Uini Atonio (La Rochelle) : « Avant en équipe de France, c’était faites de votre mieux. Maintenant, c’est gagnez ! »

  • Assez rare dans les médias, le pilier droit du Stade rochelaise et du XV de France, à quelques jours de la reprise, s'est longuement confié sur la saison passée, sa carrière internationale et aussi ses ambitions futures pour sa fin de carrière. À 32 ans, il a assez d'expérience pour n'éluder aucun sujet.
    Assez rare dans les médias, le pilier droit du Stade rochelaise et du XV de France, à quelques jours de la reprise, s'est longuement confié sur la saison passée, sa carrière internationale et aussi ses ambitions futures pour sa fin de carrière. À 32 ans, il a assez d'expérience pour n'éluder aucun sujet. Icon Sport - Icon Sport
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Assez rare dans les médias, le pilier droit du Stade rochelais et du XV de France, à quelques jours de la reprise, s'est longuement confié sur la saison passée, sa carrière internationale et aussi ses ambitions futures pour sa fin de carrière. À 32 ans, il a assez d'expérience pour n'éluder aucun sujet.

Comment se sont passées les vacances ?

C’était bien cool. Je suis revenu en Nouvelle-Zélande pour la première fois depuis 2017. En raison de la pandémie de Covid-19, je n’avais pas encore pu présenter à mes parents leur petite-fille. C’était important pour eux qui n’ont que quatre petits-enfants, comme pour moi. J’ai pu rester trois semaines à Auckland à profiter de ma famille. Cela fait du bien. C’est rare de pouvoir bénéficier d’autant de temps avec ses proches. Cela fait du bien, aussi bien physiquement que mentalement.

Couper du rugby en Nouvelle-Zélande, c’est possible ?

Avec celui qui fait ton quotidien oui ! Bon, les deux ou trois premiers jours, mes parents, mes oncles, mes cousins qui passaient à la maison m’ont interrogé sur le parcours de La Rochelle en Coupe d’Europe. Après, oui je suivais de loin l’actualité des Blacks ; mais mon quotidien, c’était plutôt visites de zoo, de parc d’attractions. Je voulais faire connaître la terre néo-zélandaise à mon fils qui a 6 ans et ma fille. Qu’ils commencent à percevoir d’où viennent leurs parents. Nous avons loué un gros 4X4, nous avons mis les valises derrière et nous sommes partis quelques jours dans le sud de l’île d’Auckland. L’idée, c’était de se retrouver en famille, en pleine nature.

Après deux longues saisons avec La Rochelle et le XV de France, vous sembliez avoir le besoin de couper ?

Tout à fait. Cela faisait surtout très longtemps que je n’étais pas rentré en Nouvelle-Zélande. Et puis, chez mes parents, personne ne me connaît. Je suis anonyme là-bas, et cela fait du bien. Ces trois semaines m’ont fait énormément de bien. Bon j’ai bien profité et du coup, je me suis astreint au retour à La Rochelle à faire dix jours de préparation individuelle. C’était obligatoire car j’avais bien mangé chez papa et maman… (rires)

D’autant plus que cette saison qui démarre s’annonce intense avec la Coupe du monde en toile de fond ?

Physiquement quand tu as plus de 30 ans, c’est forcément plus dur d’enchaîner des saisons à plus de trente matchs. Quand tu es dans l’action tu ne t’en rends pas forcément compte, mais là sans rugby pendant trois semaines, où je n’ai pas couru, pas touché un ballon, j’ai senti que mon corps s’était régénéré. Je m’en rends compte aux entraînements, j’ai plein d’envie. Cela fait quatre semaines que j’ai repris, et je ne ressens pas la fatigue.

À La Rochelle, vous avez repris dans un groupe où il y a pas mal de nouveaux…

Le club a effectué un très gros recrutement. Nous avions laissé partir de très bons joueurs, et nous avons recruté en conséquence. Nous avons signé des gros noms : Tanga, Colombe, Lespiaucq devant ou encore Hastoy, Thomas, Seuteni… C’est vraiment pas mal.

Est-ce que cela marque votre nouveau statut ? La Rochelle attire maintenant des internationaux qui veulent gagner des titres…

C’est ce qui se dit, mais la Coupe d’Europe, c’était la première fois que nous remportions quelque chose… Mais c’est vrai que depuis deux ou trois ans, j’ai l’impression que le regard du milieu du rugby et des observateurs a évolué sur nous : La Rochelle est capable de battre des gros et d’aller en finale.

Est-ce à dire que La Rochelle est devenue une "grosse écurie" du Top 14, capable de regarder dans les yeux, Toulouse par exemple ?

Il nous manque quand même un Brennus, nous ne l’avons jamais eu et je crois que Toulouse en compte quelques-uns. Mais oui, on peut dire que nous sommes devenus un gros club. Depuis que je suis là, le club ne fait que progresser. C’est sûr. Je vois la différence, il n’y a qu’à voir notre effectif, nos structures d’entraînement, le stade qui est souvent plein. La Rochelle est une terre de rugby. C’est génial d’évoluer ici.

Comment jugez-vous l’évolution du club ?

Je crois que le club a su garder la tête sur les épaules. Le club cherche à progresser pas à pas. Je ne vais pas citer de nom, mais d’autres clubs font des grandes annonces et après quelques mois cela pète. Ici, le président Vincent Merling et son équipe font les choses en prenant le temps. Ce n’est jamais une progression fulgurante, mais linéaire. Après si le club en est là aujourd’hui, c’est aussi grâce aux gens et aux entraîneurs du passé : Collazo, Garbajosa, Patat. Chacun a eu un impact. L’évolution, je la vois, on monte chaque année le curseur un peu plus haut.

Atonio, levant le pouce en guise de salut, sous le maillot de la Rochelle, son unique club en France.
Atonio, levant le pouce en guise de salut, sous le maillot de la Rochelle, son unique club en France. Icon Sport - Icon Sport

Le titre de champion d’Europe a-t-il libéré un groupe qui n’arrivait pas à remporter de finale ?

On dit cela mais nous n’avions perdu que deux finales, la même année, certes, mais seulement deux.

Vous oubliez celle de la Challenge Cup en 2019 contre Clermont ?

Ce n’était que la deuxième Coupe d’Europe, ce n’est pas la même chose. Et puis si vous analysez bien nos parcours, cela illustre ce que l’on disait sur notre évolution. En 2018, on fait demi-finale de Top 14, c’était déjà un exploit. Chaque année, on essaie de faire mieux, et le club monte chaque saison, mais par petits pas. Aujourd’hui, oui, si nous allons à nouveau en finale et que nous perdions, nous serions déçus, mais n’oublions pas d’où nous venons. C’est une des premières années, où nous avons un tel effectif.

Une des conséquences de ce gros effectif, c’est que selon les propres mots de votre manager Ronan O’Gara, à l’entraînement cela bataille pour faire sa place dans le XV de départ ?

Oui, cet état d’esprit date d’il y a quelques mois. Cela fait deux ans que les places sont chères pour être titulaire, et qu’il y a une concurrence forte mais saine aux entraînements.

Quel est l’objectif cette saison ?

Gagner des titres. Faire mieux que la saison passée. Avec l’âge, je sais que je n’ai pas de temps à perdre, et tu deviens encore plus ambitieux. Avec le recrutement réalisé, on doit se mettre dans la tête que nous sommes capables d’aller chercher le Brennus. Si nous sommes vraiment motivés pour le faire, on peut. Après, ce n’est que mon avis, mais nous avons vraiment pas mal de qualité dans ce groupe.

Dans quel domaine, le Stade rochelais doit-il progresser pour espérer remporter le Top 14 ?

Dans notre constance. En Coupe d’Europe, nous sommes toujours capables de nous mettre au niveau de l’évènement. En championnat, l’an dernier, nous avons perdu à Biarritz, à Perpignan. Ce sont des matchs, où l’on manquait peut-être d’envie, où l’on n’a pas mis les bons ingrédients. C’est cette constance que l’on doit trouver. Rentrer sur un terrain avec le même et bon état d’esprit, quelle que soit la compo, quel que soit l’adversaire.

Venons-en à l’équipe de France et la Coupe du monde qui se profile…

(il coupe) Vu la taille de ma barbe, je n’y pense pas tous les jours en me rasant, comme vous dites (rires). Je n’ai plus 22 ans, je ne peux pas vous dire que je pense constamment à l’équipe de France. Pourquoi ? Parce que je sais que cela va tellement vite. Les Bleus, j’ai connu ma première sélection en 2014, et je sais que tu peux monter vite, mais aussi redescendre encore plus rapidement. Il faut penser à cette Coupe du monde en France, mais personnellement, je ne veux pas me projeter. Une blessure est vite arrivée.

Mais vous êtes devenu un cadre du groupe France, le titulaire de la tunique floquée du numéro 3 ?

Mais vous occultez qu’après 2019, j’étais oublié de la sélection, qu’il n’était plus du tout question de moi. Que cette Coupe du monde 2019, je n’avais pas été appelé en premier lieu (Uini Atonio avait été sélectionné pour remplacer Demba Bamba en cours de compétition mais avait renoncé suite à une blessure aux cervicales lors du match de Top 14 précédent son départ pour le Japon, N.D.L.R.). Tu peux faire une grosse saison l’année avant le Mondial, mais il faut être apte et sélectionné juste avant. C’est pour cela que je ne veux pas me projeter. Je dois être performant avec le club, le reste…

Le Mondial 2015 est-il à ranger parmi le rayon des bons souvenirs ?

Oui, même si je n’ai pas trop joué, que nous avons perdu très lourdement en quart de finale. Sept ans après, je retiens surtout la découverte de mecs géniaux, comme Nicolas Mas ou Frédéric Michalak que j’ai appris à apprécier.

Uini Atonio en 2015 sous le maillot rouge du XV de France, à l'occasion d'un match de préparation du Mondial en Grande-Bretagne
Uini Atonio en 2015 sous le maillot rouge du XV de France, à l'occasion d'un match de préparation du Mondial en Grande-Bretagne ActionPlus / Icon Sport - ActionPlus / Icon Sport

Même si vous étiez "oublié" au début du mandat de Fabien Galthié, vous avez pris une part prépondérante au grand chelem. Tant et si bien que pour la première fois depuis vos débuts internationaux, vous semblez être un titulaire à part entière, un cadre…

Peut-être… Vous pouvez parler de hiérarchie bien installée, d’abord, ce n’est pas nous les joueurs qui faisons l’équipe. Et puis, il y a une telle concurrence en équipe de France, que personne n’est installé. L’état d’esprit des jeunes qui poussent ne te permet pas de te reposer sur tes lauriers. Ils veulent tout jouer, tout gagner. J’ai connu des hauts mais aussi des bas avec les Bleus. Aujourd’hui, je me compte dedans, mais je sais que je peux "dégager" rapidement.

Est-ce cela une des grosses différences avec les années de vos débuts en équipe de France ?

Oui, ils regardent tous devant, jamais en arrière. Quand nous préparons un match, nous le faisons pour gagner. C’est ça qui est bien. Le discours a changé. Auparavant, avant l’avènement de Fabien Galthié et l’arrivée de ces jeunes, j’avais l’impression que le message était, notamment contre les grosses nations, "faites de votre mieux". Des fois, ça passait, mais la plupart du temps, non. J’ai fait partie des groupes en équipe de France où l’on perdait quatre, cinq, six voire sept matchs d’affilée. Au bout d’un moment tu n’as presque plus envie d’aller sur le terrain. Ce n’est plus du tout le cas. Il y a beaucoup de concurrence à chaque poste et on gagne beaucoup de matchs. Clairement, les entraînements sont plus durs, mais tu sais que cela va te servir pour tes matchs. Je ne sais pas si on en est conscient, mais une telle série de victoires (dix, N.D.L.R.), c’est presque du jamais vu. Je me souviens qu’avant, quand les Bleus, et je l’ai vécu, réussissaient trois victoires consécutives, c’était énorme. Aujourd’hui, nous - j’ose dire nous même si je n’ai participé qu’à sept rencontres - en sommes à dix succès, et on veut vraiment continuer. Tu vois le changement aux rassemblements, tous les joueurs sont contents de venir. Même ceux, et j’en ai fait partie, qui sont convoqués et qui repartent trois jours en club, reviennent avec envie.

Pour finir, quels sont vos favoris pour ce Top 14 qui débute dans une petite semaine ?

La Rochelle en premier ! Je crois vraiment en nous. Après attention à Toulon, ils ont un paquet d’avants gaillards. Ils ont terminé l’année en boulet de canon, vont être revanchards de ne pas être qualifiés l’an dernier aux phases finales. Je les vois aller en demi-finale. Après, bien sûr que Toulouse ne sera pas loin du compte. Ils sont toujours là.

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Pierre-Laurent GOU
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