d’affiche au Racing 92. L’arrière international sud-africain, qui dispute actuellement le Rugby Championship, est attendu pour remplacer l’Australien Kurtley Beale. Portrait.

Pouvait-il en être autrement ? Warrick Gelant, futur arrière du Racing 92, compte une histoire commune avec la France. L’arrière sud-africain aux dix sélections avec les Springboks est né à Knysna et a débuté la pratique du sport par le football. Deux éléments qui ne sont pas sans rappeler un épisode tragicomique du sport tricolore. Souvenez-vous. C’était en 2010. Dans la douceur de vivre de cette station balnéaire située sur une côte magnifique, à quatre heures de route à l’ouest du Cap, plus connue sous le nom de Garden Road, les joueurs de l’équipe de France de foot refusaient de descendre de leur bus pour prendre part à l’entraînement. Ces derniers se mettaient en grève en pleine Coupe du monde, pour contester l’exclusion du groupe de Nicolas Anelka. Un évènement triste et marquant du sport français.

Warrick Gelant n’avait que 15 ans à l’époque. Son cœur avait déjà basculé pour le ballon ovale. « En grandissant à Knysna, j’ai pratiqué beaucoup de sports différents et nous jouions tout le temps des matchs dans la rue, quelle que soit la discipline, raconte-t-il. Dès mon plus jeune âge, je voulais vraiment représenter ma province, les districts du sud-ouest, dans l’une d’elles. Au début, j’étais particulièrement passionné de football et de cricket. Le rugby est en fait quasiment le dernier sport que j’ai essayé, à partir de l’âge de 9 ans. » C’est à l’école primaire communautaire de Hornlee qu’il le pratique pour la première fois. « Pour les garçons qui jouaient au rugby, le mercredi était le jour de match. Ce jour-là, ils étaient autorisés à quitter l’école tôt. Du coup, je restais seul dans la classe et ce n’était pas quelque chose que j’appréciais. Alors, environ trois semaines après le début de la saison, j’ai décidé de rejoindre mes amis et d’essayer le rugby. »

Le jeune garçon a déjà un caractère bien trempé. Jouer au rugby, d’accord, mais seulement pour être le meilleur. Hors de question de simplement suivre les copains. « Je ne voulais pas donner l’impression que je ne savais pas ce que je faisais, alors j’ai mis un point d’honneur à étudier toutes les règles. J’ai lu tous les livres sur le rugby que je trouvais à l’époque. »

Mais Gelant est un enfant de la balle. Ronde ou ovale, avec les pieds ou les mains, il se démarque très vite. « Disons que je pouvais frapper avec mes deux pieds grâce au football et ma dextérité était bonne grâce au cricket », souffle-t-il modestement. Très vite, il grimpe les échelons. En 2008, alors qu’il n’a que 13 ans, il est retenu pour représenter les couleurs des districts du sud-ouest pour la U13 Craven Week, une compétition historique en Afrique du Sud, réunissant les meilleurs joueurs de moins de 18 ans. Ses entraîneurs de l’école primaire, Frank Borchards et Neil Weber, lui reconnaissent des qualités exceptionnelles et grâce à leur soutien, Gelant reçoit une bourse pour faire ses études secondaires à Hoërskool Outeniqua, à proximité de George. Cette école est bien connue comme un haut lieu de la formation sud-africaine, se classant régulièrement dans les dix meilleures équipes juniors du pays. La réussite est au rendez-vous. « Tout a vraiment commencé ici », confesse Gelant. C’était en 2013. L’année suivante, il intègrait les Junior Springboks.

La gloire puis le double coup dur d’après Covid

La suite ? Elle se déroule loin de chez lui, à Pretoria où il s’engage avec les Bulls. Il devient Springbok et champion du monde en 2019.

À son retour au Cap en 2020 pour porter les couleurs des Stormers, son statut n’est plus le même. Gelant est l’un des joueurs ayant contribué à redorer le blason de la nation arc-en-ciel. Il est l’un de ceux qui ont redonné du baume au cœur à un pays en souffrance.

La douleur, justement, parlons-en. L’année 2020, celle de son retour au bercail, est marquée par l’apparition du Covid et l’arrêt de toutes les compétitions. À la reprise, il est victime d’une rupture des ligaments croisés d’un genou. Le verdict sans appel : il doit passer par la case chirurgie. Exit les test-matchs contre les Lions britanniques avec les Boks. Il décide alors d’une double opération, une sur chaque genou pour mieux soulager ses douleurs. Une décision courageuse. L’homme est un éternel optimiste. Il a décidé de revenir plus fort, il le fera. « Ça a été un choix mûrement réfléchi de sacrifier le court terme pour réparer mes deux genoux en même temps. Ça n’a pas été facile, il y a même eu des moments difficiles mais je m’imaginais revenir plus fort et plus mature. Et rapidement, j’ai retrouvé ma meilleure forme. » Doux euphémisme…

La saison dernière s’est révélée être probablement la meilleure de sa carrière. Jamais son surnom, « boogie » (le danseur), n’a semblé lui coller aussi bien à la peau. À chaque relance, Gelant semble « swinguer » au milieu des défenses. La vitesse d’execution de son jeu au pied est aussi impressionnante. Avec les Stormers, Gelant a ébloui les observateurs par ses contre-attaques. D’aucuns ont affirmé qu’il fut le meilleur arrière de l’United Rugby Championship (l’ancienne Ligue celte) au sein d’une équipe ayant pourtant commencé la compétition avec des problèmes extra-sportifs. Une équipe qui a fini par remporter le trophée. Une première historique dans cette compétition qui a bien évolué, ces dernières années. « Nous avons dû nous habituer à un nouveau style de rugby et des règles interprétées différemment au Royaume-Uni. Nous avons donc eu du mal au début mais, au moins, nous étions tout le temps ensemble à l’étranger et nous pouvions régler les choses. La confiance a commencé à s’installer lorsque nous avons sauvé notre match contre Édimbourg. Puis nous avons battu les Newport Gwent Dragons. Les choses ont commencé à fonctionner pour nous et nous avons vraiment commencé à croire que nous étions dans la bonne direction. L’adhésion collective était présente sur la façon dont nous voulions jouer et nous avons vraiment évolué les uns pour les autres. Nous avons donc fini par gagner nos onze derniers matchs. »

« Je serai un meilleur joueur que celui que je suis aujourd’hui »

À l’écouter raconter cette dernière saison, force est de souligner combien Warrick Gelant s’est régalé ces derniers mois avec les Stormers. À tel point que l’annonce de son départ pour la France et, plus particulièrement, pour le Racing 92 a surpris en Afrique du Sud. Mais le joueur sait son statut fragile chez les Boks. Titulaire, il ne l’est pas, il veut le devenir. Pour lui, le défi du Top 14, c’est une façon de progresser, de franchir un cap supplémentaire. «Chaque fois que vous allez dans un club de haut niveau, c’est une nouvelle étape, une opportunité de progresser, dit-il. Je pense que le Top 14 est la meilleure compétition au monde. C’est vraiment difficile car il y a quatorze équipes avec des styles différents, contre seulement quatre franchises en Afrique du Sud. Les conditions de jeu sont aussi différentes. Vous jouez à l’intérieur dans un stade fermé au Racing, mais ensuite vous êtes sous la pluie et peut-être même sous la neige lors des matchs à l’extérieur. Chaque secteur de mon jeu sera testé. Je ne sais certainement pas encore tout, ce sera un excellent test pour me mesurer. Je sais que le Racing est un grand club. Être confronté à des joueurs de qualité et de classe mondiale, en France, chaque semaine, me donnera les meilleures chances de revenir dans le XV de départ des Springboks. » Et d’ajouter : « Si je suis de nouveau sélectionné après mon départ, je serai un meilleur joueur que celui que je suis aujourd’hui. »

 

Digest

Né le : 20 mai 1995 à Knysna (Afrique du Sud)

Mensurations : 1, 78 m, 89 kg

Poste : arrière

Clubs successifs : Eagles (2008-2013), Blue Bulls (2014-2020), Western Province et Stormers (2020-2022), Racing 92 (depuis 2022)

Sélections nationales : 10, en équipe d’Afrique du Sud (2017-2022)

1er match en sélection : à Padoue, le 25 novembre 2017, Italie - Afrique du Sud (6-35)

Points en sélection : 15 (3 essais)

Palmarès : champion du monde (2019), vainqueur du Rugby Championship (2019), vainqueur de l’United Rugby Championship (2022).

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