La reine Elizabeth II aimait les rebonds de l’ovale

  • En 2003, les champions du monde anglais - on reconnaît ici, de gauche à droite, Jonny Wilkinson, Richard Hill et Simon Shaw - avaient été reçus par la reine Elizabeth II au palais de Buckingham pour recevoir les félicitations de la souveraine. Photo Icon Sport
    En 2003, les champions du monde anglais - on reconnaît ici, de gauche à droite, Jonny Wilkinson, Richard Hill et Simon Shaw - avaient été reçus par la reine Elizabeth II au palais de Buckingham pour recevoir les félicitations de la souveraine. Photo Icon Sport PA Images / Icon Sport
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La reine d’Angleterre, Élizabeth II, est décédée jeudi à 96 ans. Le monde ne sera plus tout à fait le même. Retour sur ces moments où son destin a croisé celui du jeu inventé sur son sol, en 1823.

La reine d’Angleterre, Elizabeth II, aura marqué de bien des façons la vie du Royaume-Uni mais aussi du Commonwealth. Le rugby en fit partie, pour une part modeste évidemment, mais non négligeable. On se souvient de la réception des champions du monde anglais en 2003 au palais de Buckingham, cette dame déjà âgée au milieu de tous ces colosses en costume gris et cravates rouges. Mais on l’a vit aussi en compagnie des Springboks, des Wallabies et des All Blacks, soit les représentants de trois pays du Commonwealth sacrés eux aussi champions du monde. L’Australie et la Nouvelle-Zélande gardaient même Elizabeth comme chef d’État, alors que l’Afrique du Sud était devenue une république. La reine fut aussi la marraine de la Fédération anglaise pendant soixante-quatre ans.

Capitaine des champions du monde 1991, le demi de mêlée australien Nick Farr-Jones se souvient de ses rencontres avec la souveraine : "En tant que wallaby, j’ai eu l’occasion de rencontrer la reine lors des tournées en Grande-Bretagne. En 1984, jeune joueur de 22 ans, j’avais eu ma première visite au palais royal. Avant votre visite, on vous donne les protocole à suivre. Il fallait être en groupe de trois ou quatre ; vous ne deviez pas lui parler mais attendre qu’elle lance la conversation ; lors de vos premiers échanges, vous deviez vous adresser à son Altesse Royale puis, ensuite on pouvait l’appeler Ma’am." Comme sur le terrain, le numéro 9 prit des initiatives. "En tant que jeune homme, je voulais lui parler de la Seconde Guerre mondiale qu’elle avait vécue. Sa mère avait décidé de rester auprès du roi et avait fait cette déclaration qui est resté célèbre : "Mes enfants seront là." Mais je voulais lui demander quels souvenirs elle en gardait. Et je crois que la reine a vraiment apprécié cette approche car elle est lasse de tout ce protocole et de devoir faire la conversation avec tous ces gens. Je pense qu’elle aimait que les gens lui posent des questions et qu’elle appréciait qu’on l’approche. Imaginez le nombre de rencontres qu’elle a eu en soixante-dix ans de règne et lors desquelles elle a dû initier la conversation."

Farr-Jones invité à déjeuner

Depuis l’annonce du décès, les souvenirs de Nick Farr-Jones remontent à la surface, comme ce jour de novembre 1991 en finale du Monbdial :

Ou ce jour de 1998 quand Farr-Jones eut l’honneur d’être invitée à déjeuner par la reine : "à cette époque, je vivais en France avec ma famille et je travaillais pour une banque d’affaires française. Chaque mois, la reine déjeunait avec six personnes choisies au hasard. J’avais reçu un coup de téléphone d’un certain Simon qui me dit : "Sa Majesté souhaiterait vous avoir à déjeuner." Ce fut une occasion exceptionnelle. À la fin du repas, le responsable de sa communication me coince dans un coin de la salle à manger et me demande : "Que doit faire le Palais lors du prochain référendum en 1999 ?" (l’Australie avait programmé un vote pour devenir une république, scrutin perdu par le mouvement républicain, N.D.L.R.). On avait passé un très bon moment après le déjeuner. C’était une femme extraordinaire et j’étais un grand fan de la reine."

Les All Blacks aussi ont souvent croisé la route de la souveraine, lors de la fameuse tournée de 1967, par exemple, celle qui a changé le jeu des Néo-Zélandais. Elizabeth II avait foulé la pelouse ou plutôt une sorte de tapis rouge. Elle était vêtue d’un savoureux ensemble moutarde et Brian Lochore lui avait présenté tous les joueurs. Elle reçut plusieurs équipes à Buckingham, celles des Fitzpatrick, Umaga, McCaw et bien sûr de Jonah Lomu. Elle adressa d’ailleurs un message personnel de condoléances à son épouse quand il trépassa en 2015. Le troisième ligne Waka Nathan aimait aussi se souvenir de sa visite à la famille royale, venue en Nouvelle-Zélande à bord du célèbre yacht "Britannia".

Tindall : "La première fois, je suis resté silencieux"

On s’est aussi souvenu que Raphaël Ibanez avait rencontré l’icône. Il a mis sur la toile des photos de lui avec la souveraine. Images accompagnées de ces mots : "Une grande dame. Mes pensées pour le Royaume-Uni." Lui est en maillot, en sueur. Elle lui fait face, en manteau bleu marine, un bleu pas si éloigné de celui de la tenue du XV de France d’ailleurs. L’ancien capitaine et manager du XV de France n’a pas voulu s’exprimer davantage sur le sujet. Mais on sait qu’il a rencontré la souveraine à deux reprises. La première fois à l’issue de la finale de la Coupe du monde perdue par les Français face à l’Australie à Cardiff. La seconde, en 2007, lors d’un dîner privé au château de Windsor. On rappelle que Ibanez a joué en Angleterre de 2003 à 2009, aux Saracens d’abord, puis aux Wasps. Nous avons toujours senti l’ancien talonneur formé à Dax proche de la culture britannique, au-delà bien sûr des rivalités sportives.

La reine entretenait un rapport plus personnel avec au moins un rugbyman célèbre : Mike Tindall, ancien centre de Bath et de Gloucester et 75 fois sélectionné pour le XV de la Rose. Il faisait partie du groupe des champions du monde, reçus par la reine en 2003, mais, surtout, il allait devenir le mari de Zara Philips, la propre petite fille d’Elizabeth (la fille de la princesse Anne). Difficile d’approcher le mythe de plus près. "Oui, la première fois que vous vous asseyez à côté de la reine à une table, c’est une expérience éprouvante sur le plan nerveux. C’est très intimidant de se retrouver comme ça en compagnie de toute la famille royale. La première fois, je suis resté silencieux pendant un long moment. Après, on s’habitue, mais quand tout est nouveau, c’est tellement difficile ; et puis, avec tout ce protocole, c’est si impressionnant." À côté de ça, jouer une finale de Coupe du monde où un match décisif du Tournoi, pour lui, c’était du gâteau.

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