Cameron Woki (Racing 92) : « Le changement ne me fait pas peur »

  • Cameron Woki - Deuxième ligne du Racing 92.
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À l’aube de sa première apparition officielle en ciel et blanc, l’ancien bordelais a accepté de raconter ses premiers pas dans son nouveau club, d’évoquer son transfert un an avant la fin de son contrat et de dévoiler un peu de son intimité.

Changer de club à un an d’une Coupe du monde n’est pas sans risques. Y avez-vous pensé avant de vous engager avec le Racing 92 ?

Non, pas du tout. Je n’ai absolument pas pris en compte ce paramètre. Le changement ne me fait pas peur. La Coupe du monde est, évidemment, une échéance très importante. Je sais que je n’ai pas le droit à l’erreur, que je suis attendu. Seulement, pour moi, ce changement, un an tout juste avant le début du Mondial, c’est l’occasion d’être encore plus précis, plus concentré.

Pourquoi ?

Parce qu’en débarquant dans un nouveau club, je vais apprendre de nouvelles méthodes, un nouveau système de jeu. Je vais devoir fournir des efforts supplémentaires, être vraiment focus sur ce que l’on me demande. Ma marge de manœuvre sera moins grande.

Justement, cela ne vous a pas effrayé ?

Au contraire, je pense que ça va me rendre meilleur. Ce n’est pas que j’étais dans une zone de confort lorsque j’évoluais à Bordeaux, mais j’avais besoin de ce changement pour continuer de grandir, pour poursuivre ma progression.

Qu’est ce qui vous a le plus marqué lors de vos premiers pas au Racing 92 ?

Je ne sais pas si tout le monde s’en rend compte, mais ici tout est fait pour mettre les joueurs dans les meilleures conditions. On ne manque de rien. Tout est organisé, pensé, structuré pour qu’on ne soit concentré que sur le rugby. C’est assez impressionnant. C’est ce qui m’a le plus surpris. Franchement, aucune excuse n’est possible. Depuis mon arrivée, je mesure chaque jour un peu plus ma chance.

Est-ce vraiment si différent de ce que vous avez connu à l’UBB ?

Bordeaux, c’était déjà une très belle structure, notamment au niveau du centre sportif. Sur les quatre dernières années, j’ai vu le club franchir un palier. Mais ici, c’est autre chose quand même…

Avez-vous le sentiment d’avoir changé de dimension ?

Je ne le vois pas trop de cette façon.

C’est à dire ?

En fait, j’ai juste le sentiment d’être rentré à la maison. Paris, c’est chez moi, là où j’ai grandi, où vit ma famille. Maintenant, j’ai effectivement le sentiment d’avoir intégré un grand club, qui a une histoire, qui a gagné des titres. Le changement se situe à ce niveau-là. Ni plus, ni moins.

Le degré d’exigence et de performance n’est-il pas plus fort au Racing 92 ?

Le degré d’exigence, je me le fixe tout seul. Je n’ai besoin de personne. J’ai signé au Racing pour gagner des titres. Et je vais tout faire pour y parvenir.

Vous ressemblez en ce point à votre ami Matthieu Jalibert, non ?

Oui, peut-être… Mais il n’y a aucune arrogance chez moi, ni chez Matthieu d’ailleurs. Lui comme moi, on sait ce que l’on veut. Et l’on l’assume.

Au risque de passer pour des "starlettes" aux yeux de certains ?

Cette image est née avec cette polémique en fin de saison à l’UBB. Mais, franchement, j’ai juste le sentiment d’être un sportif professionnel qui a faim de victoires, de trophées et qui fait tout ce qu’il peut pour atteindre ses objectifs. A Bordeaux, j’ai le sentiment d’avoir toujours donné le meilleur de moi-même sur le terrain. Parfois, je n’ai peut-être pas été bon, mais je n’ai jamais triché. C’est peut-être aussi pour cette raison que les supporters bordelais m’ont adopté. Ils ont été formidables avec moi. Ces dernières saisons, j’ai le sentiment que nous leur avons procuré du bonheur. Je regrette simplement ne pas avoir pu leur offrir un titre. J’aurai aimé quitter le club avec un trophée.

Justement, vous débarquez dans un club qui n’a plus remporté de titre depuis six ans…

(Il coupe) Ça tombe bien, je suis venu uniquement pour gagner des trophées (rires). J’avoue que si dès la première année, on peut décrocher un titre, je signe tout de suite.

Votre poste a souvent été un sujet de discussion. Qu’en est-il au Racing 92 ?

(il sourit) J’ai lu énormément de choses à ce sujet. J’ai même entendu dire que j’étais parti de Bordeaux parce que Christophe (Urios) ne voulait pas me faire jouer en deuxième ligne. C’est faux. D’ailleurs, j’ai joué la demi-finale du Top 14 à ce poste. Pour clarifier la situation, il faut bien se dire que je suis prêt à jouer deuxième ou troisième ligne. Et même troisième ligne centre.

D’ailleurs, Laurent Travers ne s’interdit pas de vous utiliser en troisième ligne centre. En avez-vous parlé ensemble ?

Je suis prêt à jouer au poste qui sera le plus utile pour l’équipe. Après, en troisième ligne centre, il y a des bons joueurs. Fabien (Sanconnie) revient de blessure, Kiti (Kamikamica), avec qui j’ai joué lorsque je suis arrivé à Bordeaux, est un excellent joueur. Bref, je n’ai aucun problème à jouer à l’un de ces trois postes. Je vais même vous faire une confidence : je prends beaucoup de plaisir à changer de numéro selon les besoins de l’équipe, de l’adversaire, de la stratégie mise en place, ou des conditions de jeu.

Justement, vous évoquez les conditions de jeu. Votre profil ne correspond-t-il pas à merveille à un stade comme Paris La Défense Arena ?

C’est fou, je me suis fait dernièrement la réflexion, mais dans toutes les rencontres que j’ai jouées avec l’UBB contre le Racing, j’ai toujours marqué un essai. J’espère que ça va continuer avec mon nouveau club (rires). Je crois que ce genre de surface et les conditions de jeu favorisent mon positionnement en deuxième ligne. Je me sens plus mobile. Ça me rappelle ce match avec l’UBB contre le Stade français à Jean-Bouin à mon retour du Tournoi des 6 Nations. C’est peut-être mon match le plus abouti de la saison. Et c’était sur une pelouse synthétique, avec de bonnes conditions de jeu. J’avais pris beaucoup de plaisir ce jour-là.

Pourtant, au départ, vous n’étiez pas forcément le plus enthousiaste à l’idée de monter dans la cage…

Cela s’est fait petit à petit. Il a fallu d’abord que j’intègre cette idée. J’avoue que Karim (Ghezal) et William (Servat) ont su se montrer convaincants. J’ai commencé lors de la tournée en Australie (juillet 2021) et j’ai vite pris du plaisir. J’ai eu la chance aussi d’être performant et je suis ravi d’avoir été installé à ce poste en équipe de France.

Le staff de l’équipe de France ne vous perçoit-t-il uniquement qu’à ce poste aujourd’hui ?

Non, je ne crois pas. Je pense que je peux basculer en troisième ligne si c’est nécessaire. Vous savez, deuxième ou troisième ligne, dans le projet de jeu de l’équipe, ça ne change pas grand-chose, sinon sur les phases de conquête.

Paradoxalement à votre arrivée, le Racing 92 a également cherché à densifier son paquet d’avants en raison des difficultés rencontrées la saison dernière, notamment sur les phases de mêlée. Comment trouver le juste équilibre ?

Je ne suis qu’un simple joueur, c’est plus à Laurent (Travers) de répondre à cette question. Moi, je suis à son service.

Vous avez évoqué votre envie de vous rapprocher de votre famille pour justifier votre arrivée au Racing 92. Est-ce un élément qui compte dans vos performances ?

Je suis entré en pôle espoir au Lycée Lakanal à l’âge de 15 ans. Ensuite, je suis parti à Bordeaux à 17 ans. Je n’ai pas vu grandir ma petite sœur, j’étais loin de mes parents. Les années sont passées à une vitesse folle. J’ai envie de profiter d’eux et qu’ils me voient sur le terrain le plus souvent possible. C’est aussi pour cette raison qu’il ne faut pas que je me loupe. Je pense donc effectivement que ma famille est importante dans ma performance.

Fallait-il que ce changement intervienne vite ou est-ce finalement le fruit d’une opportunité ?

Non, il n’y avait rien d’urgent. J’avais fait savoir au président Laurent Marti qu’en 2023, à la fin de mon contrat avec l’UBB, je voulais revenir en région parisienne. Mon choix était arrêté, je voulais rejoindre le Racing 92. Mais je pensais bien faire ma dernière année de contrat à Bordeaux. Finalement, ça s’est fait un an plus tôt, j’en suis très heureux. Mais, il n’y avait aucune urgence de mon côté.

Votre retour en région parisienne était-il déjà dans un coin de votre tête lorsque vous avez signé à l’UBB à l’âge de 17 ans ?

Oui, j’avais besoin de quitter la région parisienne, mais je savais que je reviendrais un jour jouer chez moi. A l’époque, le Stade français et le Racing ne faisaient pas beaucoup jouer les jeunes. J’étais au pôle France avec Maxime Lamothe, Jules Gimbert qui, eux, portaient les couleurs de Bordeaux. J’ai eu envie de jouer avec mes potes. C’est eux qui m’ont fait signer à l’UBB. Mais, je peux l’avouer : ça fait plusieurs années que je pense à revenir en région parisienne.

Je pensais bien faire ma dernière année de contrat à Bordeaux. Ça (son départ) s’est fait un an plus tôt, j’en suis très heureux. Mais il n’y avait aucune urgence de mon côté...

Comment appréhendez-vous la prochaine tournée d’automne avec le XV de France et notamment la confrontation avec l’Afrique du Sud, championne du monde en titre ?

Attention, il y aura d’abord l’Australie. Mais je comprends que les gens attendent avec impatience notre rencontre face à l’Afrique Sud. Ça va piquer. Pour nous, ce sera un très bon test en amont du Tournoi des 6 Nations où, évidemment, nous avons envie de conserver notre titre.

Suivez-vous actuellement les difficultés rencontrées par la Nouvelle-Zélande qui sera votre premier adversaire lors de la Coupe du monde 2023 ?

Je ne regarde pas trop le rugby à la télévision. Il m’arrive de suivre des rencontres de Top 14 lorsque j’ai des potes qui jouent. Je suis un passionné de rugby, mais j’aime aussi passer du temps en famille, avec ma compagne.

Quelle est la vie de Cameron Woki en dehors des terrains ?

D’abord, j’essaie de passer du temps avec mes nouveaux coéquipiers. C’est important pour la vie de groupe. Partager un petit barbecue, prendre le temps de discuter, d’échanger, de sortir du cadre rugby, c’est un élément de cohésion très fort. Et puis, je suis un grand fan de mode. Ma compagne est mannequin, j’ai la chance de pouvoir l’accompagner lorsqu’elle défile ou qu’elle fait des "shooting". J’avoue, j’adore ce milieu de la mode. Depuis que je suis revenu à Paris, je passe aussi beaucoup de temps avec ma petite sœur. Victorine a aujourd’hui 20 ans et j’avoue que ça me fait bizarre lorsqu’elle passe me chercher en voiture. Je l’ai quittée, elle avait 13 ans. Je reviens, elle conduit… J’ai pris une grande claque. Et puis, c’est un kiffe de pouvoir voir mes parents, deux ou trois fois par semaine. Aujourd’hui, ils vivent à Mitry-Mory en Seine-et-Marne. Ce n’est pas à côté de chez moi (il vit à Boulogne-Billancourt, N.D.LR.), mais quand j’ai rien dans le frigo, je passe les voir (rires).

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