EXCLUSIF – Fabien Galthié : « Les trois tests de novembre, ça ressemble à une phase finale de Coupe du monde »

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Pour la rentrée, le sélectionneur Fabien Galthié a choisi Midi Olympique pour se confier en longueur. A un an de l’ouverture de la Coupe du monde, il se projette sur la tournée de novembre, ouvre ses derniers chantiers et donne les noms de ceux qui, dans la dernière ligne droite, pourraient encore s’offrir une invitation surprise.

Le directeur du comité d’organisation de la Coupe du monde 2023 a été mis à pied il y a quelques jours par le Ministère des sports. Comment avez-vous vécu cet épisode ?

Je n’ai pas de commentaire particulier à faire sur ce sujet. Je peux simplement vous assurer que cela ne changera rien à la préparation du XV de France.

Ne craignez-vous pas que l’image de la France soit égratignée ?

Je vous le répète, ce qui est le plus important, c’est que cela n’impactera pas le XV de France.

A un an du coup d’envoi, êtes-vous dans les temps de passage imaginés lors de votre prise de fonction ?

Nous avions défini une feuille de route appelée « la flèche du temps ». L’objectif, c’était de gagner vite des matchs, remporter des trophées et intégrer le top 3 mondial. Nous avons rempli nos objectifs. Nous sommes également sur une série de dix victoires, ce qui est « challengant ». Nous avons su aussi nous adapter. Très vite, nous nous sommes rendus compte que nous serions contraints de travailler avec deux équipes : un XV de France « premium » et un XV de France développement.

C’est-à-dire ?

Pour la première équipe, le calendrier s’étend de la tournée de novembre jusqu’à la fin du Tournoi des 6 Nations : huit matchs par saison, dix semaines de préparation et vingt entraînements. La deuxième équipe est en forme d’incubateur : des joueurs à faible temps de jeu, qui reviennent de blessure ou de jeunes potentiels. La première a joué 21 matchs avec 87 % de victoires, la seconde a un presque 80 % de victoires. C’est un choix fort parce que cela nous a amenés à « caper » 76 joueurs et non pas 50 comme nous l’avions prévu. Mais si l’on divise le nombre de joueurs « capés » par deux équipes, cela fait moins de cinquante. Résultat, pour l’équipe de France « premium », nous avons aujourd’hui deux joueurs par poste bien identifiés et derrière, nous avons jusqu’à trois joueurs par poste dans une sorte de « ranking ». De ce point de vue-là, nous sommes vraiment dans les temps.

C’est sans compter les joueurs convoqués lors des rassemblements à 42 et qui n’ont pas été capés…

C’est vrai. Au total, nous avons convoqué 120 joueurs. Nous avons donc pu collecter beaucoup de données. Les joueurs ont pu toucher du doigt les attentes. Certains ont su franchir les passerelles entre les deux équipes de France. Et même s’il n’y aura plus de tournée d’été, nous ne nous interdisons pas de garder une place à un « ovni ».

Vous espériez arriver au Mondial avec une moyenne de 50 sélections par joueur. Ce cap ne sera pas atteint. Est-ce gênant ?

Nous avons commencé avec une équipe de 24 ans de moyenne d’âge. Nous sommes aujourd’hui à 26 ans. En revanche, c’est vrai, nous serons en retard sur le plan des sélections. Aujourd’hui, nous sommes à peu près à 24 sélections de moyenne. C’est le résultat de notre choix de couper le XV de France en deux équipes bien distinctes. Nous ne serons pas loin de 40 sélections de moyenne au coup d’envoi du Mondial. Le côté positif, c’est que cela nous laisse encore des marges de progression très fortes. Surtout, certains joueurs n’ont pas encore pu être « capés ».

Pourquoi ne pas avoir donné du temps de jeu à Matis Perchaud ou Nolan Le Garrec, par exemple, lors de la tournée au Japon ?

Ils ont touché du doigt l’équipe de France. Ce sont des joueurs qui connaissent maintenant les indicateurs de performance qu’ils doivent atteindre. On peut citer Thomas Laclayat, Matthias Haddad, Louis Le Brun, Enzo Rebier et d’autres encore. Des joueurs qui ne sont pas encore venus avec nous comme Bastien Chalureau qui a un parcours très particulier mais qui a réalisé une fin de saison impressionnante. Je pense aussi au petit Delibes du Stade toulousain que l’on suit attentivement, Louis Bielle-Biarrey de Bordeaux ou encore Enzo Benmegal qui a sorti LE match hier (samedi) avec le Racing 92. Parce qu’il y a l’objectif de la Coupe du monde mais il y a l’après. L’équipe de France ne va pas s’arrêter de jouer après la Coupe du monde. Nous avons une vision à moyen terme.

Vous affirmez avoir identifié deux joueurs par poste pour le XV de France « premium ». Quid du poste de pilier qui pose encore parfois question ?

Nous n’avons pas de problème à ce poste. Nous avons réussi à trouver un équilibre dans notre composition d’équipe. Nous avons une vision assez précise des potentiels à la fois actuels et de développement. Il faut tout de même savoir qu’au niveau international, le poste de pilier droit est très difficile. Vraiment, très difficile. Mais nous avons de la matière. A nous d’accompagner ces joueurs dans la construction de leur rugby.

La perte de Cyril Baille pour la tournée de novembre vous soucie-t-elle ?

Nous avons pas mal de joueurs, ayant participé au Grand Chelem, qui sont actuellement à l’arrêt. Il y a Cyril, quasiment forfait pour le mois de novembre, mais il y a aussi François Cros, Paul Willemse, Demba Bamba, Gaël Fickou, Gabin Villière. C’est beaucoup. Certes, c’est pour des durées plus ou moins longues mais tout de même…

Cela vous inquiète-t-il ?

C’est un constat de notre sport avec lequel nous devons composer. Le rugby est un sport de combat. Un joueur peut être le meilleur à l’instant T et disparaître des radars dans la seconde qui suit. Évidemment, nous avons développé des indicateurs de performances qui permettent aux joueurs de savoir où ils vont. Je parle ici de la prophylaxie. Cette donnée, les joueurs doivent être capable de l’acquérir pour éviter de se blesser. Nous avons sept indicateurs de performance que les joueurs doivent atteindre pour être sélectionnés en vue de la Coupe du monde : la prophylaxie, l’énergétique, le métabolique, la vitesse, le neuro-musculaire, force horizontale, force verticale. Nous serons intransigeants sur ces potentiels-là car ce sont des gages de performances et de sécurité. Même si le risque de blessure existe, si les joueurs atteignent ces indicateurs, ils diminuent ce risque.

Auriez-vous souhaité que vos cadres soient protégés en terme du temps de jeu durant la saison de Top 14 ?

C’est impossible de demander ça aux clubs. Quand on parle des cadres, il est ici question des meilleurs joueurs français. Les mieux payés. Ne pas les faire jouer, c’est affaiblir les clubs. C’est donc irréaliste. En revanche, nous savons, grâce à nos données, notamment la volumétrie, quelles sont les périodes à risque pour les joueurs. Le risque, c’est la blessure ou la sous-performance. Nous échangeons donc avec les managers de club de gré à gré pour bien travailler. Mais c’est un sujet à trois : le club, le joueur et enfin la sélection.

La prochaine grosse échéance, ce sera en novembre contre l’Afrique du Sud, championne du monde en titre ?

Je ne peux pas parler de l’Afrique du Sud sans parler de la tournée. Cette tournée, c’est le premier des huit rendez-vous de l’équipe de France « Premium ». D’abord, trois tests contre l’Australie, puis l’Afrique du Sud et le Japon. Ça ressemble à une phase finale de Coupe du monde. C’est de cette façon que nous allons l’appréhender. Eux seront en fin de saison internationale quand nous n’en serons qu’au début. Notre dernier match, c’était le 19 mars. Sept mois plus tard, l’équipe de France « premium » retrouvera la compétition. Il sera intéressant de voir comment nous allons gérer cette coupure. Le challenge, il est là. Basculer de nouveau sur cette compétition en deux semaines.

Qu’en est-il de la question du capitanat ?

Ce n’est pas un problème pour nous. C'est un travail hyper intéressant que nous allons élaborer avec les joueurs cadres. C’est-à-dire que nous allons nous réunir avec Julien Marchand, Greg Alldritt, Anthony Jelonch, Charles Ollivon, Antoine Dupont et Gaël Fickou. A partir de mi-septembre, nous allons commencer par une série d’entretiens individuels. Comme nous l’avions fait avant de désigner Antoine l’an dernier. Nous avons beaucoup échangé tous ensemble parce que c’est leur projet, leur histoire. Et nous désignerons dès le lundi du premier rassemblement notre capitaine pour la tournée.

Pourquoi avoir choisi un stage en Guyane avec la légion étrangère pour préparer le Mondial ?

Notre but, c’est d’être cohérent. Nous avons déjà collaboré avec la Légion. Nous avons passé quinze jours à Carpiagne avant le Tournoi des 6 Nations. Ces légionnaires sont inspirants. Je vous invite à lire le code du légionnaire. A travers les sept vertus du légionnaire, nous avons retrouvé avec les joueurs ce qui nous semble pertinent pour porter le maillot de l’équipe de France de rugby. Nous avons donc décidé de poursuivre cette collaboration. Nous allons retourner à Carpiagne avant le Tournoi 2023. Et puis, nous avons été en repérage avec Thibault Giroud en Guyane où nous allons faire un stage de quatre jours et trois nuits.

N’est ce pas trop court ?

Pourquoi quatre jours ? La finale du Top 14 est le 17 juin. Si l’on doit respecter les congés des joueurs, nous ne débuterons la préparation que mi-juillet, pour sept semaines de travail avant le match d’ouverture. La plus courte préparation jamais réalisée par le XV de France avant un Mondial. Alors, on s’adapte. Nous partirons autour du dimanche 25 juin avec 42 joueurs, pour trois jours et trois nuits dans un camp d’entraînement au cœur de la forêt équatoriale. Ce sera une expérience unique qui permettra de « switcher ». Aucune intensité physiologique, juste un travail sur soi. Un lâcher prise total. Nous irons là où les autres ne vont pas. Ce sera notre devise. Pour être champion du monde, il faut aller là où les autres ne vont pas. C’est la devise du camp où nous allons séjourner. A notre retour, il y aura une semaine de vacances pour les joueurs. Et la préparation débutera au complet à Monaco, mi-juillet.

Pourquoi quatre matchs de préparation au cours de sept semaines de préparation ?

Quatre matchs de préparation, ce n’est jamais arrivé. Pourquoi autant ? Parce que je considère qu’il n’y a pas mieux que le match pour se préparer, pour bien appréhender la compétition. Nos entraînements sont des matchs à vitesse accélérée. Nous demandons à nos joueurs de s’entraîner à 140 mètres par minute quand un match se déroule en moyenne à 120 mètres par minute. Nous cherchons à choquer les organismes par des stimulus, ce qu’on appelle la mixité des régimes de contraction pour faire progresser nos joueurs. Tout ça au service du projet de jeu. Ces matchs vont ponctuer nos semaines de travail.

A quel moment délivrerez-vous la liste des 33 joueurs retenus pour le Mondial ?

D’abord, il faut préciser que nous allons travailler à 42 joueurs mais qu’au mois d’août nous resterons à 28 à partir du mercredi pour préparer nos matchs. Les 14 autres joueurs seront à disposition des clubs. Ensuite, nous communiquerons la liste des 33 joueurs retenus pour la Coupe du monde le 21 août, juste avant de jouer le dernier match face à l’Australie.

Qu’en est-il du renouvellement des contrats de vos adjoints ?

J’ai resigné jusqu’en juin 2028. Nous sommes en discussion avec l’ensemble de mon staff. Pour être transparent, certains sont en contrat jusqu’en juin 2024, d’autres jusqu’en novembre 2023. Les discussions ont commencé depuis notre retour du Japon. Certains ont des choix à faire, des choix de vie ou sportifs. Ma volonté est vraiment de continuer avec le maximum d'acteurs de ce staff, de le conserver en l'état. Mais il y a aussi des choix personnels. Certains mènent une réflexion. Prendre une décision trop tôt peut parfois être préjudiciable. Nous ne sommes vraiment pas pressés. Mais je peux vous assurer que le staff de l’équipe de France sera toujours composé des meilleurs éléments possibles. J’ai d’ailleurs envie de citer Emmanuel Macron, qui est venu passer une journée à Marcoussis avec nous pour partager son expérience : « Une mission comme celle-ci est d’abord une affaire d’évidence et de conviction : elle est sacrée ».

Avez-vous une idée du nom de la personne qui remplacera Thibault Giroud, ce dernier ayant signé au Racing 92 pour l'après-mondial ?

Je ne peux pas encore partager ça avec vous. C'est trop tôt. C'est confidentiel. Mais je peux vous dire que l'équipe de France est très attractive.

Le procès de Bernard Laporte, Serge Simon, Mohed Altrad et Claude Atcher débute mercredi. Allez-vous le suivre attentivement ?

Là non plus, je n'ai pas de commentaire particulier à faire. Je n'ai pas à m'exprimer sur ce sujet. Je peux simplement vous assurer que Bernard Laporte est un très grand président de fédération. Vous pouvez le résumer aux résultats de l'équipe de France, à des stades de nouveau pleins, des audiences télévisées jamais vues depuis très longtemps, mais aussi une nouvelle pyramide pour le rugby amateur qui séduit ou encore à une augmentation du nombre de licenciés. Et tout ça, on le doit à des décisions fortes de Bernard Laporte.

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Les commentaires (1)
leBison Il y a 2 mois Le 05/09/2022 à 09:06

WOW !!!... Et bien , si nous ne sommes pas "Champion du Monde" l'année prochaine avec tout cela , je n'y comprendrai plus rien au Rugby .. Punaise !.. Quel connaisseur tout de même , ce "Fabien Galthié" !.. Quel organisateur !.. On aime ou on aime pas , mais n'empêche qu'à cette heure précise les résultats probants sont bien là présent devant nos yeux . Et nul doute que ça va encore perdurer dans le temps . "Bernard Laporte" ne ne sera donc pas tromper quant à sa nomination en qualité de patron de notre belle équipe de France . Il me semble que c'est bien l'homme parfait de la situation . L'avenir sera vite là pour nous le confirmer encore bien mieux . En tous cas : ALLEZ FRANCE !.. Et que tous nos beaux objectifs puissent enfin se réaliser . 23 ans que nous attendons après ce Graal !.. ALLEZ GO !!!...