Le MMA, nouvelle passion des rugbymen de Top 14

  • Le combattant Ciryl Gane et le rugbyman Hassane Kolingar réunis en février 2022 pour l’ARES 3 (organisation française de MMA). Le combattant Ciryl Gane et le rugbyman Hassane Kolingar réunis en février 2022 pour l’ARES 3 (organisation française de MMA).
    Le combattant Ciryl Gane et le rugbyman Hassane Kolingar réunis en février 2022 pour l’ARES 3 (organisation française de MMA). @kolingar_h (Instagram Kolingar) et @rifche_slim (Instagram Chérif Slimani)
  • Sur celle de droite, Rabah Slimani et son frère cadet Chérif assistant à leur premier soirée de Mixed Martial Arts en décembre 2017.
    Sur celle de droite, Rabah Slimani et son frère cadet Chérif assistant à leur premier soirée de Mixed Martial Arts en décembre 2017. @kolingar_h (Instagram Kolingar) et @rifche_slim (Instagram Chérif Slimani).
  • Juillet 2017, le talonneur du Racing 92 Camille Chat (ici tout à droite) participe à une initiation au Mixed Martial Arts sous la direction de Stéphane Leca (deuxième en partant de la gauche).
    Juillet 2017, le talonneur du Racing 92 Camille Chat (ici tout à droite) participe à une initiation au Mixed Martial Arts sous la direction de Stéphane Leca (deuxième en partant de la gauche). @camillechatx (Instagram Camille Chat).
  • Le combattant Samy Si Ahmed (deuxième en partant de la gauche) peaufinant sa condition physique au contact des figures de proue du MMA Factory dont Ciryl Gane et Nassourdine Imavov (respectivement premier et deuxième en partant de la droite).
    Le combattant Samy Si Ahmed (deuxième en partant de la gauche) peaufinant sa condition physique au contact des figures de proue du MMA Factory dont Ciryl Gane et Nassourdine Imavov (respectivement premier et deuxième en partant de la droite). @samy_si_ahmed (Instagram Si Ahmed).
Publié le , mis à jour

Légalisé en France à l’hiver 2020, le Mixed Martial Arts connaît un engouement croissant au sein des vestiaires du Top 14. De Rabah Slimani à Wilfrid Hounkpatin en passant par Levan Chilachava ou Camille Chat, tous suivront avec attention le premier Ultimate Fighting Championship Paris, ce samedi. Quelques heures après avoir lancé leur saison de Top 14...

 

Mercredi 20 décembre 2017, Dubaï. Rabah Slimani se balade dans les rues de la ville émiratie en compagnie de son frère cadet Chérif (apparu avec le Stade français le 29 août 2015 contre Brive) lorsqu’ils sont reconnus par un homme se présentant comme fan du club parisien. Manager de combattants de Mixed Martial Arts, ce dernier propose alors aux anciens « soldats roses » d’assister à la quatrième édition du Phoenix Fighting Championship. Deux jours plus tard, les frères rugbymen se retrouvent donc aux premières loges pour vivre leur tout premier événement de MMA.

Ils verront ainsi défiler des combattants déterminés, pour certains habités, limite possédés, partageant un seul et unique but : mettre hors d’état de nuire leur adversaire du soir.

Habitué à suivre ce sport spectaculaire à la télévision depuis plusieurs années, biberonné aux exploits du kick-boxeur tricolore Jérôme Le Banner (K-1), le pilier clermontois Rabah Slimani est alors bluffé par cette immersion imprévue : « Le plus impressionnant, c’est le bruit des impacts lorsque les coups touchent leur cible. Quand tu es sur place, tu te rends vraiment compte de la force et de la violence des coups ».

Sur celle de droite, Rabah Slimani et son frère cadet Chérif assistant à leur premier soirée de Mixed Martial Arts en décembre 2017.
Sur celle de droite, Rabah Slimani et son frère cadet Chérif assistant à leur premier soirée de Mixed Martial Arts en décembre 2017. @kolingar_h (Instagram Kolingar) et @rifche_slim (Instagram Chérif Slimani).

Mélange de plusieurs arts martiaux et disciplines olympiques dont la lutte, la boxe, le judo ou encore le taekwondo, le MMA compte parmi les sports les plus techniques au monde. Une palette infinie dont découle une incapacité à prévoir le déroulé des combats, rendant ces derniers d’autant plus excitants. Ce qui en fait, aussi, le nouveau sport à la mode : « C’est un sport complet qui nécessite de savoir allier la boxe anglaise au judo, pour amener son adversaire au sol avant d’enchaîner avec du jiu-jitsu. Une fois au sol, ça devient encore plus technique » détaille, admiratif, le pilier du Castres Olympique Wilfrid Hounkpatin, trois ans de boxe thaïlandaise au compteur et ancien judoka en herbe.

Reconnu mondialement pour la qualité de sa tenue en mêlée, naturellement passionné par les phases de lutte, celles « où ton corps est contre l’autre et la force pure l’emporte », Slimani y voit le secret de l’attractivité exponentielle de ce sport : « En ouvrant la porte à des profils bien différents, le MMA permet à ses pratiquants de s’essayer à d’autres disciplines qu’ils connaissent moins, dans lesquelles ils souhaitent se perfectionner (…) afin de devenir un combattant complet ».

 

Plus grand événement de sports de combat en France

 

Hymne à la bravoure, le MMA met en scène de véritables gladiateurs des temps modernes prêts à faire don de leur personne. Un sens du dépassement de soi, toujours au service d’une stratégie élaborée avec minutie, dans lequel se retrouve Hounkpatin : « Certes, ça peut paraître violent mais c’est surtout beau de voir à quel point ces gars ont un mental en acier trempé. Ça me rappelle le rugby : on peut se faire la guerre sur le terrain mais l’humilité (re)prend le dessus aussitôt le match terminé. Tu en oublierais même que c’était la guerre juste avant » insiste celui qui ne manquait aucun combat de la superstar désormais retraitée Khabib Nurmagomedov. Un parallèle que son pendant auvergnat valide, fasciné par le respect qui règne entre les combattants : « Ce qui m’impressionne le plus, c’est leur dignité dans la défaite et leur acceptation de l’échec. Plutôt que de polémiquer, ils se remettent en question pour ensuite revenir plus forts (…) J’ai pu m’emporter sur un terrain, parfois même contre des mecs que je connaissais. Mais ça redevient mes copains une fois que la sirène a retenti. C’est le respect qu’on m’a inculqué ». Et qu’il retrouve dans les arts martiaux mixtes.

Le combattant Samy Si Ahmed (deuxième en partant de la gauche) peaufinant sa condition physique au contact des figures de proue du MMA Factory dont Ciryl Gane et Nassourdine Imavov (respectivement premier et deuxième en partant de la droite).
Le combattant Samy Si Ahmed (deuxième en partant de la gauche) peaufinant sa condition physique au contact des figures de proue du MMA Factory dont Ciryl Gane et Nassourdine Imavov (respectivement premier et deuxième en partant de la droite). @samy_si_ahmed (Instagram Si Ahmed).

Ce vertigineux ascenseur émotionnel, ils seront 15 000 privilégiés à l’expérimenter, ce samedi dan les gradins de l’Accor Arena de Paris (guichets fermés*). Deux ans après la légalisation du MMA dans l’Hexagone**, la prestigieuse Ultimate Fighting Championship s’apprête à poser ses valises sur le sol français pour la première fois de son histoire. Un événement considéré comme le plus grand des sports de combat en France, qui fera la part belle aux combattants tricolores.

Présents sur la carte de l’organisation américaine (et plus grande organisation de MMA au monde), l’ancien membre des forces spéciales Benoît Saint-Denis, le grand espoir Nassourdine Imavov, l’invité de dernière minute William Gomis ainsi que le revanchard Farès Ziam auront pour mission de chauffer l’enceinte parisienne avant le combat principal et point d’orgue de la soirée : légitimement propulsé en tête d’affiche, l’enfant prodige Ciryl Gane défiera son homologue australien Tai Tuivasa, classé numéro 3 mondial et réputé pour sa capacité à éteindre la lumière, dans un duel entre poids lourds qui sent la poudre.

 

« Camille Chat aurait fait un excellent combattant de MMA »

À ce sujet, Rabah Slimani visualise un affrontement âpre et disputé, les deux adversaires se rendant coup pour coup : « Je pense que ce combat va être très intense. Les deux finiront lessivés et notre représentant l’emportera à la décision ». Un succès du régional de l’étape (le tricolore représentant le MMA Factory Paris) que Wilfrid Hounkpatin imagine plus expéditif : « Ce sont deux mastodontes donc le combat à de fortes chances de se gagner à la force des poings. Je vois le favori des foules l’emporter sur un KO dévastateur ». Des pronostics qui vont bon train dans les vestiaires de l’élite du rugby français et qui peuvent déboucher sur quelques concessions. « Exceptionnellement, parce qu’on n’avait pas de match ce week-end-là et qu’un compatriote Géorgien était en lice, j’avais mis mon réveil pour suivre en direct le combat de Merab Dvalishvili contre José Aldo (l’événement s’était déroulé à l’heure américaine, dans la nuit du 20 au 21 août dernier) » confie le pilier tarnais Levan Chilachava… qui ne manqua pas de le débriefer avec son capitaine Mathieu Babillot, dès leur retour au centre d’entraînement du Levézou.

Juillet 2017, le talonneur du Racing 92 Camille Chat (ici tout à droite) participe à une initiation au Mixed Martial Arts sous la direction de Stéphane Leca (deuxième en partant de la gauche).
Juillet 2017, le talonneur du Racing 92 Camille Chat (ici tout à droite) participe à une initiation au Mixed Martial Arts sous la direction de Stéphane Leca (deuxième en partant de la gauche). @camillechatx (Instagram Camille Chat).

« Étant donné que certaines phases de combat sont familières aux deux sports, je pense qu’on pourrait remplacer quelques séances de cardio par des sessions de MMA : ça nous apporterait un plus sur le plan physique » se projette Wilfrid Hounkpatin, ami d’enfance et proche du combattant Samy Si Ahmed (qui s’entraîne régulièrement au sein du MMA Factory).

La proposition est novatrice, les rugbymen ayant plutôt l’habitude d’initiations à la boxe ou au judo. Elle ne manquerait pas de plaire à l’ancien pratiquant de kick-boxing Camille Chat, lequel s’est déjà essayé à plusieurs reprises aux arts martiaux mixtes. Président et entraîneur à la Bushido Académie, club ajaccien de référence en matière de MMA, Stéphane Leca se souvient avoir été doublement impressionné par le Racingman, un jour de juillet 2017 : « Je n’avais jamais vu un tel physique sur l’île ! Et puis, il était à l’aise parce qu’il avait cette intelligence pour comprendre les principes. Il avait aussi cette capacité à bien mémoriser les techniques. S’il avait pu faire du MMA, je suis convaincu qu’il aurait fait un excellent compétiteur ». Toujours en quête de défis pour « calmer la bête qui est en lui », Wilfrid Houkpatin ne s’interdit pas de combattre dans un octogone, le temps de quelques affrontements, lorsque sa carrière de rugbyman professionnel sera derrière lui. Quitte à faire bouger les lignes : « Si ça doit passer par l’ouverture de la toute première salle de MMA à Castres, ça fera peut-être partie de mes projets futurs ».

 

Pas le même maillot mais les mêmes passions

Attendus sur les terrains franciliens de Top 14 lors de la journée du 3 septembre (respectivement en déplacement au Racing 92 et au Stade Français), les joueurs castrais et clermontois seront sur le chemin du retour quand la carte principale de l’UFC Paris débutera. Une aubaine pour Rabah Slimani qui se languit de pouvoir suivre cet événement historique dans le car avec ses coéquipiers, Judicaël Cancoriet et Paul Jedrasiak en tête. « Beaucoup dans notre groupe suivent l’UFC mais c’est Paul (Jedrasiak) qui est le plus assidu : il est incollable sur Ciryl Gane qu’il adore, sur l’UFC et plus largement sur le MMA ». Un engouement qui confirme le constat dressé par son homologue géorgien Chilachava : chaque vestiaire du Top 14 qu’il a fréquenté (Toulon, Montpellier et maintenant Castres) possède son lot d’aficionados d’arts martiaux mixtes. Samedi soir, lui aussi s’attellera à disséquer les attitudes au contact de l’ancien rugbyman professionnel Tai Tuivasa (ex- Sydney Roosters), devenu l’un des combattants les plus dangereux de la planète. Son coéquipier Wilfrid Hounkpatin décortiquera, lui, la prestation de Nassourdine Imavov… qu’il suit dans son quotidien d’artiste martial, à travers les réseaux sociaux, et dont il loue le travail et l’abnégation.

Dans les premières années de leur vie (ou pas encore nés) lorsque l’UFC choquait le monde en novembre 1993 à travers son événement inaugural, ces acteurs majeurs du Top 14 ont désormais rendez-vous avec l’avenir : ils tâcheront d’être présents en bord de cage lorsque l’organisation américaine reviendra en France… à Paris ou en province.

 

 

* Plus de 10 000 spectateurs avaient assisté à la deuxième édition du Bellator Paris, principale organisation concurrente de l’UFC, qui s’était déroulée le 6 mai dernier dans l’écrin parisien.

 

** Jusqu’en 2020, la pratique du MMA en compétition était interdite sur le sol français. « On n’est plus dans le sport mais dans les jeux du cirque » déclarait en 2015, dans les colonnes de l’Express, Thierry Braillard alors secrétaire d’État aux Sports.

 

 

Les 10 chiffres et dates qu’il faut avoir en tête avant cet événement historique

12 Novembre 1993 : premier événement UFC de l’histoire

11 mars 1994 : Orlando Wiet devient le premier français à combattre à l’UFC

13 Juillet 2002 : premier UFC se déroulant sur le sol européen (Londres)

31 Janvier 2020 : légalisation en France du MMA, placé sous l’égide de la Fédération Française de Boxe

8 Août 2021 : Ciryl Gane devient le premier français à remporter une ceinture (par intérim) à l’UFC

3 : nombre de combattants du MMA Factory à l’UFC Paris (C. Gane, W. Gomis, N. Imavov)

5 : nombre de combattants français à l’UFC Paris (C. Gane, W. Gomis, N. Imavov, B. Saint-Denis, F. Ziam)

9 : nombre de combattants français à l’UFC (C. Doumbé, Z. Fairn, M. Fiorot, C. Gane, W. Gomis, N. Imavov, T. Lapilus, B. Saint-Denis, F. Ziam)

20 000 : enceinte modulable et théâtre du premier UFC Paris, l’Accor Arena de Paris-Bercy possède une capacité maximale de 20 000 places

50 000 : le nombre de pratiquants de MMA en France

 

Johan CAILLEUX.
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